sylvie 的个人资料BLEU COEUR照片日志列表更多 工具 帮助

日志


A mon Petit Bout d'Amour

je vous salue tous, mes fidèles lecteurs.

j'ai été absente ces derniers temps car confrontée à un drame familiale. je panse mes plaies...
je vous reviens très bientôt. encore merci de vos visites.

le soleil

Le soleil.

 

 

Elle était là, assise, à l’ombre du saule. Un livre dans les mains. Elle surveillait d’un œil attendri ses enfants qui s’endormaient. Allongés sur une couverture, regardant distraitement les fourmis ailées, ils dodelinaient de la tête. Bientôt ils partiraient pour le royaume des songes.

 

L’été était brûlant. Quand la sieste serait finie, les enfants iraient jouer dans le jardin. Une véritable caverne d’Ali Baba les attendait à l’abri d’un vieux coffre. Que de merveilles ; des poussettes pour les poupées, une voiture à pédales, une dînette pour le goûter…et bien d’autres choses encore. Quelles vacances. Que de choses à faire. Courir dans le jardin en évitant le trou à feu. Regarder le jardinier soigner les tomates, les salades. Ramasser les groseilles, les cassis, sans oublier de se servir au passage.

 

Arroser les rosiers, à la tombée de la nuit, humer le tilleul centenaire. Regarder les étoiles illuminer ce ciel magnifique. Ecouter papa nommer ces beautés et surprendre furtivement une étoile filante. Allongés sur le dos, à la douceur de la nuit, le temps restait en suspend.

 

Parfois, le soir, nous sortions tous le long des chemins, à la lueur des lampes et surprenions des vers luisants. Ces petites bêtes si belles à regarder luire. Des chauves-souris parfois nous frôlaient. Alors, effrayés, nous nous réfugiions dans les bras de papa ou de maman.

 

 

Les nuits chaudes laissaient la place à la clarté du matin. Le soleil illuminait la maison, au travers des petites fenêtres de bois. La fraîcheur de ces épais murs de pierre laissait deviner la canicule dehors. Il y faisait bon vivre. Les portes grinçaient, les planches de bois disjointes laissaient voir l’obscurité. L’escalier abrupt menait vers une porte si vieille qu’elle nous semblait devoir céder chaque fois que papa l’ouvrait. L’odeur du bois et de l’humidité nous accompagnait dans les moindres recoins de cette grande maison. Dans la cuisine, la cheminée immense, abritait un poêle à bois, où maman préparait les repas. Nous prenions tous place autour de la grande table, assis sagement sur le banc. Une fois le repas fini,  l’heure du repos sonnait. Les journées passaient ainsi, immuables, belles…

 

C’était il y a très longtemps, à une époque où les heures ne comptaient pas. En un temps où le bonheur s’écrivait simplement, lentement.

 

Un passé baigné de soleil, réfugié dans un coin de mon esprit ; un tableau familial encré au fond de mon cœur, un rayon de lumière au milieu de l’obscurité.

 Le temps a suspendu son vol pour un souvenir joyeux, celui-ci conservera la chaleur de ces couleurs, et la beauté de ces images.

 L’esprit reste là où l’âme n’est plus…

Au royaume de l'obscurité

Au royaume de l’obscurité.

 

 

C’était par un jour de grand vent. La tempête avait sévit la veille, mais le froid glacial de cette journée pénétrait tout ce qu’il rencontrait. Le matin était déjà bien entamé, et outre le souffle du vent et quelques oiseaux téméraires, le silence était présent. Des nuages courants dans le ciel, l’obscurcissaient par moment, lui conférant  une image de fin des temps…

 

Il était là, heureux, joyeux, bondissant, sans se soucier du temps. Petit être brun et jovial comme tout enfant de son âge. Quoi, huit, peut être dix ans ; guère plus. La maîtresse avait fini les cours plus tôt. Alors tout content de se promener dans les champs, sifflotant, il faisait la guerre aux cailloux, aux herbes folles qui lui chatouillaient les jambes. La maison était encore loin…

 

 Mais qu’importe car maître du monde, sa toute puissance lui donnait un pouvoir inégalé. Pouvoir surpuissant, médiateur à toute épreuve, tels étaient ses talents. Les plus hauts personnages du monde venaient écouter ses conseils. Quoi qu’il dise, on se retirait sans sourciller. Les temps étaient beaux, mais les nuages arrivaient. En effet, un jour, un homme vint à son tour demander conseil. Mais celui-ci ne lui plus pas. Alors dans une colère il menaça le maître d’usurpateur et déclara être son successeur.

