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    la rentrée

    Elle est déjà là !  elle pointe le bout de son nez trop vite ...

    la rentrée arrive à grands pas et c'est déjà la fin des vacances !!!!

    Bon courage à tous pour la reprise !!

    Le soleil

    Elle était là, assise, à l’ombre du saule. Un livre dans les mains. Elle surveillait d’un œil attendri ses enfants qui s’endormaient. Allongés sur une couverture, regardant distraitement les fourmis ailées, ils dodelinaient de la tête. Bientôt ils partiraient pour le royaume des songes.

     

    L’été était brûlant. Quand la sieste serait finie, les enfants iraient jouer dans le jardin. Une véritable caverne d’Ali Baba les attendait à l’abri d’un vieux coffre. Que de merveilles ; des poussettes pour les poupées, une voiture à pédales, une dînette pour le goûter…et bien d’autres choses encore. Quelles vacances. Que de choses à faire. Courir dans le jardin en évitant le trou à feu. Regarder le jardinier soigner les tomates, les salades. Ramasser les groseilles, les cassis, sans oublier de se servir au passage.

     

    Arroser les rosiers, à la tombée de la nuit, humer le tilleul centenaire. Regarder les étoiles illuminer ce ciel magnifique. Ecouter papa nommer ces beautés et surprendre furtivement une étoile filante. Allongés sur le dos, à la douceur de la nuit, le temps restait en suspend.

     

    Parfois, le soir, nous sortions tous le long des chemins, à la lueur des lampes et surprenions des vers luisants. Ces petites bêtes si belles à regarder luire. Des chauves-souris parfois nous frôlaient. Alors, effrayés, nous nous réfugiions dans les bras de papa ou de maman.

     

    Les nuits chaudes laissaient la place à la clarté du matin. Le soleil illuminait la maison, au travers des petites fenêtres de bois. La fraîcheur de ces épais murs de pierre laissait deviner la canicule dehors. Il y faisait bon vivre. Les portes grinçaient, les planches de bois disjointes laissaient voir l’obscurité. L’escalier abrupt menait vers une porte si vieille qu’elle nous semblait devoir céder chaque fois que papa l’ouvrait. L’odeur du bois et de l’humidité nous accompagnait dans les moindres recoins de cette grande maison. Dans la cuisine, la cheminée immense, abritait un poêle à bois, où maman préparait les repas. Nous prenions tous place autour de la grande table, assis sagement sur le banc. Une fois le repas fini,  l’heure du repos sonnait. Les journées passaient ainsi, immuables, belles…

     

    C’était il y a très longtemps, à une époque où les heures ne comptaient pas. En un temps où le bonheur s’écrivait simplement, lentement.

     

    Un passé baigné de soleil, réfugié dans un coin de mon esprit ; un tableau familial encré au fond de mon cœur, un rayon de lumière au milieu de l’obscurité.

     Le temps a suspendu son vol pour un souvenir joyeux, celui-ci conservera la chaleur de ces couleurs, et la beauté de ces images.

     L’esprit reste là où l’âme n’est plus…

    ma dédicace

    Grande nouvelle pour tous ceux qui aiment mes histoires,

    je vais dédicacer mon premier livre "Bleu-coeur" le 8 mai 2009 de 15 h à 17 h
    à l'Espace Culturel Leclerc de Mont de Marsan (40).

    Venez nombreux me soutenir....

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    Métamorphose

    Il était là, dominant la plaine, laissant trainer majestueusement ses ailes afin que le vent joue avec. Le ciel bas, le grandissait, faisant de lui presque un colosse en ce début d’automne. Les tons de bruns côtoyaient les ocres, le tout harmonieusement encré dans ce vert si profond, qu’on en oubliait les champs pour se croire dans un océan…

     

    Les nuages jouaient avec les ailes du moulin. Leur ombre s’amusait à glisser lentement ou quand le vent riait, plus vite. Il n’aimait pas cette partie de l’année, car il savait que l’automne amenait la pluie, sournoise, qui s’infiltrait partout sous son toit. Parfois, celle-ci se transformait en neige givrée que les hommes appellent des grêlons. Là alors son toit, certaines fois, ne pouvait que les laisser passer, entrer au cœur de son être et le refroidir toujours un peu plus, les ans passants.

     

    Que de décennies avait-il vu passer. Que de malheurs les hommes avaient-ils apportés sur cette douce plaine, mais que de bonheur aussi ! Il savait bien que sans eux il n’existerait pas. Néanmoins depuis quelques années maintenant il ne les intéressait plus. Pourtant en des temps lointains que de bonnes odeurs sortaient de son ventre. Le doux ressac de la pierre à moudre, faisait passer les heures, tandis que le vent joueur soulevait un léger voile de farine.

     

    Des souvenirs, voilà tout ce qu’il lui restait. Cette plaine immense avait rapetissée année après année, voyant naître d’autres moulins, qui disparaissaient quelques années plus tard ; ou bien des maisons, s’installaient plus près, toujours plus près. Les fumées des usines lui étaient apportées par le vent, quand il voulait avoir des nouvelles du monde. Mais elles n’étaient pas fameuses. Les guerres, la famine, les maladies voilà ce qu’il retenait de ce monde d’humains qui faisaient de si belles choses pour ensuite les détruire.

     

    Mais en ce jour d’automne, voilà qu’une voiture vint se garer à son abord. Méfiant, le moulin d’un regard circonspect laissa entrer ses visiteurs.

    Deux hommes, une femme. A priori cette dernière ne cessait de s’extasier de sa corpulence, de ses pièces hautes et belles, de ses poutres apparentes et épaisses. Ah, voilà quelqu’un qui comprenait le bel ouvrage !

    Ils repartirent comme ils étaient venus, et le moulin se rendormit pour l’hiver.

     

    Enfin, le printemps était là ! Il était temps de secouer sa vieille carcasse, encore quelques trous supplémentaires dans la toiture et bientôt il abriterait tous les volatiles du coin.

    Mais voilà qu’une myriade de véhicules s’approchait de lui. Que se passait-il donc ? Oh, non ! se dit-il. C’est la fin, on vient me démembrer… il fallait bien que ça arrive un jour. Mais la journée passa et personne ne lui retira la moindre planche. Pourtant il y en avait du monde ! Et voilà que débarquait à son tour ce couple venu le voir à l’automne.

     

    Des semaines durant il ne comprit pas ce qu’il se passait. On rabotait, coupait, posait, tous ces hommes semblaient exactement savoir ce qu’ils faisaient. Et le moulin prit son mal en patience car il ne comprenait toujours rien. Un beau jour, tout le monde disparut. Plus rien. Que le silence de sa plaine, le piaillement des oiseaux qu’il pouvait enfin réentendre, la paix revenue en somme. Une voiture vint se garer. Le couple, toujours lui en descendit, bientôt suivi d’un gros camion. Toute la journée on le vida. Puis la nuit tomba et le camion disparu.  Le moulin agacé, décida de jeter un regard à l’intérieur. Là ou se tenait la meule à grain, une étrange cheminée trônait. Et puis, mais qu’était-ce donc, ses deux grandes pièces vides avaient disparues, laissant place à plusieurs petites, toutes occupées de meubles divers.

     

    Ainsi donc, se dit-il, une fois de plus les hommes m’ont étonné. Alors que je croyais venir ma dernière heure, ils ont décidé de me garder et de m’habiter. Quels drôles d’idée quand même ! Mais je ne m’en plaindrais pas. Alors ragaillardis, heureux de ce doux revirement, il s’endormit, secouant d’un léger bruissement ses ailes rénovées.

    Ephémères

     

    Le soleil haut dans le ciel dardait ses rayons alentours. La nature dans son plus bel apparat montrait toutes les facettes de cet été. Les couleurs vives des fleurs se mêlaient aux sombres profonds cachés sous les arbres. Ce petit coin de paradis, encadrait un petit lac miroitant.

     

    Que de calme, que de douceur ! Le brouhaha des insectes se faisait insistant dans cette danse de la recherche. Le piaillement des oisillons se mêlait de temps en temps au bruissement des feuilles que le vent bousculait.

     

    Elle passa et repassa, profitant de sa journée pour découvrir ce monde qui l’entourait. Elle venait de naître et avait hâte de vivre. Que de choses, que de mouvements autour de ce lac où sa vie venait de commencer. Sans connaître ce qui l’entourait elle savait déjà ce vers quoi elle pouvait aller. Elle joua avec le vent, se laissant porter et décrivit quelques cercles dans le ciel afin d’admirer ce lieu paré de tant de choses.

