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le jardin de rosesCette belle journée de printemps donnait envie de se promener. Le jardin était en train de s’éveiller d’un long hiver. J’allais donc y faire un tour pour voir les prouesses du printemps naissant. Tout d’abord je ne vis rien, puis en accordant un peu d’attention à ces herbes folles, je m’aperçu que de minuscules bourgeons essayaient de sortir afin de donner un habit de verdure à cette pauvre tige. Le printemps m’émerveillait toujours autant. Et pourtant, pourtant un an plus tôt, je ne lui accordais pas autant d’attention… L’hiver doux mourrant ne laissait pas présager un printemps pluvieux. Une vraie calamité pour les gens pressés comme moi d’être toujours impeccable au travail. Un parapluie greffé à la main m’énervait au plus haut point. Vous êtes-vous posé la question de savoir quoi en faire quel que soit l’endroit où vous vous rendez. Pénible non ! enfin, ces jours de pluie se suivaient et ne semblaient pas se finir. C’est attaché à mon parapluie qu’un jour, à la sortie d’un rendez-vous je fis sa rencontre. Je vous passe les détails plats et sans importance de notre rencontre, bref, nous nous plûmes d’emblée et après quelques semaines de rendez-vous, j’allais habiter chez lui quelques temps. Pourquoi quelques temps me direz-vous, tout simplement parce que je ne pouvais emmener mes poissons. Quelle banale histoire d’amour n’est-ce pas ? en êtes-vous sûrs ? Notre idylle naissante ressemblait déjà aux intempéries qui l’avaient vu naître. Après un printemps bien morose, l’été quoique beau et chaud, enfin, restait timide. Les vacances vinrent lentement et nous partirent comme bon nombre d’amoureux faire un tour à la campagne. Que de monde sur cette route interminable. Tout le monde a décidé de prendre ses congés en même temps. Ce qui est amusant, c’est que si vous prenez le temps de regarder les longues files de voitures et leurs occupants, vous verrez qu’ils se ressemblent tous. Pas dans leur apparence, bien sûr, mais dans leur similitude à avoir tous les enfants devant une vidéo, la plage arrière couverte de vêtements et de choses diverses, les vélos attachés à l’arrière et les mêmes mines renfrognées aux coups de freins intempestifs. Je m’amusais comme je pouvais mon compagnon n’aimant guère faire la cosette en conduisant. J’aurai dû prendre un livre, au moins ça m’aurait occupé. Le soleil amorçait sa course vers le couchant, quand nous arrivâmes au nid douillet tant espéré. Une charmante bâtisse, sertie dans un écrin de lierre, au débouché d’une allée champêtre, rien de tel pour vous remonter le moral. L’odeur de renfermé me prit soudain à la gorge, mais une bonne aération de quelques heures et il n’y paraîtrait plus. Défaire les valises, faire le lit, remplir le placard de la cuisine avec les boîtes de conserves en attendant d’aller faire le tour des commerçants locaux. Les joies des vacances en somme. La soirée fut morose, mon cher amour était crevé et de fait, il ne semblait plus vouloir faire le moindre effort. Tant pis pour moi, je me résignais donc à faire mes tristes labeurs du soir, table à débarrasser, vaisselle et rangement, rien de bien amusant. Enfin, au lit ! le meilleur moment de la journée. Les bras de Morphée ne tardèrent pas à venir me chercher. Toc, toc, toc, toc. Je me réveillai en sursaut, d’abord déboussolée, je me remémorais la journée de voyage et me rappelais être dans une chambre totalement inconnue. C’était quoi ce bruit ? plus rien, c’était sûrement un rêve. Au matin, le soleil me réveilla, laissant filtrer ses doux rayons au travers des volets. Mon amour était déjà levé, quelle surprise ! j’enfilais ma robe de chambre et descendit le rejoindre. Personne dans la cuisine, personne dans la salle de bain, où était-il donc passé ? je ne fus pas longue à le savoir, je le trouvais assis sur la terrasse, la