Les camps se formèrent. Les rejetés, les traîtres, les jaloux s’allièrent à lui.  Les autres, ma foi, par respect, idées, ou altruisme restèrent fidèles.

 

Alors commença une guerre longue et fastidieuse de mots, écrits, chants et autres sermons, répétés dans tout le pays. Cela n’aurait eu de cesse si un jour, ou plutôt un soir, un fracas épouvantable ne vint arrêter ces bavardages. Il fut si retentissant que la nature un instant sembla muette. Nul n’osa parler. Tous les regards se portèrent sur le maître. Tous sans exception. Alors celui-ci, d’une voix forte ordonna la fermeture des portes et autres ouvertures. Il exigea la présence des habitants dans leurs foyers et fit prévenir de toute urgence les fermiers lointains de faire de même. La nuit serait longue.

 

Il passa. Silencieux et gigantesque. D’une couleur sans nom. Dans un silence glacial. Pas même le vent ne l’accompagna. Une obscurité laiteuse s’abattit sur le pays d’une lenteur inexplicable. Le maître même commença à penser qu’il se passerait des jours avant qu’Il ne s’éloigne. Alors attendons…

 

Les heures semblèrent bien longues !

 

Enfin, à un moment, un rayon de soleil osa toucher le sol. Un petit souffle de vent l’égaya. Le maître reprit espoir et fit dire de reprendre activités. Mais la prudence, fut de mise, et les habitants prirent leur temps. Aussi, quand enfin plus rien ne subsista, l’après-midi était bien avancée. Chacun fit le tour de chez lui, et réconforté, décida de remettre au lendemain les desseins oubliés.

 

Le maître, fatigué, se leva, et dans un regard circulaire, s’éloigna, un peu voûté.

Le temps, cet allié, peut se transformer en adversaire redoutable quand on le contrarie. Mais il existe des choses que le temps même ne peut arrêter.

 

 

La maison est déjà là ! S’étonna-t-il dans un frisson. Quelle surprise ça va être… Le soleil est encore haut, alors je pourrais jouer dans le jardin, dans la cabane ; mais j’ai promis à maman de ne plus rêver….

 

l'ordinateur

L’ordinateur.

 

Le banc était un peu dure, mais la vue y était tellement splendide qu’on en oubliait ce détail. La ville s’étalait, là, immense, belle, baignée de soleil. Les multiples vitres renvoyaient comme des étoiles les rayons de lumière. Une impression de calme et de sérénité semblait régner sur ce lieu.

 

Il était là comme tous les jours, avec son portable sur les genoux. Le regard perdu dans sa contemplation de la ville. Un bruit soudain le tirait de sa rêverie et frénétiquement il s’activait sur son clavier. Quelle étrange symbiose que cette nature bousculée par le progrès ? Entre le piaillement des oiseaux et  le doux bruissement des feuillages, un étrange cliquetis retentissait.

 

Comme à chaque fois, je passais lentement devant lui, tirant Cléo, ma petite chienne. Elle reniflait son pantalon, et immanquablement il levait la tête et me souriait.

-« Bonjour, mademoiselle ! Quel temps magnifique n’est-ce pas ? »

- « Oui monsieur « 

 

Et timidement je m’éloignais. Décidément, je n’arriverai jamais à l’aborder. Pourtant, il me plaît bien avec son petit sourire discret et ses grands yeux noirs ! Enfin, ma fille, reprends-toi ! il doit sûrement être pris…

Allez, va, Cléo a encore senti un chien, il faut que je change de chemin, elle est infernale actuellement…

 

Un jour encore, qui passe simplement, entre les habitudes et les obligations, mais si peu de surprises ! Le temps est là, mais les heures paraissent si creuses… Les vacances ! On les attend toute l’année, pour s’apercevoir quand on y est, qu’on n’y fait rien de plus, et rien de moins.

 

Tiens, il pleut. Il faut quand même que je sorte Cléo. Il faut que je pousse jusqu’au jardin, car elle ne doit pas faire ses besoins sur le trottoir. Cette odeur d’herbe mouillée est si agréable. En plus, il n’y a personne. Quelle tranquillité ! Cléo s’amuse à bondir entre les flaques, la pluie la rend joyeuse. Le jardin est si beau, si calme. Tiens, un drôle de bruit me fait lever la tête ! On dirait un cliquetis.

 

C’est étrange, soudain, je me sens essoufflée. Que se passe-t-il ? Je ne sais plus où je suis… Cléo me tire toujours en évitant les flaques, alors que moi je n’y fais plus attention. Et puis elle s’arrête. Elle sent quelque chose. Il est là, toujours à la même place, avec son ordinateur sur les genoux. Il me regarde avec son petit sourire qui me plaît tant !