     

    Puis elle la vit. Belle de couleur pourpre. Elle s’approcha pour l’admirer. Elle tourna autour. Rien ne se passa, mais elle découvrit ses pétales de velours. Son cœur d’un jaune vif abritait une abeille. Celle-ci ne lui fit pas bon accueil, mais accepta de lui laisser place le temps de porter son butin.

     

    Un doux duvet entoura ses pates. Une odeur douce et entêtante monta vers elle. Le soleil s’adressa au vent et ce dernier vint les promener. Un doux va et vient les fit tourner dans ce lieu magique sous le bruissement de la nature.

     

    Ne faire qu’un une seconde, c’est plus que ce que le monde m’accorde !

     

    Cette communion sembla durer une éternité et pourtant le soleil déclina doucement dans le ciel. Le lac se para de couleurs de feu. Il était temps de partir. Déjà un frisson parcouru son corps, déjà le départ approchait. Ses pates emportèrent un peu de ce pur duvet qui disparu à son tour sous les pétales de cette beauté.

     

    Un jour de plus j’aurai aimé la regarder, mais aurai-je pu l’admirer ainsi ! Mon temps est fini ce soir. Je pars heureuse de ce que j’ai vécu, heureuse de cette rencontre. Je la retrouverai un jour, j’en suis sûre !

     

    Elle posa son beau corps sur une feuille. Replia ses ailes. Un dernier regard vers cette nature qui se couvrait de nuit et ferma ses yeux.

     

    La libellule disparut dans le soir, dans la douceur d’une nuit d’été, éphémère…

    Le rocher des larmes

    Cela s’est passé il y a fort longtemps. Dans un petit village des landes, à l’abri des grandes villes et des tourbillons des voyageurs. Ce soir-là avait lieu la fête du village. Tous les jeunes gens des environs seraient présents pour s’amuser. Les amours étaient de la partie. Les préparatifs allaient bon train. Les jeunes gens étaient rieurs, gais. Le village sentait bon la joie de vivre et même les grandes personnes sentaient cette gaieté qui fleurait bon l’arrivée du printemps.

     

    La nuit venait de tomber et les premiers airs de fête se firent entendre. Les tréteaux étaient couverts de victuailles. Le vin avait sa place aussi. De quoi passer une bonne soirée en somme. La musique battait son plein, les rires se faisaient plus forts, la nuit était enfin noire. Les jeunes gens allaient commencer à s’amuser, voire à se bécoter.

     

     Elle était là, timide, au bord de la piste, attendant que celui pour qui elle avait le béguin vienne la chercher. Ils se voyaient régulièrement depuis plusieurs semaines. Quelques sourires, des mots, des effleurements… elle venait de l’apercevoir de l’autre coté de la piste de danse. Il était beau, riant à gorge déployée avec ses compagnons. Il traversa la piste et vint l’enlever à son petit coin pour la faire danser. Elle volait littéralement. Plus rien ne comptait que ses yeux dans les siens, ses mains sur ses hanches. La nuit ne devait pas s’arrêter !

     

    Mais tout à une fin. Même les bals. Les jours se suivirent dans une lenteur morne. Elle ne le voyait presque plus où toujours accompagné de ses amis. Un jour elle l’attrapa à la sortie de la messe, prenant tout son courage. Elle lui dit qu’elle l’aimait et qu’elle attendait sa réponse pour savoir si elle comptait aussi pour lui. Ses yeux rieurs se plantèrent dans les siens. Puis lui prenant la main, dans un sourire indécent il lui dit ceci : « tu es mignonne fillette mais j’aime les femmes plus mûres, trouves-toi un homme de ton âge ; ce n’est pas ce qui manque ! »

     

    Elle devint livide et pour épargner sa honte à tous, courut, courut aussi vite qu’elle le put. Des larmes froides coulèrent sur ses joues ; elle ne voyait plus rien, mais allait toujours aussi vite. Vite vers son lieu secret, son antre de la nature, là où la vie humaine s’arrêtait. Les branches lui zébraient le visage, sa robe s’accrochait sur les racines des arbres, plus rien ne comptait. Elle arriva enfin dans ce lieu mystère, là ou les oiseaux avaient élus domicile, là où les pins et la bruyère ne faisaient qu’un, là où cet éboulis de roches l’attendait, lui tendait les bras pour qu’elle s’y love.

     

    Elle pleura, des heures durant, de tout son corps, de toute son âme. Elle pleura sans s’arrêter, sans hurler, doucement…

     

    Son âme sentit alors quelque chose. Du plus profond de la terre, du plus profond de son éternité, le rocher eut pitié. Quelques gouttes d’eau commencèrent alors doucement à suinter du rocher. Elle sentit son âme s’alléger. Puis le suintement se fit ru. Elle se sentit encore mieux. Que voulait-elle en fait ? Le rocher se fit pressant. Il pouvait l’aider mais ne pouvait décider à sa place. Son âme alors décida de laisser son cœur !

     

    Le rocher absorba sa plainte, son chagrin. Mais il la prévint, en s’abandonnant complètement, en vidant son cœur de son chagrin d’amour, elle ne pourrait plus jamais aimer d’un véritable Amour. Elle le sut, et l’accepta. La douleur qu’elle venait de quitter, jamais elle ne voulait avoir à la subir. Jamais plus ! Elle avait abandonné l’amour pur, pour ne plus souffrir…

     

    Alors enfin libérée, elle quitta le rocher et le ru naissant et repartit vers les hommes.

     

    De ce jour, la légende naquit. Les jeunes filles blessées d’un amour non partagé, venaient vers le rocher quand leur cœur avait été trahi. Certaines s’abandonnaient totalement, d’autres en partie seulement. D’autres encore, apeurées de sentir le rocher les consoler s’enfuyaient. Le ru se fit petite rivière et s’écoulait à travers les pins en direction de l’océan.

     

    L’on dit qu’au printemps, parfois, quand on le trouve, quelque part au cœur de la forêt de pins, un léger goût de sel traverse la pureté de son eau.

    La beauté des anges

    C’est au premier étage d’un immeuble de bureaux, dans un petit deux pièces, que vit depuis plus de quarante ans Julienne. Un grand hall d’entrée, immense, la loge du gardien adjacente n’est séparée que par une porte vitrée qu’on voit le plus souvent fermée. Cet ancien immeuble d’habitations à laissé place aux bureaux depuis quelques années.

    Seule, rescapée de ce changement d’environnement, dans l’étroitesse de son chez elle, Julienne surveille les nouveaux visages qu’elle voit emprunter le palier. Sa porte est le plus souvent ouverte. Manière pour elle de voir le monde qui l’entoure et d’espérer rencontrer un sourire, entendre une parole qui lui fera oublier la solitude.

     

    Seule, elle ne le fut pas autrefois. Du temps où son mari, commerçant de son état, avait loué cet appartement en face de sa boutique. Seule, elle ne le fut pas quand ses enfants parcouraient en se bataillant les quelques mètres carrés de leur pièce. La chambre de leurs parents semblait un tabernacle. On n’y entrait qu’en frappant ou en y étant invité. Alors le plus souvent, c’était sur le palier ou dans le hall qu’ils s’amusaient. Oui, elle fut heureuse ces années-là, quand leur fils revenu du régiment là-bas à Alger, posa la tête sur son épaule ; ou quand leur fille leur présenta son fiancé et que Dieu aidant, deux beaux enfants virent le jour.

     

    Deux ombres au tableau ternirent son bonheur pourtant. La mort de son mari dans sa soixante-septième année et le fait qu’à trente-cinq ans, son fils n’était pas encore marié. C’est l’homme de la famille, la succession du nom qui coule dans ses veines. Elle le lui avant pourtant dit plus d’une fois, mais il ne semblait pas l’écouter ! Alors de guerre lasse, elle en prit son parti.

     

    Et puis soudain la catastrophe. L’accident. Bêtement, comme tous les accidents de la circulation et l’hôpital. Six mois. La rééducation des jambes, longue, difficile et la souffrance sourde mais constante qui l’accompagne partout.

     

    Il y a les enfants, pas ceux qu’elle a élevés, non, ceux-là n’existent plus ! Ceux qu’elle voit devant elle n’ont pas d’amour, pas de compassion, à peine de la pitié, mais surtout, oh oui ! Surtout de l’indifférence !

     

    Les visites s’espacent, les montres indiquent toujours l’heure trop vite. Les recommandations sont pour la forme : »prends bien ton médicament » ; « fais attention à toi »

    Mais la blessure la plus profonde, c’est ce soi-disant intérêt pour sa santé et ce grand désintérêt envers l’argent qu’elle cache dans son linge, là-bas dans son deux pièces. Ses bijoux qu’il faut mettre à l’abri des voleurs… Elle n’ose pas refuser, elle à peur de les perdre, eux, la chaire de sa chaire, alors elle donne ses clefs.

