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L'oiseauL’oiseau
Quel rêve étrange j’ai fait cette nuit ! cet oiseau vert qui hurle en me tournant autour, il m’effrayait… bon, ce n’était qu’un rêve après tout. La journée va être chargée. Les enfants sont à déposer à l’école, après direction la gare, juste le temps d’attraper le train et hop me voilà au travail. Toujours la même routine. L’œil rivé sur la montre de peur de rater l’heure de retour, le train, le centre de loisirs pour récupérer les enfants, puis les devoirs, le dîner et enfin, le lit. Ce magnifique lit où dit-on on passe plus de la moitié de notre vie. Les nuits paraissent pourtant bien trop courtes. Sans compter les nuits blanches, les cauchemars… dans ce tourbillon de tâches les rêves sont encore la part que je préfère. C’est un terrain à découvrir, à explorer. Un monde étrange et merveilleux qui ne demande qu’à s’ouvrir à notre émoi, à nos souvenirs où même nos intuitions… Une douce chaleur m’envahie, j’ouvre les yeux, un feu dansant se révèle dans la cheminée. Tout est calme dans la maison. Juste le bruit mat de l’horloge qui monte la garde. Je m’étire et me lève. Il fait plus froid soudain. Je vais aller me mettre au lit. C’est étrange, je sais exactement où ce trouve la chambre et pourtant tout me paraît inconnu ! l’escalier craque sous mes pieds, chaque marche semble être dérangée… je crois qu’il faut que je me couche… ah, qu’il fait bon sous la couette ! Les rêves me rejoignent et nous partons ensemble vers un pays vert et inconnu. Le soleil chauffe et l’humidité est lourde. Que d’arbres et de plantes qui me sont étrangères. Mon guide trace le chemin sans un bruit, seule la serpe parle dans son doux balancier. Les cris des oiseaux emplissent le ciel que je devine bleu là-haut, très au-dessus de ces branches feuillues. Je me demande ce que je fais ici. Ah oui, je me rappelle je suis dans la jungle, à la recherche d’un temple. Un de ceux que l’on garde pour les touristes bien sûr. Mais il me semble être une vraie exploratrice. Mon guide me fait signe de s’arrêter. Il est temps de casser la croûte. Dans une heure nous repartons. Le temple est encore à deux heures de marche. C’est étrange, je croyais qu’il y aurait des tas de moustiques, ou d’insectes en tout genre, mais rien. Rien que les arbres, la chaleur et les oiseaux. Mon guide n’est décidément pas causant. Tant pis, j’en prends mon parti. Ça y est enfin, nous y voilà. Ce temple est plus petit que sur les photos, mais il m’impressionne. L’ouverture par laquelle mon guide veut que je passe ressemble à une grande bouche noire, elle m’effraye un peu. En la passant, quelle surprise, le froid me saisit. Je ne pensais pas qu’il puisse y faire si frais alors que dehors la chaleur est lourde. Tout d’abord je ne vois rien, puis après m’être acclimatée je devine des formes sombres. Une table de pierre tout d’abord, au centre, puis des blocs plus petits tout autour qui pourraient être des sièges. Comment ont-ils été déposés ici, leur poids doit être considérable. Mon guide me fait signe de le suivre, là-bas dans le fond de la pièce, il me montre un passage plus petit, une porte qui communique avec une autre pièce. Il insiste pour que j’y aille, seule… je finis par obéir et là quelle surprise, sur une table plus petite, posée sur le côté gauche de la pièce, une feuille de papier. Rien d’autre ! je m’approche et la lit. Machinalement je la met dans ma poche et m’en retourne. En retournant dans la grande pièce je m’aperçois que je suis seule. Où a bien pu passer mon guide ? je me précipite dehors, rien ; que le ciel bleu, la forêt devant moi et ces oiseaux qui piaillent, piaillent à m’en faire mal aux oreilles… Je sens le papier dans ma poche, qu’est-ce qu’il disait au fait ? « seule je suis, seule je serai, seule j’irai »
J’ai beau tourner cela dans ma tête, rien à faire, les idées se bousculent, je commence à m’énerver. Où est passé ce sacré guide bon sang ! je l’appelle, en vain. La chaleur me fait transpirer. L’eau de ma gourde est chaude et pourtant j’ai l’impression que ma gorge est sèche. Calme-toi ! Réfléchis ! nous sommes arrivés d’en face, là, entre ses deux arbres aux branches tarabiscotées, j’en suis sûre. Mais pourrai-je faire le chemin à l’envers ? les coups de la serpe doivent encore être visibles, si je dois me décider c’est tout de suite, car la nuit doit tomber dans quelques heures. J’ai juste le temps de repartir. Il n’est pas question de passer l’après-midi figée dans ce temple et encore moins d’y passer la nuit. Alors tant pis, en avant ! me voilà parti. Je retrouve les traces de notre passage, mais la chaleur augmente et ces cris sont tellement horripilants, mon dieu, on dirait des rires… oui, des rires, des sarcasmes même, ces oiseaux se rient de moi ! je me mets à courir comme si le diable était à mes trousses ! quelle idiote ! calme-toi ! ce n’est rien que de stupides oiseaux que tu déranges dans le calme de cette forêt. Mais rien à faire, je presse le pas. Les traces sont toujours visibles, je remercie dieu, pour quelqu’un de non croyant, c’est un comble… Soudain, plus rien, plus un bruit. Les traces de notre passage sont effacées. Je suis sûre pourtant de ne pas mettre trompée sur le chemin. Je retourne en arrière, oui, les traces sont bien visibles, et là, elles disparaissent, plus rien. Je lève les yeux, le calme est lourd, et là je le vois, vert émeraude, avec des ailes magnifiques tachées de rouge. Il me regarde, soudain, il prend son envol et se met à tourbillonner autour de ma tête. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je reste là bouche bée à regarder ce beau volatile tournoyer et voilà qu’il se met à crier, à hurler plutôt ! je pousse un cri à mon tour… va-t-en, laisse moi…je commence à paniquer quand… Je me ressaisis mais suis en nage. Quelle horreur ! quel cauchemar. Heureusement que ce n’était qu’un rêve… pourtant un frisson me saisit, ne serait-ce pas une réalité de mon existence. Arrête ses idioties me dis-je. Tu as une vie bien remplie, des enfants et un mari adorable, un travail qui te plaît, rien à voir avec ce cauchemar. Je me recouche, exténuée, le cœur battant comme à la fin d’une course. Un nouveau frisson me saisit. Et si ma vie parfaite n’était qu’un leurre ? si derrière se cachait, enfouie, enterrée, une âme esseulée, si ma belle façade ne dissimulait qu’une infinie tristesse…la vie est un carcan que l’on dessine, selon ses souhaits, mais pas forcément selon ses désirs… Ce bel oiseau de paradis vit dans une belle forêt ; ses cris lui permettent d’exister, mais il y vivait seul. Une larme coule sur ma joue, je l’essuie sur l’oreiller en me retournant. Demain, je dois faire les courses, le frigo est vide et j’ai promis d’acheter des gâteaux aux enfants… Comments (4)
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