-« Bonjour, mademoiselle, vous avez défié la pluie ? »

-« Et oui, il faut bien que je sorte ma chienne ! » Quelle horreur, quelle banalité ! Après cela il ne voudra plus me parler !

-« C’est avec un temps pareil que le jardin est agréable, pas un bruit, pas de promeneurs. La nature est livrée à elle-même »

-« Oui, quel calme ! C’est tellement agréable qu’on en oublie la pluie »

-« Votre chienne a senti quelque chose ; puis-je vous accompagner  jusqu’à la sortie ? Je crois que la pluie revient »

-« Bien sûr ! Et puis je- n’habite pas loin » Qu’est-ce que je dis !

-« Moi non plus. On doit être voisin ? »

-« C’est possible ; merci de m’avoir accompagné «

-« De rien, alors à bientôt ! »

- « Oui. Bonne après-midi ! »

-« Merci, vous aussi »

 

Ca y est ! Je lui ai parlé ! Des banalités certes, mais ma fille il ne faut pas lâcher maintenant. Et puis c’est très bien d’avoir de bons voisins. Qui sait, l’avenir me dira si j’ai bien fait de lui parler ou non. Décidément ses yeux sont toujours aussi beaux.

 

Allez, tu te calmes, tu bois un petit thé, tu respires et puis demain sera un autre jour.

Tu voulais des surprises, tu en as une de taille. A toi de faire en sorte quelle le reste.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours, surtout durant les vacances. Le destin te fait un petit clin d’œil, alors ma fille, réponds-lui…

Le Loup

Le loup

 

L’hiver était vigoureux cette année là, la neige tombée en excès tapissait les bois d’un épais manteau blanc. Le paysage immaculé dégageait une atmosphère de plénitude qui n’était pas courant en cette époque reculée où les guerres meurtrières avaient tendance à faire ressembler les forêts à des cimetières. Epoque reculée, s’il en était, où les pauvres gens voyageaient de village en hameau pour quelques quignons de pain et un peu de dur travail pour une pièce ou une nuit au sec.

De fiers destriers respiraient fortement en avançant sur le sentier enneigé. Le froid vif faisait sortir de leurs naseaux une fumée si blanche qu’elle ressemblait à des ailes de papillons… les deux seigneurs, emmitouflés dans de lourds manteaux ressemblaient à des sacs posés sur le dos des chevaux. Le village en vue, était misérable, mais la neige le parait d’une chape blanche qui cachait ses malheurs. Après le village un vieux fort lugubre dominait de toutes ses tours ce petit vallon encastré au milieu de la forêt.

Cette journée serait à jamais marquée par cette dramatique histoire que les vieux se racontent le soir auprès de l’âtre, afin de ne pas oublier l’existence de ces paysans qui ont façonnés ce paysage et donnés à cette région ses lettres de noblesse ; noblesse parfois plus belle que n’ont pu apporter ces riches seigneurs qui garantissaient de leur blason la prospérité et la grandeur de leur fief.

Sous un soleil d’hiver, naissait le jeune seigneur de ce petit coin reculé. Son père, ambitieux, avait déjà tracé le chemin de sa vie. Un baron voisin, belliqueux, dont l’épouse était enceinte devait donner naissance à une fille. Son sorcier personnel le lui avait assuré. Donc les terres voisines tant convoitées depuis des générations, pourraient enfin lui appartenir par le simple geste d’un mariage. Ses pères devaient se retourner dans leur tombe ! Mais quelle belle revanche pour sa lignée…

 

Les années passèrent donc, les saisons s’égrenèrent au rythme de l’apprentissage de ce jeune maître, Justin, qui ne savait pas encore  ce que lui réservait son avenir.

En ce temps là, les enfants s’élevaient ensemble dans un château, personne ne leur prêtait attention tant qu’ils ne faisaient pas de bêtises. C’est à ce moment-là que le destin, décida de modifier l’avenir de Justin en lui présentant Isabeau. C’était la petite fille d’une jeune servante qui venait de prendre son service au château. Ses parents ne pouvant plus la nourrir, l’envoyèrent chercher du labeur avec sa petite fille. La cuisinière, grand cœur, et maîtresse femme, remarqua de suite que la jeune mère serait une très docile servante, elle leur trouva donc une petite pièce derrière la cuisine où elles pourraient établir leur chambre.