     

    La guérison est enfin là. L’ambulance la ramène. Elle ne pourra surement jamais plus marcher normalement, mais aidée par des béquilles, elle avance. Elle retrouve son chez elle avec joie. Le bonheur la fait même pleurer. Elle avait si peur que l’hôpital la garde ! 

    Elle en fait le tour, comme pour s’assurer que ce n’est pas un rêve. Alors fatiguée, elle s’effondre dans un fauteuil. Elle pense qu’elle est heureuse, mais elle sait que ce n’est pas vrai. Car personne ne l’attendait là, devant chez elle ! A-t-elle tant vieilli ? N’est-elle déjà plus qu’une ombre ?

    Non. A la fin de la semaine son fils passe la voir. Il excuse sa sœur, trop de travail avec ses enfants ! Il rapporte les bijoux (sans grande valeur) et annonce à sa mère qu’il va lui éviter toute tracasserie administrative. Il lui suffit pour cela de signer ces papiers, là, sur la table, et il s’occupera de tout, même du loyer. C’est une mère aimante, elle n’ose pas lui demander les deux mille euros qui étaient cachés sous une pile de linge, et elle signe.

     

    De ce jour, c’est vrai, elle ne s’occupe plus de rien !

     

    Son fils lui a acheté une télé, pour qu’elle occupe ses journées ; sa fille lui a payé un four à micro-ondes pour qu’elle puisse faire chauffer les plats préparés qu’elle reçoit de mairie.

    Mais elle lave toujours son linge à la main. La fenêtre laisse passer les courants d’air, la pluie descendant du toit a tachée le mur et le sol. Les peintures seraient à refaire. Quand elle en parle à ses enfants, au téléphone, ils lui répondent qu’ils n’ont pas le temps, ou encore, qu’ils ne vont pas ennuyer le propriétaire avec ça. Alors elle se tait. Son bonheur, le seul qui lui reste, ce sont ces visages, ces voix qui font partie d’elle-même.

     

    Dans sa solitude elle ne s’ennuye pas, car elle se rappelle les faits de son existence. Elle revoit année après année cette vie qui fut la sienne. Elle se dit que peut-être, un jour, ses enfants comprendront…

     

    Pour elle, il est déjà trop tard. Demain peut-être, elle ne sera plus. Elle ne regrettera que l’Amour en ce bas monde. Mais elle sourit dans l’obscurité de sa chambre, car elle sait que bientôt, elle découvrira dans l’infinie blancheur des nuages, la beauté des anges !

    la roseraie

    La roseraie.

     

     

    Il était assis dans son vieux fauteuil usé par le temps. Son dos courbé le faisait souffrir mais ce fauteuil faisait partie de son existence. C’est là qu’il fit les plus belles découvertes de sa passion : les roses.

     

    Elles étaient toute sa vie. Depuis longtemps déjà il en connaissait les secrets, leur beauté n’existait que parce qu’il savait les rendre éblouissantes aux yeux des hommes. Sa passion ne pouvait s’assouvir qu’avec sa mort. Il savait qu’elle viendrait bientôt, son temps était compté, mais enfin, il pouvait l’attendre sans peur, car il venait de créer sa plus belle rose ; celle pour qui sa vie n’avait cessée d’être, celle qu’il voyait en rêve depuis plus de cinquante ans sans jamais pouvoir la toucher… enfin, elle était là, dans son petit pot, dans cette serre aussi vieille que lui, auprès de ses congénères de toutes les couleurs qui l’entouraient comme une perle dans un écrin aux mille couleurs. Heureux il était, enfin heureux !

     

    Il savait le nom qu’elle porterait quand demain il la déclarerait : Belle Christiane.

     

    Ce nom était toute son existence après ses roses. Christiane, son amour de jeunesse, sa moitié ; cette belle femme qu’il avait aimé, mais dont l’amour avait du choisir un autre chemin. Il se rappelle ce jour de printemps où dans un dernier regard, elle lui demanda de choisir entre sa passion et elle. Le choix fut cornélien. Mais il résista, et elle partit.

     

    Jamais il ne l’oublia, jamais il ne comprit ce choix douloureux qu’elle lui imposa, mais il l’accepta, comme un fardeau à porter dans son cœur, presque comme une punition de cet amour exclusif qu’il réservait aux roses, au détriment de celui qu’il aurait du porter aux femmes.

     

    Les années s’enfuirent, les créations se succédèrent, son nom était connu dans ce monde clos. Chacune de ses apparitions faisait craindre le pire à ses concurrents dans les expositions. Mais il savait que son jour viendrait où la merveille des roses verrait le jour dans sa petite serre. Il lui fallait juste être patient. Voir ces années défiler et attendre la prochaine création.

     

    Et puis voilà, elle venait de naître. Un parfum envoûtant  montait aux narines. Ses pétales nacrés, presque veloutés déclinaient des nuances de bleu. Du plus profond au plus clair, ils affichaient leur éclat que relevait un fin tracé blanc sur leurs bords. Elle attirait la lumière ce qui lui donnait des myriades de couleurs. Sa tige était parfaite, sa tête était hautaine. Exactement comme dans ses rêves.

     

    Il ne put attendre et décida d’appeler son ami, Pierre, pierrot pour les intimes. Il lui dit de venir voir sa plus belle pièce de collection, celle qui ferait de lui, l’homme le plus heureux quand elle irait inonder de sa beauté les jardins du monde. Il riait, la journée était chaude, il prépara deux jus de fruits et s’installa confortablement au fond de son fauteuil.

     

    Pierrot fut subjugué par sa beauté. Il n’avait jamais rien vu de comparable. Et pourtant il s’y connaissait en roses… il admit qu’elle était l’aboutissement de la carrière de son ami. Il pourrait enfin jouir de sa retraite bien méritée. Mais le vieil homme fit la moue. Quelle retraite, pour qu’elle vie ? Mes roses ont été ma vie, je n’ai qu’elles ! Soudain, un silence gêné se fit.  Contrairement à lui, Pierrot avait une famille.

     

    Il sourit à son ami. Demain serait un grand jour, son grand jour. Il afficherait enfin au monde les deux amours de sa vie, de sa petite vie. Il n’attendait plus rien, ni des hommes, ni des roses. Il touchait l’aboutissement de cette belle aventure que la nature lui avait offerte. Un don avait dit sa mère. Un don cruel qui un jour lui avait coûté l’Amour. Altruiste, égoïste, illuminé, peut importait ce qu’on pensait de lui, il s’allongea dans son vieux fauteuil souriant à son ami, avec un clin d’œil à son encontre. L’idée du repos enfin bien mérité l’illumina dans un sourire béat, l’heure de la sieste venait de sonner !  

    Le coquelicot

    L’été battait son plein. La chaleur lourde de cette fin de journée noyait les moissons d’une couleur dorée. Ils étaient là enlacés en cette fin de journée, beaux. Ils s’aimaient. Ils s’aimèrent couchés dans ce pré. Seule la nature les entourait. Le chant des oiseaux leur servait de musique, le bruissement du vent, les entourait de chaleur fluide.

     

    Ils s’aimèrent, complètement, totalement. Ils s’abandonnèrent l’un à l’autre pour l’éternité de cette fin de journée.

     

    Avant de rentrer, il lui donna le plus beau des cadeaux d’amour, à porter sur son corsage, un petit coquelicot. Leurs sourires en dirent long sur ce moment unique, cette première fois que l’on rencontre avec tant d’angoisse et tant de volupté. Cette première fois ou l’abandon est total, unique, beau.

     

    Puis ils se séparèrent. Le reste de l’été n’avait plus de raison d’être. Un étrange concours de circonstance les empêcha de se retrouver, de se toucher. Leurs regards pleins d’amour restaient accrochés en vain.

     

    De cet été ne resta que le souvenir et ce petit coquelicot.

     

    Les années se succédèrent. Ce petit coin de paradis résistait au temps. Et voilà que dix années plus tard, par le plus grand des hasards, ils se retrouvèrent.

     

    Leurs regards n’avaient pas changé. Les yeux comme attirés par un aimant se rencontrèrent. Un étrange sourire se fit sur leurs visages. Une boule se figea au fond de leurs estomacs. Mais ils n’étaient plus seuls.

