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    Métamorphose

    Il était là, dominant la plaine, laissant trainer majestueusement ses ailes afin que le vent joue avec. Le ciel bas, le grandissait, faisant de lui presque un colosse en ce début d’automne. Les tons de bruns côtoyaient les ocres, le tout harmonieusement encré dans ce vert si profond, qu’on en oubliait les champs pour se croire dans un océan…

     

    Les nuages jouaient avec les ailes du moulin. Leur ombre s’amusait à glisser lentement ou quand le vent riait, plus vite. Il n’aimait pas cette partie de l’année, car il savait que l’automne amenait la pluie, sournoise, qui s’infiltrait partout sous son toit. Parfois, celle-ci se transformait en neige givrée que les hommes appellent des grêlons. Là alors son toit, certaines fois, ne pouvait que les laisser passer, entrer au cœur de son être et le refroidir toujours un peu plus, les ans passants.

     

    Que de décennies avait-il vu passer. Que de malheurs les hommes avaient-ils apportés sur cette douce plaine, mais que de bonheur aussi ! Il savait bien que sans eux il n’existerait pas. Néanmoins depuis quelques années maintenant il ne les intéressait plus. Pourtant en des temps lointains que de bonnes odeurs sortaient de son ventre. Le doux ressac de la pierre à moudre, faisait passer les heures, tandis que le vent joueur soulevait un léger voile de farine.

     

    Des souvenirs, voilà tout ce qu’il lui restait. Cette plaine immense avait rapetissée année après année, voyant naître d’autres moulins, qui disparaissaient quelques années plus tard ; ou bien des maisons, s’installaient plus près, toujours plus près. Les fumées des usines lui étaient apportées par le vent, quand il voulait avoir des nouvelles du monde. Mais elles n’étaient pas fameuses. Les guerres, la famine, les maladies voilà ce qu’il retenait de ce monde d’humains qui faisaient de si belles choses pour ensuite les détruire.

     

    Mais en ce jour d’automne, voilà qu’une voiture vint se garer à son abord. Méfiant, le moulin d’un regard circonspect laissa entrer ses visiteurs.

    Deux hommes, une femme. A priori cette dernière ne cessait de s’extasier de sa corpulence, de ses pièces hautes et belles, de ses poutres apparentes et épaisses. Ah, voilà quelqu’un qui comprenait le bel ouvrage !

    Ils repartirent comme ils étaient venus, et le moulin se rendormit pour l’hiver.

     

    Enfin, le printemps était là ! Il était temps de secouer sa vieille carcasse, encore quelques trous supplémentaires dans la toiture et bientôt il abriterait tous les volatiles du coin.

    Mais voilà qu’une myriade de véhicules s’approchait de lui. Que se passait-il donc ? Oh, non ! se dit-il. C’est la fin, on vient me démembrer… il fallait bien que ça arrive un jour. Mais la journée passa et personne ne lui retira la moindre planche. Pourtant il y en avait du monde ! Et voilà que débarquait à son tour ce couple venu le voir à l’automne.

     

    Des semaines durant il ne comprit pas ce qu’il se passait. On rabotait, coupait, posait, tous ces hommes semblaient exactement savoir ce qu’ils faisaient. Et le moulin prit son mal en patience car il ne comprenait toujours rien. Un beau jour, tout le monde disparut. Plus rien. Que le silence de sa plaine, le piaillement des oiseaux qu’il pouvait enfin réentendre, la paix revenue en somme. Une voiture vint se garer. Le couple, toujours lui en descendit, bientôt suivi d’un gros camion. Toute la journée on le vida. Puis la nuit tomba et le camion disparu.  Le moulin agacé, décida de jeter un regard à l’intérieur. Là ou se tenait la meule à grain, une étrange cheminée trônait. Et puis, mais qu’était-ce donc, ses deux grandes pièces vides avaient disparues, laissant place à plusieurs petites, toutes occupées de meubles divers.

     

    Ainsi donc, se dit-il, une fois de plus les hommes m’ont étonné. Alors que je croyais venir ma dernière heure, ils ont décidé de me garder et de m’habiter. Quels drôles d’idée quand même ! Mais je ne m’en plaindrais pas. Alors ragaillardis, heureux de ce doux revirement, il s’endormit, secouant d’un léger bruissement ses ailes rénovées.

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