Isabeau se mit à découvrir le château, en parcourant ses couloirs lugubres et froids. Le château qui avait rencontré de nombreux assauts avait tant bien que mal été reconstruit, ce qui lui donnait un air austère. Isabeau décida de traverser la cour pour aller aux écuries. Elle évita les flaques de boue pour ne pas salir ses sabots et les hommes d’arme qui s’entraînaient en attendant un prochain assaut ou une joute ! Les écuries étaient très sombres ce jour-là. Le soleil timide de mars ne laissait voir que les têtes des chevaux attendant qu’on les sorte. Elle les caressa les uns après les autres, sans peur. S’apprêtant à repartir vers les cuisines, elle rencontra Justin. Il venait chercher son cheval pour faire une promenade avec son précepteur. Leurs regards se croisèrent et sans un mot chacun continua sa route. Le destin avait gagné. De ce jour-là, une amitié forte se noua. Il ne se passa pas un jour sans qu’on ne les vit ensemble à jouer, à courir, à se poursuivre dans de grands éclats de rire. Les jours s’allongèrent et le soleil printanier donnait des airs de fête à ce triste château. L’arrivée du printemps fut saluée par une douce lumière, qui semblait se faufiler dans les moindres recoins afin d’apporter son halo jusque dans les interstices. Les enfants se bousculaient  et riaient à gorge déployée. Enfin les beaux jours revenaient et avec eux les senteurs des prochaines fêtes.

Justin et Isabeau fidèles à leurs habitudes s’étaient retrouvés devant les écuries afin de définir de l’emploi du temps de cette belle journée. Les révisions pour Justin, les cours de cuisine pour Isabeau ; après le repas, la promenade à cheval pour Justin, les leçons de nature et c’est là qu’Isabeau le rejoignait afin de participer sagement au cours du précepteur. Ce dernier n’y voyant aucun outrage au contraire, avait accordé à Isabeau le droit de s’asseoir à terre afin de l’écouter mais derrière le banc pour que personne ne puisse se douter qu’elle apprenait à son tour les leçons. Les journées se passaient ainsi, inlassablement calmes et sereines, dans une torpeur douce où chacun sentait renaître des sentiments enfouis de bonheur et de joie. La fête du jeune maître apporta nombre de colporteurs qui donnaient les nouvelles du pays. Les femmes s’étaient parées de robes chatoyantes et les jeunes hommes vêtus de collants aux couleurs vives riaient et souriaient presque béatement aux jeunes filles qui minaudaient dans leur coin. Les troubadours entonnaient des chants mettant en avant les bravoures des jeunes seigneurs de contrées lointaines.  

Ce soir là, Justin serait le seul maître de ces lieux ! tous les regards se portèrent sur lui. Toutes les jeunes damoiselles rougissaient quand elles croisaient son regard. Les danses s’enchaînaient à un rythme soutenu et Justin était heureux ! il ne vit pas Isabeau au fond de la salle en train de servir les seigneurs. Il n’avait d’yeux que pour Marie. Son père prévoyant avait invité son cher baron de voisin, ainsi que sa fille pour lier connaissance. Et le résultat fut au-dessus de ses espérances. Justin dévorait des yeux la jeune baronne, dont il est vrai que la beauté était inégalée dans cette assemblée. Marie avait tout de la grâce qu’il sied à une noble dame et ma foi, elle devrait faire une épouse avenante à son cher fils.

Le destin est capricieux car il ne s’avoue jamais vaincu quand un obstacle modifie ses plans. Aussi, les semaines passèrent, les jeunes gens avec l’assentiment de leurs parents se fiancèrent en ce beau mois de juillet. Les festivités furent encore plus grandes car le baron très fier, décida que rien n’était trop beau pour sa fille. Des joutes furent organisées, on vint de tous les coins des baronnies et même de plus loin, pour assister à cette somptueuse fête. La nature joua son rôle aussi, car le temps se prêtait au bonheur. Les paysans étaient débordés, que de travail à fournir, que de préparations à faire. Les victuailles devaient couler comme à flot afin que personne ne manque de rien. Mais le cœur léger et dans l’allégresse les festivités débutèrent.

Une personne cependant ne riait plus. Isabeau, s’était retirée dans les écuries avec ses amis les chevaux, ses seuls confidents dorénavant. Justin s’était détourné. Sa naissance le lui ordonnait, son coeur semblait se donner.

Isabeau avait du travail ce jour-là. Tous les hommes d’arme devaient ne manquer de rien. Son travail consistait à s’en assurer. Elle vit arriver les uns après les autres tous les nobles que comptaient les environs et d’autres encore dont elle n’avait jamais entendu parler. Les troubadours, les musiciens attaquèrent le début des festivités. Les joutes débutèrent, suivies de repas pantagruéliques. Les bals s’ensuivirent rehaussés des couleurs chatoyantes des belles.