     

    La vie les avait pris par la main, un tourbillon de rencontres, d’amours, les avaient contraints à oublier ces moments intimes passés dans le pré. Puis tout revint. Comme un feu d’artifice de souvenirs, tout ressurgit. Leur rencontre fortuite dans ce lieu unique à leurs yeux, avait le goût du secret. Des adultes aux yeux d’enfant ! Leur cœur s’emplit de bonheur mais leur corps resta de marbre. La vie avait fait son chemin, chacun avait rencontré son âme sœur, et la famille avait vu le jour…

     

    Mais dans leurs yeux, dans leurs cœurs, une pensée fortuite se faufila. Que serait-il advenu d’eux si leur amour avait perduré ?

     

    Le premier amour est le plus sincère, mais ils n’auront jamais la réponse à cette question. La vie les a entraîné dans son sillage, mais que serait-il advenu d’eux si à cet instant précis de leur jeunesse, ils avaient pris une autre route ?

     

    Là, toujours accroché au revers de son chemisier, comme un médaillon, un petit coquelicot pointe son cœur !

     

    Un monde étrange

    La nuit venait de tomber sur cette mégapole. Je ne sais si ce mot lui convient, car son immensité dépasse tout ce que je peux imaginer. A perte de vue, je ne vois qu’immeubles, maisons de tailles différentes, de matières différentes. Quel étrange imbroglio de structures et pourtant, tout semble s’imbriquer, en complémentarité. La nuit est froide, le ciel est pur, les étoiles semblent plus proches que d’habitude. Où suis-je ? Mes pas me dirigent vers un petit cabanon, ou quelque chose de ce genre. En y entrant, j’ai l’impression de découvrir une immensité de couloirs, de portes, quel étrange lieu ! Je croise des gens, heureux qui me sourient ! Je continue mon exploration et entre dans un havre de lumière. Etourdissant de bruit, de couleurs, de monde. Une salle à perte de vue, emplie de gens bariolés, riant et échangeant leurs marchandises.

     

    Après un temps, je demande à une enfant où je suis et ce qui s’y passe. Son regard interrogateur en dit long sur ce qu’elle pense de moi. Tant pis pour mon ego. Ce qu’elle m’explique alors dépasse l’entendement. Elle me prend visiblement pour une étrangère de cette planète. Et voilà ce que je découvre.

     

    Vertusia, nom de sa planète est une plateforme d’échange commercial. Ses habitants sont passés maître en la matière et ce qui les rend particulièrement attirant pour les autres voyageurs est leur mode commercial.

     

    En effet, ils se sont construits une réputation de fins échangeurs car ils sont totalement désintéressés. De fait, ils n’ont aucune raison d’échanger des matières abîmées, usagées ou d’extorquer leurs invités. Un troc des temps modernes. Les vendeurs leurs cèdent leur marchandises en indiquant ce qu’ils veulent en retour, peut importe la valeur, seule la quantité compte. Ils servent de balancier entre les peuples et leur parole vaut plus que n’importe quelle monnaie.

     

    Comment en sont-ils arrivés là ? La petite fille m’amène à un homme assis sur des marches. Il semble surpris de ma question, mais je pense que ma tenue lui semble bien plus étrange que mes mots. Alors voilà ce qu’il m’explique.

     

    En des temps lointains où les peuples de cette planète concouraient à la réussite individuelle, la découverte d’autres mondes, changea les mentalités. Ce fut long, difficiles, des guerres internes virent le jour. De nombreux peuples disparurent quand un couple, la famille Vertun après de longues tractations auprès des dirigeants de ce monde, imposa un mode radicalement nouveau à la gestion de cette planète. Des décennies furent nécessaires mais naquit un beau jour le gouvernement des peuples. Un grand bouleversement politique faisant abstraction des pouvoirs individuels et donnant la part belle non plus aux pays, mais au peuple de la planète. Ainsi naquit Vertusia. Le chamboulement fut pérenne. Il en découla ce que je voyais actuellement, la gratuité des marchandises, puisque toute âme vivait grâce aux échanges commerciaux. Plus de monnaie, plus d’impôts, mais en contrepartie, le devoir de mettre sa personne au travail pour le bien de tous. Le système gouvernemental reposait donc sur la gratuité de tout, en échange d’une réputation infaillible de droiture et de respect d’autrui.

     

    Ceux qui ne souhaitaient pas suivre le chemin de leurs ancêtres pouvaient rejoindre les peuples de leur choix car des accords le leur permettaient. Après leur instruction les jeunes enfants pouvaient choisir suivant leur attirance le travail désiré. Ensuite tout était mis en œuvre pour leur bien-être de façon à donner le meilleur d’eux-mêmes. Tout était géré, prévu par le gouvernement, mais plus de problème de personnes, plus de guerre, de pauvreté… et plus de banques. Elles s’étaient reconverties dans le commerce d’échange pour les gouvernements désireux de certaines matières qu’on ne trouvait pas facilement. Leurs voix et leurs noms étaient aussi imposants que leurs choix.

     

    Enfin, dans ce paradis altruiste, dernière pierre de cet achoppement, la nature. Ces villes monumentales avaient été pensées afin de préserver la nature de la planète. Finie la déforestation, de nouvelles techniques avaient permises de remplacer le bois. Rien de ce qui touchait la nature se faisait sans accord. Tout était encadré, pas de route, pas de transformation, pas d’extension de ville sans un contrôle sévère, tout en pesant le pour et le contre de la moindre demande. Ainsi toute destruction, toute modification, était punie d’emprisonnement dans les cas les plus graves. Une police spéciale avait été créée afin de contrôler le développement de la nature dans le respect du développement des hommes.

     

    Une sirène retentit, je sursaute. Que m’arrive-t-il !

    C’est juste le réveil, la journée commence.

     

    bleu-coeur

    ça y est, après quelques déboires, mon livre est enfin au catalogue des éditions le Manuscrit.

    le lien précédent n'étant plus bon, merci pour ceux qui seraient intéressés d'aller directement sur le site du Manuscrit.

    une histoire qui se termine bien, une autre qui ne va pas tarder à commencer...

    BLEU-COEUR

    Je vous invite à faire un tour du côté de l'Editeur 'LE MANUSCRIT' auprès duquel je viens de faire paraitre mon premier livre.

    A tous ceux qui ont aimé mes nouvelles, et partagé les sentiments qu'elles renferment.

    http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10816

    Encore d'autres nouvelles à faire découvrir bientôt !...

    Le chemin de pierres

    Il est là quelque part au bord de cette route. Je le vois, ça y est. Toujours aussi clair, aussi pourvu de pierres que la dernière fois ou nous l’avons emprunté, toi et moi. Je me rappelle de ton rire, de tes clins d’œil malicieux lorsque nous parlions de notre avenir, de nos enfants… tout n’était que bonheur et joie.

     

    Mais voilà, aujourd’hui, je suis seul à le parcourir notre petit chemin de pierres. Il serpente le long de cette colline pour terminer sur son faite. Là, la vue est magnifique, la nature dans sa plus pure expression me tends les bras. Tu n’es pas là. Tu ne le seras plus.

     

    Notre petit chemin de pierres était trop raide pour tes jolis petons. Tu n’y cessais de t’y tordre les pieds en rouspétant sur ces maudits cailloux qui roulaient, roulaient, sous tes pas. Leur taille diverse t’énervait car il fallait toujours être sur tes gardes.

     

    Alors voilà quand un autre t’a indiqué une belle route en asphalte, tu n’as pas hésité. Plus de problème pour tes petits pieds, plus de soucis de taille ou de roulement. Le rêve en sorte.

     

    Je suis là sur notre petit chemin de pierres et je sais qu’il restera à jamais ‘notre chemin’.

     

    Je te souhaite le bonheur tant mérité sur ta jolie route. Un jour peut-être croiseras-tu de nouveau notre petit chemin de pierres…

     

    Moi je vais redescendre vers la ville et oublier pour un temps les petits chemins de pierres, adieu mon cœur et que l’asphalte te guide sur la voie de l’amour !

    JOYEUSES FETES A TOUS

    JOYEUSES FETES A TOUS.

    MES VOEUX VOUS ACCOMPAGNENT EN CES TEMPS DE FETES.

    JOIE, BONHEUR et TENDRESSE pour tous.

    A L'Année prochaine...

    le meunier

    En ce temps là, le meunier était un homme d’importance. Les fermiers lui apportait leur blé afin qu’il le transforme en farine, et suivant la qualité du blé, la farine pouvait être plus fine, où plus noire…

     

    Bref, le blé était l’aliment de base des repas, et il ne fallait pas oublier de faire son pain dans le four familial pour ceux qui avaient la chance d’en avoir un, ou auprès de leurs voisins.