tête dans les mains. Je compris alors que la nuit n’avait pas été bonne. Il fut d’une humeur massacrante. Jamais il ne m’avait parlé de la sorte. Je décidais donc de le laisser bouder et parti à la découverte de la charmante bourgade que nous avions traversé hier soir. Une bonne heure de marche à pied, rien de tel pour vous rappeler que la ville est un paradis avec ses transports en commun… jolie petite ville en fait, charmante, pleine de charme, de vieilles pierres rehaussées de lierre encadraient la place certes petite, mais agréable. A cette heure-là les gens sont discrets. Pas un chat dans la rue, tant pis, je vais visiter toute seule. Le tour fut rapide hormis la place centrale, la mairie et l’église, quelques maisons accolées les unes aux autres et le village se perdait au milieu des champs d’un côté, et à l’orée d’un bois du côté où nous habitions. Je ne croisais personne. Bizarre, je suis certaine pourtant que ces maisons étaient habitées. J’ai même entendu le rire de quelques enfants. Déconfite, je rentrais chez nous. La maison était vraiment majestueuse. Les massifs étaient entretenus avec goût. Tiens, je vais aller voir dans le dédale des allées si il n’y a pas une cabane de jardinier. Que de senteurs, de très belles fleurs dont j’ignorais le nom se succédaient. Quelle beauté ! et quel calme, je m’aperçu alors que seuls mes pas faisant crisser le gravier résonnaient à mes oreilles. Pas d’oiseaux ? c’est étrange dans une telle féerie de verdure. Soudain, au détour d’une petite allée, je découvris une pergola où courraient de magnifiques roses rouges carmin. Une odeur entêtante s’en dégageait. C’était un régal pour les yeux et les narines. Toc, toc, toc, toc. Je sursautais. Encore ce bruit de la nuit dernière. Je scrutais les alentours, rien. Un frisson me prit et je décidais de repartir vers la maison voir mon tendre amour. Quelle surprise de le trouver à la même place qu’à mon départ. Toujours d’aussi vilaine humeur. Il me sermonna pour l’avoir abandonné là, toute la journée. Il n’avait pas mangé. Quel toupet ! il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Cette fois-ci c’est moi qui m’énervait et partait me coucher sans plus attendre. Un bon livre dans la bibliothèque me servirait de somnifère. Il n’y avait que l’embarras du choix. Pour tous les goûts et tous les styles. Je m’arrêtais sur un livre léger, qui ne me donnerait pas de migraine. Le sommeil commençant à me gagner, je posais mon livre quand je m’aperçu que j’étais seule dans la chambre. Il était plus de onze heures du soir. Qu’est-ce qu’il faisait ? Tant pis pour lui, je ne lui courrais pas après. Je décidais de laisser sa table de nuit allumée et m’endormais. Une douce chaleur m’envahie, il faisait jour. Au pied du lit mon amour me fit signe de le suivre et nous descendîmes dans la salle à manger. Le jour transpirait par les volets clos. La chaleur devenait même étouffante. Il s’assit à la table et sans un mot me montra un plat rempli de mets appétissants. Il me fit signe de le lui amener et alors se mit à se bâfrer comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il se moquait de moi ! je fis demi-tour et m’apprêtais à sortir de la pièce quand je m’aperçu que la porte restait vainement fermée. Il se mit à rire, rire de plus en plus fort, à s’en tenir les côtes. Il me fit peur. Je décidais alors de sortir par la porte-fenêtre menant au jardin, et pris mes jambes à mon cou. Son rire me poursuivait, il semblait ne pas me lâcher. Je n’entendais que lui. Je me retrouvais soudain sous la pergola de roses. Toc, toc, toc, toc. Les buissons se mirent à remuer devant moi. Qu’est-ce que cela voulait dire ? son rire sembla soudain en jaillir. Je me mis à hurler et dans un geste de défense, jetant mes bras en avant comme pour le chasser, je m’égratignais la main. Aïe. Mon doigt laissa perler une goutte de sang qui alla