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Le sauleC’était par une belle journée d’été. Le vent jouait dans les branches du saule, un léger bruissement laissait deviner le plaisir dont ils s’amusaient. Le vent était un vieil ami du saule, il le connaissait depuis des lustres et ne cessait de le taquiner gentiment. Le saule, quant à lui, faisait semblant d’être dérangé par le vent, mais en réalité il était heureux d’avoir quelqu’un avec qui s’épancher.
Les jeux duraient, duraient et ne semblaient pas devoir s’arrêter, mais ce jour-là, le saule fit une découverte sous son feuillage.
Tout petit, tout vert, mais déjà robuste, un petit d’arbre s’élançait du sol vers les hauteurs de ses branches. Comment ne l’avais-je pas vu ? Le printemps avait été très beau, le vent n’avait cessé de jouer… et bien il était là, plutôt joli à regarder et il faudra qu’il grandisse.
Cependant le saule devint anxieux car il trouva le jeune arbre un peu trop près de lui. Quelle était cette pousse, de quelle origine venait-elle ? Il ne cessait de s’inquiéter. Pensez donc, que diront les arbres voisins si mes racines s’enchevêtrent dans les siennes !
Il prit l’habitude alors, de le regarder, de lui parler tous les jours, afin de connaître son origine et de l’apprivoiser. Il voyait bien qu’il était timide, ses jeunes feuilles d’un vert tendre laissaient présager de belles branches. Mais voilà, le petit d’arbre n’osait parler.
Les jours se suivirent dans ce silence troublé par le vent qui lui s’amusait bien de voir son ami si inquiet et soudain si adulte devant cet embryon. Heureusement se dit le vent que je suis libre comme l’air. Trop de tracas n’est pas bon pour moi. Il faut que je respire et vole là où je veux !
Mais voilà qu’un beau matin d’automne, le vent qui jouait dans les branches du saule, n’en tira qu’un frisson accompagné d’une plainte. Qu’arrivait-il à son ami ? Il le secoua davantage essayant d’en tirer une réponse. Mais rien ne vint. Le vent ne se départit pas et décida d’élucider tout seul ce triste pleur.
Il pénétra sous les branches et compris bien trop vite ce qui avait chagriné son ami. Le petit d’arbre si beau, si majestueux, venait de se faner, en une nuit sans crier gare. Ses feuilles brillantes étaient désormais flétries et son tronc si blanc, paraissait usé.
Le saule et le vent se mirent à gémir pour ce petit qui n’avait pu grandir. Encore un dans cette forêt qui ne verra pas la lumière dit le saule. Et sa plainte langoureuse se fit plus forte. Il s’était attaché à ce petit et le regrettait déjà. Sa plainte se fit pleurs et ses pleurs firent taire les bruits de la forêt. Qu’arrivait-il au saule si majestueux, le voici tordu et rabougri, ses branches touchant le sol dans une complainte de pleurs. Ses congénères touchés par son deuil, que le vent leur apprit, lui firent une grande place au bord du ruisseau.
Ainsi le beau saule dans sa douleur ne donna naissance qu’à son nouveau surnom : le saule pleureur. Mais le respect que les anciens y mirent le rendit fier d’avoir traversé cette épreuve. Il décida de servir d’exemple aux autres arbres et de laisser aller au gré de l’eau son feuillage afin que tous sachent sa peine et la force qu’il mit à la combattre. Le vent son ami, le secouait encore mais les branches lourdes ne riaient plus.
Il trôna ainsi les pieds dans l’eau, ses branches touchant le sol et servit d’exemple aux petits monstres d’arbres qui osaient braver la sérénité des anciens. Triste histoire me direz-vous. Je ne crois pas. Car le saule pleureur sorti plus grand du drame qu’il traversa. Ce n’est pas son tronc qui grandit, mais son âme. Un souvenir se nourrit d’images, mais l’âme se nourrit d’amour. Qu’est-ce que la vie à part une éternité d’amour…
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