    L’histoire que je vais vous raconter fait partie des légendes de la campagne. Une histoire magnifique et belle comme il n’en existe plus…

     

    François, le meunier était un jeune homme de vingt-cinq ans. Il venait de prendre la suite de son père malade. Il avait appris le travail et le maniement du moulin depuis son plus jeune âge. Rien ne lui était inconnu. Il adorait son travail. Il aimait humer le blé quand il arrivait afin de deviner la grosseur de son grain. Il adorait passer ensuite ses doigts dans la farine afin de vérifier sa souplesse. Les odeurs de blé changeaient avec le temps. Le vent qui entrait de temps en temps par les ouvertures hautes, s’amusait à les disperser créant à son tour des odeurs nouvelles que seul un nez aiguisé pouvait détecter.

     

    Ses journées se passaient ainsi, à moudre le grain, à surveiller que tout se passe bien. A vérifier que le grain n’était pas gâté ou envahi par quelques indésirables. Gaston et Farouche, ses chats l’aidaient dans cette tâche. Le moulin était toujours impeccable. Son père lui avait appris que le premier secret d’un bon grain est la propreté de la meule et de ses accessoires. Tout devait être propre. La petite rivière qui alimentait le moulin permettait aussi un nettoyage régulier.

     

    Le printemps arriva plus tôt que prévu. Le soleil lui emboîtait le pas sans ce soucier des saisons. Quelle année encore pour le grain se dit-il. Le blé va donner à foison et il faudra travailler plus pour éviter les pertes. Pourvu que la pluie ne vienne pas gâter cette belle œuvre. Pour François, le travail était une œuvre. Pas n’importe laquelle, mais une œuvre d’art, qu’il aimait contempler avec le coucher du soleil quand la journée avait été bien remplie. Quelle magnifique destin que le sien. Il semblait combler et pourtant, dans son for intérieur il s’avait qu’il lui manquait quelque chose. Mais quoi ? impossible de le savoir.

     

    La fête au village lui donna une réponse. Ses amis l’entraînaient régulièrement vers le bistrot, mais ce soir là, ils décidèrent d’aller danser sur la place du village, car les filles des alentours s’y trouvaient. La soirée fut emplie e rires, de chants et de danse. Mais François compris au petit matin que ces belles demoiselles n’étaient pas pour lui. Aucune n’accepterait de quitter ses parents ou ses champs pour passer ses jours dans le clair-obscur d’un moulin. Pourtant il était fier d’être considéré comme cossu. La bourse pleine et sans risque de perdre son travail. Mais voilà, les tâches étaient si importantes qu’il compris se soir-là que ce n’est pas dans les filles du village qu’il trouverait son bonheur. Certes elles dansaient avec lui, quelques unes acceptaient même un petit baiser dans l’obscurité, mais pas d’engagement. Antoine le patron du bistrot avait une fille, Sidonie qui plaisait bien à notre François, mais elle refusa son offre de partager sa vie ; elle ne voulait pas s’enterrer lui dit-elle, dans un moulin obscur alors qu’ici brillait la lumière…

     

    Le moulin continua à moudre, François continua à travailler avec toute son âme pour la beauté de son œuvre, mais son cœur était triste. L’été arriva à grands pas, avec sa horde de chaleur suffocante. Le blé brûlait la gorge de François, mais les astuces de son père pour s’en défaire, n’entamaient pas sa bonne humeur.

     

    Le vent sans crier gare, s’engouffra dans le moulin et vint agiter les grains dans leurs sacs. François en resta coi, car jamais le vent n’avait pu descendre aussi bas dans le moulin. Il fallait qu’il contrôle les planches afin de vérifier qu’aucun trou ne s’y trouvait. Une odeur de blé empli soudain ses narines. Une odeur légère, dorée, une odeur de blé coupé envahi le moulin. D’abord il ne vit rien, puis au fond, près des sacs ouverts quelque chose bougea. Un frisson le parcouru. Jamais encore il ne ressenti une telle force au creux de l’estomac, non pas comme un coup, mais comme un pincement. Il s’approcha et vit stupéfait, une jeune fille qu’il ne connaissait pas, se tourner vers lui. Leurs regards se confondirent et alors il sut. Il sut qu’elle était celle qui resterait avec lui, dans son moulin. Il sut d’emblée qu’elle aimait toucher ce blé si beau, si odorant. Il sut qu’elle n’avait pas peur du labeur. Il sut tout…

     

    Les gens du village parlèrent. Des histoires farfelues virent le jour. Qui était cette belle étrangère, qui venait d’épouser notre meunier ? comment avait-elle fait pour traverser la campagne sans être vue, avec ce joli minois ? en plus, le soleil se reflétait dans ses cheveux brillants et blonds. Ce n’était pas une fille des alentours !

     

    Jaloux me direz-vous, peut-être. Le bonheur de certains ne plait pas toujours aux autres…

    Et vous qu’en pensez-vous ?

     

    Moi j’ai une petite idée : une idée folle, folle comme le blé quand le vent le secoue. Folle comme l’épi quand il vient d’être coupé.

    Le serviteur du blé ne pouvait être aimé que par le blé, car il connaissait ses forces et ses faiblesses.

    C’est du moins la légende qui le dit…

    le jardin de roses

    Cette belle journée de printemps donnait envie de se promener. Le jardin était en train de s’éveiller d’un long hiver. J’allais donc y faire un tour pour voir les prouesses du printemps naissant. Tout d’abord je ne vis rien, puis en accordant un peu d’attention à ces herbes folles, je m’aperçu que de minuscules bourgeons essayaient de sortir afin de donner un habit de verdure à cette pauvre tige.

    Le printemps m’émerveillait toujours autant. Et pourtant, pourtant un an plus tôt, je ne lui accordais pas autant d’attention…

    L’hiver doux mourrant ne laissait pas présager un printemps pluvieux. Une vraie calamité pour les gens pressés comme moi d’être toujours impeccable au travail. Un parapluie greffé à la main m’énervait au plus haut point. Vous êtes-vous posé la question de savoir quoi en faire quel que soit l’endroit où vous vous rendez. Pénible non ! enfin, ces jours de pluie se suivaient et ne semblaient pas se finir. C’est attaché à mon parapluie qu’un jour, à la sortie d’un rendez-vous je fis sa rencontre.

    Je vous passe les détails plats et sans importance de notre rencontre, bref, nous nous plûmes d’emblée et après quelques semaines de rendez-vous, j’allais habiter chez lui quelques temps. Pourquoi quelques temps me direz-vous, tout simplement parce que je ne pouvais emmener mes poissons.

    Quelle banale histoire d’amour n’est-ce pas ? en êtes-vous sûrs ?

    Notre idylle naissante ressemblait déjà aux intempéries qui l’avaient vu naître.

    Après un printemps bien morose, l’été quoique beau et chaud, enfin, restait timide. Les vacances vinrent lentement et nous  partirent comme bon nombre d’amoureux faire un tour à la campagne.

    Que de monde sur cette route interminable. Tout le monde a décidé de prendre ses congés en même temps. Ce qui est amusant, c’est que si vous prenez le temps de regarder les longues files de voitures et leurs occupants, vous verrez qu’ils se ressemblent tous. Pas dans leur apparence, bien sûr, mais dans leur similitude à avoir tous les enfants devant une vidéo, la plage arrière couverte de vêtements et de choses diverses, les vélos attachés à l’arrière et les mêmes mines renfrognées aux coups de freins intempestifs. Je m’amusais comme je pouvais mon compagnon n’aimant guère faire la cosette en conduisant. J’aurai dû prendre un livre, au moins ça m’aurait occupé. Le soleil amorçait sa course vers le couchant, quand nous arrivâmes au nid douillet tant espéré.

    Une charmante bâtisse, sertie dans un écrin de lierre, au débouché d’une allée champêtre, rien de tel pour vous remonter le moral.

    L’odeur de renfermé me prit soudain à la gorge, mais une bonne aération de quelques heures et il n’y paraîtrait plus. Défaire les valises, faire le lit, remplir le placard de la cuisine avec les boîtes de conserves en attendant d’aller faire le tour des commerçants locaux. Les joies des vacances en somme. La soirée fut morose, mon cher amour était crevé et de fait, il ne semblait plus vouloir faire le moindre effort. Tant pis pour moi, je me résignais donc à faire mes tristes labeurs du soir, table à débarrasser, vaisselle et rangement, rien de bien amusant. Enfin, au lit ! le meilleur moment de la journée. Les bras de Morphée ne tardèrent pas à venir me chercher.