s’écraser sur le sol. Elle y disparu. J’eu beau me baisser pour la chercher je ne la vis pas. Alors intriguée, je regardais la rose qui m’avait piquée, son épine était la plus grosse de la tige. La rose était magnifique, entrouverte, velouté. Je m’approchais pour la sentir. Quel dommage, sa beauté n’avait d’égal que son manque d’odeur, ou plutôt une odeur sournoise, qui ressemblait à l’odeur de renfermé qui m’avait prise lors de notre arrivée. J’entendis alors des piaillements. Ce silence troublant qui m’avait suivi toute la journée d’hier, avait laissé place à de joyeux bruits d’oiseaux. Etourdie, je reparti vers la maison en priant le ciel de ne pas rencontrer mon lunatique d’homme. Je le vis à la même place ou je l’avais laissé la veille au soir. La tête dans les mains. Il se moquait de moi. Après m’avoir donné la frousse de ma vie, je décidais donc de le sermonner vertement, et tapais même du plat de la main sur la table. Le spectacle qui m’apparut alors restera à jamais gravé dans ma mémoire. Que c’était-il passé ? je n’avais pourtant pas rêvé ? il était venu me chercher tout à l’heure ? il avait ri comme un dément… Là, dans la lumière troublante de cette belle journée naissante, au pied de cette vieille demeure, dans un gracieux mouvement, il s’écroula sur la table. Ses mains avaient lâchées sa tête qui était venue se coucher sur la table. Un voile vint se poser devant mes yeux. Une tête inconnue me fit un maigre sourire. Me relevant je vis du monde s’activer autour de moi. Un monsieur bienveillant me prit la main et me dit ce que je redoutais. Je ne pleurais pas. Je décidais de partir sur le champ et de quitter cette horrible bâtisse sur l’heure. Un gendarme m’emmena à l’hôtel de la place. Un bruit confus de paroles, de voiture entrait par la fenêtre ouverte. Qu’est-ce que j’allais faire. Je descendis prendre l’air. La veille la place qui était déserte, avait fait place à un brouhaha de fête. Les gens étaient heureux, gais. Mes pas me conduisirent à l’entrée de la petite église. Un frisson me parcourut quand j’y entrait. Pas âme qui vive. Pas un cierge n’était allumé. Les fleurs défraîchies semblaient avoir été oubliées. Quelle honte ! je ressorti outrée ! toc, toc, toc, toc. Toc, toc, toc, toc. Ce bruit me glaça le sang. J’accélérais le pas pour découvrir d’où il venait. J’entrais alors dans le petit cimetière du village. De belles tombes alignées se faisaient face. Là où les tombes plus simples étaient posées, le gardien nettoyait, à petits coups la mousse accumulée sur un nom. Il me regarda, passa un chiffon doux sur son travail et souriant, me laissa toute seule. Le froid m’envahit, car ce nom restauré avec tant de soin, je le reconnaissais ! Je partis immédiatement, ce jour-là. Je rentrais chez moi, dans l’indifférence totale, une crampe au creux de l’estomac. La vie repris son cours. Une année passa. Et je me retrouvais dans un merveilleux jardin, entouré de mes amis, de ma famille. Près de ces belles roses rouges à l’odeur si entêtante. Les bourgeons naissants laissaient présager de très beaux spécimens pour la saison. Mon père sera fier. Un tiraillement à la main, me ramena à la réalité. A l’endroit où l’épine m’avait piquée, un petit point noir avait vu le jour. Il me lança de nouveau. Je le regardais et découvrit qu’il avait grossi, comme gonflé. Je serrais fermement mon doigt pour faire taire la douleur. Aïe ! là au milieu du jardin, la petite goutte de sang jaillit de nouveau. Alors je sus qu’elle ferait partie de moi à tout jamais. C’est fou ce qu’une simple épine peut faire mal ! Mais j’aimerai toujours ces belles fleurs qui les portent comme autant de maux à la beauté de la vie. TrackbacksThe trackback URL for this entry is: http://bleu-coeur.spaces.live.com/blog/cns!A7D76CF89C2FD61B!400.trak Weblogs that reference this entry
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