    Toc, toc, toc, toc. Je me réveillai en sursaut, d’abord déboussolée, je me remémorais la journée de voyage et me rappelais être dans une chambre totalement inconnue. C’était quoi ce bruit ? plus rien, c’était sûrement un rêve.  Au matin, le soleil me réveilla, laissant filtrer ses doux rayons au travers des volets. Mon amour était déjà levé, quelle surprise ! j’enfilais ma robe de chambre et descendit le rejoindre. Personne dans la cuisine, personne dans la salle de bain, où était-il donc passé ? je ne fus pas longue à le savoir, je le trouvais assis sur la terrasse, la tête dans les mains. Je compris alors que la nuit n’avait pas été bonne. Il fut d’une humeur massacrante. Jamais il ne m’avait parlé de la sorte. Je décidais donc de le laisser bouder et parti à la découverte de la charmante bourgade que nous avions traversé hier soir. Une bonne heure de marche à pied, rien de tel pour vous rappeler que la ville est un paradis avec ses transports en commun… jolie petite ville en fait, charmante, pleine de charme, de vieilles pierres rehaussées de lierre encadraient la place certes petite, mais agréable. A cette heure-là les gens sont discrets. Pas un chat dans la rue, tant pis, je vais visiter toute seule. Le tour fut rapide hormis la place centrale, la mairie et l’église, quelques maisons accolées les unes aux autres et le village se perdait au milieu des champs d’un côté, et à l’orée d’un bois du côté où nous habitions. Je ne croisais personne. Bizarre, je suis certaine pourtant que ces maisons étaient habitées. J’ai même entendu le rire de quelques enfants.

    Déconfite, je rentrais chez nous. La maison était vraiment majestueuse. Les massifs étaient entretenus avec goût. Tiens, je vais aller voir dans le dédale des allées si il n’y a pas une cabane de jardinier. Que de senteurs, de très belles fleurs dont j’ignorais le nom se succédaient. Quelle beauté ! et quel calme, je m’aperçu alors que seuls mes pas faisant crisser le gravier résonnaient à mes oreilles. Pas d’oiseaux ? c’est étrange dans une telle féerie de verdure. Soudain, au détour d’une petite allée, je découvris une pergola où courraient de magnifiques roses rouges carmin. Une odeur entêtante s’en dégageait. C’était un régal pour les yeux et les narines. Toc, toc, toc, toc. Je sursautais. Encore ce bruit de la nuit dernière. Je scrutais les alentours, rien. Un frisson me prit et je décidais de repartir vers la maison voir mon tendre amour.

    Quelle surprise de le trouver à la même place qu’à mon départ. Toujours d’aussi vilaine humeur. Il me sermonna pour l’avoir abandonné là, toute la journée. Il n’avait pas mangé. Quel toupet ! il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Cette fois-ci c’est moi qui m’énervait et partait me coucher sans plus attendre. Un bon livre dans la bibliothèque me servirait de somnifère. Il n’y avait que l’embarras du choix. Pour tous les goûts et tous les styles. Je m’arrêtais sur un livre léger, qui ne me donnerait pas de migraine.

    Le sommeil commençant à me gagner, je posais mon livre quand je m’aperçu que j’étais seule dans la chambre. Il était plus de onze heures du soir. Qu’est-ce qu’il faisait ? Tant pis pour lui, je ne lui courrais pas après. Je décidais de laisser sa table de nuit allumée et m’endormais.

    Une douce chaleur m’envahie, il faisait jour. Au pied du lit mon amour me fit signe de le suivre et nous descendîmes dans la salle à manger. Le jour transpirait par les volets clos. La chaleur devenait même étouffante. Il s’assit à la table et sans un mot me montra un plat rempli de mets appétissants. Il me fit signe de le lui amener et alors se mit à se bâfrer comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il se moquait de moi ! je fis demi-tour et m’apprêtais à sortir de la pièce quand je m’aperçu que la porte restait vainement fermée.

    Il se mit à rire, rire de plus en plus fort, à s’en tenir les côtes. Il me fit peur. Je décidais alors de sortir par la porte-fenêtre menant au jardin, et pris mes jambes à mon cou. Son rire me poursuivait, il semblait ne pas me lâcher. Je n’entendais que lui. Je me retrouvais soudain sous la pergola de roses. Toc, toc, toc, toc. Les buissons se mirent à remuer devant moi. Qu’est-ce que cela voulait dire ? son rire sembla soudain en jaillir. Je me mis à hurler et dans un geste de défense, jetant mes bras en avant comme pour le chasser, je m’égratignais la main.

    Aïe. Mon doigt laissa perler une goutte de sang qui alla s’écraser sur le sol. Elle y disparu. J’eu beau me baisser pour la chercher je ne la vis pas. Alors intriguée, je regardais la rose qui m’avait piquée, son épine était la plus grosse de la tige. La rose était magnifique, entrouverte, velouté. Je m’approchais pour la sentir.  Quel dommage, sa beauté n’avait d’égal que son manque d’odeur, ou plutôt une odeur sournoise, qui ressemblait à l’odeur de renfermé qui m’avait prise lors de notre arrivée. J’entendis alors des piaillements. Ce silence troublant qui m’avait suivi toute la journée d’hier, avait laissé place à de joyeux bruits d’oiseaux. Etourdie, je reparti vers la maison en priant le ciel de ne pas rencontrer mon lunatique d’homme.

    Je le vis à la même place ou je l’avais laissé la veille au soir. La  tête dans les mains. Il se moquait de moi. Après m’avoir donné la frousse de ma vie, je décidais donc de le sermonner vertement, et tapais même du plat de la main sur la table. Le spectacle qui m’apparut alors restera à jamais gravé dans ma mémoire.

    Que c’était-il passé ? je n’avais pourtant pas rêvé ? il était venu me chercher tout à l’heure ? il avait ri comme un dément…

    Là, dans la lumière troublante de cette belle journée naissante, au pied de cette vieille demeure, dans un gracieux mouvement, il s’écroula sur la table. Ses mains avaient lâchées sa tête qui était venue se coucher sur la table. Un voile vint se poser devant mes yeux.

    Une tête inconnue me fit un maigre sourire. Me relevant je vis du monde s’activer autour de moi. Un monsieur bienveillant me prit la main et me dit ce que je redoutais. Je ne pleurais pas. Je décidais de partir sur le champ et de quitter cette horrible bâtisse sur l’heure. Un gendarme m’emmena à l’hôtel de la place. Un bruit confus de paroles, de voiture entrait par la fenêtre ouverte. Qu’est-ce que j’allais faire. Je descendis prendre l’air. La veille la place qui était déserte, avait fait place à un brouhaha de fête. Les gens étaient heureux, gais. Mes pas me conduisirent à l’entrée de la petite église. Un frisson me parcourut quand j’y entrait. Pas âme qui vive. Pas un cierge n’était allumé. Les fleurs défraîchies semblaient avoir été oubliées. Quelle honte ! je ressorti outrée ! toc, toc, toc, toc. Toc, toc, toc, toc. Ce bruit me glaça le sang. J’accélérais le pas pour découvrir d’où il venait.

    J’entrais alors dans le petit cimetière du village. De belles tombes alignées se faisaient face. Là où les tombes plus simples étaient posées, le gardien nettoyait, à petits coups la mousse accumulée sur un nom. Il me regarda, passa un chiffon doux sur son travail et souriant, me laissa toute seule.

    Le froid m’envahit, car ce nom restauré avec tant de soin, je le reconnaissais !

    Je partis immédiatement, ce jour-là. Je rentrais chez moi, dans l’indifférence totale, une crampe au creux de l’estomac.

    La vie repris son cours.

    Une année passa. Et je me retrouvais dans un merveilleux jardin, entouré de mes amis, de ma famille. Près de ces belles roses rouges à l’odeur si entêtante. Les bourgeons naissants laissaient présager de très beaux spécimens pour la saison. Mon père sera fier.

    Un tiraillement à la main, me ramena à la réalité. A l’endroit où l’épine m’avait piquée, un petit point noir avait vu le jour. Il me lança de nouveau. Je le regardais et découvrit qu’il avait grossi, comme gonflé. Je serrais fermement mon doigt pour faire taire la douleur. Aïe ! là au milieu du jardin, la petite goutte de sang jaillit de nouveau. Alors je sus qu’elle ferait partie de moi à tout jamais.

    C’est fou ce qu’une simple épine peut faire mal !

    Mais j’aimerai toujours ces belles fleurs qui les portent comme autant de maux à la beauté de la vie.

    Le saule

    C’était par une belle journée d’été. Le vent jouait dans les branches du saule, un léger bruissement laissait deviner le plaisir dont ils s’amusaient. Le vent était un vieil ami du saule, il le connaissait depuis des lustres et ne cessait de le taquiner gentiment. Le saule, quant à lui, faisait semblant d’être dérangé par le vent, mais en réalité il était heureux d’avoir quelqu’un avec qui s’épancher.

     

    Les jeux duraient, duraient et ne semblaient pas devoir s’arrêter, mais ce jour-là, le saule fit une découverte sous son feuillage.

     

    Tout petit, tout vert, mais déjà robuste, un petit d’arbre s’élançait du sol vers les hauteurs de ses branches. Comment ne l’avais-je pas vu ? Le printemps avait été très beau, le vent n’avait cessé de jouer… et bien il était là, plutôt joli à regarder et il faudra qu’il grandisse.

     

    Cependant le saule devint anxieux car il trouva le jeune arbre un peu trop près de lui. Quelle était cette pousse, de quelle origine venait-elle ? Il ne cessait de s’inquiéter. Pensez donc, que diront les arbres voisins si mes racines s’enchevêtrent dans les siennes !

     

    Il prit l’habitude alors, de le regarder, de lui parler tous les jours, afin de connaître son origine et de l’apprivoiser. Il voyait bien qu’il était timide, ses jeunes feuilles d’un vert tendre laissaient présager de belles branches. Mais voilà, le petit d’arbre n’osait parler.

     

    Les jours se suivirent dans ce silence troublé par le vent qui lui s’amusait bien de voir son ami si inquiet et soudain si adulte devant cet embryon. Heureusement se dit le vent que je suis libre comme l’air. Trop de tracas n’est pas bon pour moi. Il faut que je respire et vole là où je veux !

     

    Mais voilà qu’un beau matin d’automne, le vent qui jouait dans les branches du saule, n’en tira qu’un frisson accompagné d’une plainte. Qu’arrivait-il à son ami ? Il le secoua davantage essayant d’en tirer une réponse. Mais rien ne vint. Le vent ne se départit pas et décida d’élucider tout seul ce triste pleur.

     

    Il pénétra sous les branches et compris bien trop vite ce qui avait chagriné son ami. Le petit d’arbre si beau, si majestueux, venait de se faner, en une nuit sans crier gare. Ses feuilles brillantes étaient désormais flétries et son tronc si blanc, paraissait usé.

     

    Le saule et le vent se mirent à gémir pour ce petit qui n’avait pu grandir. Encore un dans cette forêt qui ne verra pas la lumière dit le saule. Et sa plainte langoureuse se fit plus forte. Il s’était attaché à ce petit et le regrettait déjà. Sa plainte se fit pleurs et ses pleurs firent taire les bruits de la forêt. Qu’arrivait-il au saule si majestueux, le voici tordu et rabougri, ses branches touchant le sol dans une complainte de pleurs. Ses congénères touchés par son deuil, que le vent leur apprit, lui firent une grande place au bord du ruisseau.

     

    Ainsi le beau saule dans sa douleur ne donna naissance qu’à son nouveau surnom : le saule pleureur. Mais le respect que les anciens y mirent le rendit fier d’avoir traversé cette épreuve. Il décida de servir d’exemple aux autres arbres et de laisser aller au gré de l’eau son feuillage afin que tous sachent sa peine et la force qu’il mit à la combattre. Le vent son ami, le secouait encore mais les branches lourdes ne riaient plus.

     

    Il trôna ainsi les pieds dans l’eau, ses branches touchant le sol et servit d’exemple aux petits monstres d’arbres qui osaient braver la sérénité des anciens. Triste histoire me direz-vous. Je ne crois pas. Car le saule pleureur sorti plus grand du drame qu’il traversa. Ce n’est pas son tronc qui grandit, mais son âme. Un souvenir se nourrit d’images, mais l’âme se nourrit d’amour. Qu’est-ce que la vie à part une éternité d’amour…

     

     

    un Oeillet bleu

    Un oeillet bleu

     

     

    La nuit venait de tomber avec ses rêves et ses cauchemars. Le froid entrait par bribes dans la chambre. Elise se recroquevilla encore plus sous la couette. Le poêle ne diffusait plus qu’un semblant de chaleur. Décidemment il fallait absolument le nettoyer. Demain elle verrait cela. Qu’il est dure de s’occuper seule d’une maison. Pas de lettres de Jules depuis des semaines. Son bataillon s’était déplacé sur les Ardennes, et depuis plus de nouvelles.

    Ses nuits n’en étaient que plus courtes, enfin, il fallait continuer à mener un semblant d’existence malgré se manque immense que son amour laissait.

    Quatre ans déjà de solitude pour six petits mois de vie commune. C’était injuste. Au village seuls les hommes invalides étaient rentrés de la guerre, ou les vieux qui n’avaient pu partir sauver la patrie. Les femmes avaient donc du se résoudre à occuper leurs fonctions.

    L’usine était pleine jour comme nuit des équipes féminines. Les enfants aidaient comme ils pouvaient, tous les bras étaient les biens venus.

    Une nouvelle journée commençait. Le labeur des champs l’attendait. Après s’être occupé de ses volailles, elle partit pour la cueillette des pommes. Toutes les corvées étaient bonnes à prendre puisqu’elles permettaient de manger. Décidemment si elle avait pu imaginer faire tout ce travail alors que la vie la vouait à rester chez elle en maîtresse de maison. Quelle ironie…

    Enfin le passé est derrière toi, il faut te remuer, depuis l’arrivée de cette guerre tout est chamboulé.

    Le panier est lourd, les bras n’en peuvent plus de monter, descendre sans arrêt depuis des heures. Ces pommes sont épuisantes, mais elles me valent le souper, alors encore un peu de temps et ce sera fini. Tu vois, le contremaître fait signe. La journée est finie, enfin.

    Encore une petite heure pour récupérer mon labeur et je rentre à la maison.

    Seule, toujours seule, pas une lettre de mon homme, pas un signe de l’armée, rien. Combien sommes-nous dans ce cas, sans nous plaindre, à gérer au jour le jour nos vies, notre survie en ces temps incertains. Combien de temps cela va-t-il encore durer. Je suis lasse, si lasse…

    Jules tu me manques. Quelques larmes coulent sur ses joues mais elle ne les remarque plus. Cela n’a plus d’importance, le temps qui passe permet juste de constater que la vie existe encore.

    Les mois s’écoulent ainsi, imperturbables. Toujours les mêmes gestes, les mêmes travaux épuisants pour gagner un peu de sous. Pas de Jules, pas de nouvelles.

    La vie est trop dure, je n’en peux plus.

    Dans cet accès de désespoir, enfin une lueur d’espoir. Un mot, un petit mot tombé presque par hasard devant ma porte.

    Un mot de Jules, daté de trois mois. Il a visiblement eu du mal à trouver notre village. Mais il est là. Je n’ose l’ouvrir. C’est bête après tant d’attente, tant d’espoir.

    Je le regarde incrédule. C’est bien son écriture, alors il est vivant quelque part là-bas. Mes mains tremblent, il faut que je sache, il faut que je sente son odeur sur ce papier. Ses pattes de mouche sont toujours là. Je dois monter la lampe pour le décrypter. Il va bien, dieu soit loué. Mais il ne rentrera qu’à la fin de cette fichue guerre. Il voit ses amis tomber à ses cotés, il ne comprend pas pourquoi il est toujours là, à écrire à leurs épouses, à leurs enfants, pour leur apprendre la funeste nouvelle.

    C’est ridicule, je veux qu’il reste en vie, tant pis pour les autres, ils n’ont qu’à se débrouiller, je sais que c’est égoïste mais qu’est-ce que l’amour, de l’égoïsme avant tout pour l’être aimé. Et je l’aime Jules, je l’aime, alors je me fous des autres, qu’ils tombent sous les coups de baïonnettes et qu’on me rende mon homme.

     

    Elise se lève ce matin-là, comme tous les matins. La nuit n’est pas encore partie. Les étoiles brillent dans le froid de l’hiver. Le travail arrive à grand pas avec ses difficultés. Elle a réussi à se faire embaucher dans la grande cuisine de l’hôpital. Deux heures de trajet à pieds pour y aller, mais c’est pas trop mal payé. Comme tous les matins, il faut laver la vaisselle et préparer les petits déjeuners. Les bassines de cuivre sont très lourdes à soulever, alors on les nettoie par terre dans un premier temps, avant de relaver dans la cuisine pour qu’elles soient de nouveau prêtes à servir sur le feu.

    La soupe est en train de chauffer pour le repas de midi. Du pain et de la soupe, ça tient au corps. Et puis voilà, le geste qu’il ne fallait pas faire, le dernier regard vers la cuisinière en chef et c’est tout.

    Elise a glissé sur le sol mouillé, les maudites épluchures se sont réparties partout. Et ce geste idiot, ce geste de retenu que l’instinct vous donne dans ces moments-là.

    La bassine de cuivre a basculée. Et Elise s’en est allée.

    Que la vie est bête, n’est-ce pas. Un simple petit geste et l’on n’est plus. Pourtant Elise n’avait que deux mois à attendre le retour de son homme. Deux petits mois de labeurs incessants, mais de vie, et elle l’aurait serré dans ses bras.

    Jules est revenu au village à la fin de guerre. Il a retrouvé la grande maison vide et sombre. Il a décidé de travailler pour la garder. Et puis une maison ça a besoin d’une femme.

    Alors avant de se décider il est parti au cimetière. Là, sur la tombe d’Elise, il a pleuré à chaudes larmes. Son aimée l’a quittée avant l’heure, il ne pourra plus jamais lui parler de ses cauchemars, de ses insomnies, de son amour pour elle.

    Avant de la quitter, il lui demande l’autorisation de prendre femme. Elle doit le comprendre et l’accepter. Un oiseau passe dans le ciel, son ombre se projette sur la stèle. Jules essuie une larme, il sourit.

    Avec le plus grand soin, il dépose un bouquet d’œillets bleus. C’était ses préférés.

    Adieu ma mie, porte toi bien. Je t’aimerais toujours.

    La vie continue avec ses absurdités, ses joies, ses larmes.

    Qui peut dire ce qu’elle lui réserve. Ce qui est sûr c’est qu’elle seule connait le fin mot de l’histoire…

     

    L'oiseau

    L’oiseau

     

     

     

    Quel rêve étrange j’ai fait cette nuit ! cet oiseau vert qui hurle en me tournant autour, il m’effrayait… bon, ce n’était qu’un rêve après tout. La journée va être chargée. Les enfants sont à déposer à l’école, après direction la gare, juste le temps d’attraper le train et hop me voilà au travail. Toujours la même routine. L’œil rivé sur la montre de peur de rater l’heure de retour, le train, le centre de loisirs pour récupérer les enfants, puis les devoirs, le dîner et enfin, le lit.

    Ce magnifique lit  où dit-on on passe plus de la moitié de notre vie. Les nuits paraissent pourtant bien trop courtes. Sans compter les nuits blanches, les cauchemars… dans ce tourbillon de tâches les rêves sont encore la part que je préfère. C’est un terrain à découvrir, à explorer. Un monde étrange et merveilleux qui ne demande qu’à s’ouvrir à notre émoi, à nos souvenirs où même nos intuitions…

    Une douce chaleur m’envahie, j’ouvre les yeux, un feu dansant se révèle dans la cheminée. Tout est calme dans la maison. Juste le bruit mat de l’horloge qui monte la garde. Je m’étire et me lève. Il fait plus froid soudain. Je vais aller me mettre au lit. C’est étrange, je sais exactement où ce trouve la chambre et pourtant tout me paraît inconnu ! l’escalier craque sous mes pieds, chaque marche semble être dérangée… je crois qu’il faut que je me couche… ah, qu’il fait bon sous la couette ! Les rêves me rejoignent et nous partons ensemble vers un pays vert et inconnu.

    Le soleil chauffe et l’humidité est lourde. Que d’arbres et de plantes qui me sont étrangères. Mon guide trace le chemin sans un bruit, seule la serpe parle dans son doux balancier. Les cris des oiseaux emplissent le ciel que je devine bleu là-haut, très au-dessus de ces branches feuillues. Je me demande ce que je fais ici. Ah oui, je me rappelle je suis dans la jungle, à la recherche d’un temple. Un de ceux que l’on garde pour les touristes bien sûr. Mais il me semble être une vraie exploratrice. Mon guide me fait signe de  s’arrêter. Il est temps de casser la croûte. Dans une heure nous repartons. Le temple est encore à deux heures de marche. C’est étrange, je croyais qu’il y aurait des tas de moustiques, ou d’insectes en tout genre, mais rien. Rien que les arbres, la chaleur et les oiseaux. Mon guide n’est décidément pas causant. Tant pis, j’en prends mon parti.

    Ça y est enfin, nous y voilà. Ce temple est plus petit que sur les photos, mais il m’impressionne. L’ouverture par laquelle mon guide veut que je passe ressemble à une grande bouche noire, elle m’effraye un peu. En la passant, quelle surprise, le froid me saisit. Je ne pensais pas qu’il puisse y faire si frais alors que dehors la chaleur est lourde. Tout d’abord je ne vois rien, puis après m’être acclimatée je devine des formes sombres. Une table de pierre tout d’abord, au centre, puis des blocs plus petits tout autour qui pourraient être des sièges. Comment ont-ils été déposés ici, leur poids doit être considérable. Mon guide me fait signe de le suivre, là-bas dans le fond de la pièce, il me montre un passage plus petit, une porte qui communique avec une autre pièce. Il insiste pour que j’y aille, seule… je finis par obéir et là quelle surprise, sur une table plus petite, posée sur le côté gauche de la pièce, une feuille de papier. Rien d’autre ! je m’approche et la lit. Machinalement je la met dans ma poche et m’en retourne. En retournant dans la grande pièce je m’aperçois que je suis seule. Où a bien pu passer mon guide ? je me précipite dehors, rien ; que le ciel bleu, la forêt devant moi et ces oiseaux qui piaillent, piaillent à m’en faire mal aux oreilles…

    Je sens le papier dans ma poche, qu’est-ce qu’il disait au fait ?

    « seule je suis, seule je serai, seule j’irai »

     

    J’ai beau tourner cela dans ma tête, rien à faire, les idées se bousculent, je commence à m’énerver. Où est passé ce sacré guide bon sang ! je l’appelle, en vain. La chaleur me fait transpirer. L’eau de ma gourde est chaude et pourtant j’ai l’impression que ma gorge est sèche.

    Calme-toi ! Réfléchis ! nous sommes arrivés d’en face, là, entre ses deux arbres aux branches tarabiscotées, j’en suis sûre. Mais pourrai-je faire le chemin à l’envers ? les coups de la serpe doivent encore être visibles, si je dois me décider c’est tout de suite, car la nuit doit tomber dans quelques heures. J’ai juste le temps de repartir. Il n’est pas question de passer l’après-midi figée dans ce temple et encore moins d’y passer la nuit.

    Alors tant pis, en avant ! me voilà parti. Je retrouve les traces de notre passage, mais la chaleur augmente et ces cris sont tellement horripilants, mon dieu, on dirait des rires… oui, des rires, des sarcasmes même, ces oiseaux se rient de moi ! je me mets à courir comme si le diable était à mes trousses ! quelle idiote ! calme-toi ! ce n’est rien que de stupides oiseaux que tu déranges dans le calme de cette forêt.

    Mais rien à faire, je presse le pas. Les traces sont toujours visibles, je remercie dieu, pour quelqu’un de non croyant, c’est un comble…

    Soudain, plus rien, plus un bruit. Les traces de notre passage sont effacées. Je suis sûre pourtant de ne pas mettre trompée sur le chemin. Je retourne en arrière, oui, les traces sont bien visibles, et là, elles disparaissent, plus rien.

    Je lève les yeux, le calme est lourd, et là je le vois, vert émeraude, avec des ailes magnifiques tachées de rouge. Il me regarde, soudain, il prend son envol et se met à tourbillonner autour de ma tête. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je reste là bouche bée à regarder ce beau volatile tournoyer et voilà qu’il se met à crier, à hurler plutôt ! je pousse un cri à mon tour… va-t-en, laisse moi…je commence à paniquer quand…

    Je me ressaisis mais suis en nage. Quelle horreur ! quel cauchemar. Heureusement que ce n’était qu’un rêve… pourtant un frisson me saisit, ne serait-ce pas une réalité de mon existence. Arrête ses idioties me dis-je. Tu as une vie bien remplie, des enfants et un mari adorable, un travail qui te plaît, rien à voir avec ce cauchemar.

    Je me recouche, exténuée, le cœur battant comme à la fin d’une course.

    Un nouveau frisson me saisit. Et si ma vie parfaite n’était qu’un leurre ? si derrière se cachait, enfouie, enterrée, une âme esseulée, si ma belle façade ne dissimulait qu’une infinie tristesse…la vie est un carcan que l’on dessine, selon ses souhaits, mais pas forcément selon ses désirs…

    Ce bel oiseau de paradis vit dans une belle forêt ; ses cris lui permettent d’exister, mais il y vivait seul.

    Une larme coule sur ma joue, je l’essuie sur l’oreiller en me retournant. Demain, je dois faire les courses, le frigo est vide et j’ai promis d’acheter des gâteaux aux enfants…