Justin et Marie étaient magnifiques. L’amour s’emblait emplir ces fêtes et les fiançailles furent conclues. Deux jours et deux nuits s’ensuivirent de chants, de rire, de musique.

Septembre arriva avec l’automne. Le temps très chaud de l’été avait laissé place un beau matin, aux premières chutes de feuilles. Tout le monde avait repris ses obligations. Justin apprenait ses devoirs de futur baron et n’apercevait que de loin Isabeau.

C’est à ce moment-là que le destin joua son plus beau coup.

Les orages se succédaient à présent, le froid devenait plus intense. Les charrettes de bois se pressaient afin de préparer l’hiver qu’on indiquait déjà comme long et rigoureux. Les anciens pressentaient qu’il serait si froid qu’il resterait sûrement dans les mémoires. Le destin leur prouva qu’ils auraient raison.

En cette fin d’après-midi, Justin las des cours et morose décida d’aller rendre visite à sa jument. Entrant dans les écurires, il tombé nez à nez sur Isabeau. Le regard glacé qu’elle lui lança augmenta sa colère. De quel droit une simple servante regardait-elle son maître ! il la toisa à son tour de toute sa hargne et lui signifia méchamment qu’elle n’avait pas sa place en ce lieu. Blessée, mais résignée elle baissa la tête et s’éloigna. A ce moment, la jument de Justin poussa un hennissement si fort, si douloureux qu’ils se précipitèrent tous deux.

Isabeau plus rapide entra la première dans le box. La jument alors s’effondra. Justin fou de douleurs se précipita. Elle respirait à grand bruit, on aurait dit une forge. Ses naseaux étaient trempés. Isabeau la caressa, s’allongea à ses côtés et murmura imperceptiblement à ses oreilles. Justin vit alors sa jument se détendre et gémir doucement, puis alors qu’Isabeau mettait ses bras autour de sa tête, ceux-ci touchèrent Justin. Ce fut comme une décharge électrique pour ce dernier. Il tomba à terre comme poussé. Son regard alla de sa jument à Isabeau. Que ce passait-il donc ? sa jument alors fit montre de se relever et dans son mouvement les rapprocha tous deux au fond du box. Un grand silence s’ensuivit puis Isabeau sans un regard vers Justin essaya de pousser la jument afin de sortir mais celle-ci ne bougea pas. Justin alors attrapa le bras d’Isabeau l’obligeant à se retourner et son regard fiché dans le sien indiqua tout ce que son cœur avait toujours tût. Le monde s’emblait s’être arrêté de tourner. L’arrivée d’un palefrenier mit fin à cet intense moment.

Justin retrouva le sourire et bien que dorénavant il doive voir en cachette Isabeau, chacun des moments passés à ses côtés était un délice pour son cœur. Qu’il  fut délicieux cet automne, que ces couleurs dorés paraient la nature d’ors bruns, irisant la verdure de tons chauds se déclinant jusqu’aux ors lumineux… que la vie était donc douce dans ce coin reculé du pays. L’hiver prit ses quartiers sans crier gare, imitant l’automne. La neige épaisse était tombée durant la nuit, ouvrant un paysage idyllique au regard joyeux des bambins.

Un grand chamboulement arriva, car les barons avaient convenu d’un commun accord de passer les fêtes de Noël ensemble. Justin et son père devaient préparer leurs bagages afin de se rendre chez leur voisin. Ce fut un moment de découragement pour Justin, car il prit conscience de son avenir. Son cœur ne penchait pas vers la raison, mais il savait que la raison l’emporterait…

Cette nuit-là, sans un bruit il quitta le château en direction des écuries. Le lendemain son destin serait scellé. Il retrouva Isabeau, lui offrant son cœur et obligeant le destin à poursuivre sa route.

Les fêtes passèrent bruyantes et somptueuses pour l’un, tristes et froides pour l’autre. Mais les cœurs à l’unisson bâtaient pour un amour perdu. Le destin pervers décida de se mêler encore de ce triste amour. On ne sait comment mais bientôt des commérages se firent entendre à propos du jeune maître et d’une servante. Le baron entra dans une fureur noire et exigea des aveux. Justin écartelé entre deux mondes décida dans un soudain élan de chevalerie de désigner sa bien-aimée et de laisser son titre. Le baron alors dans un ultime espoir de réussir ses desseins, envoya chercher Isabeau. La rencontre fut rapide, quelques témoins affirmèrent qu’Isabeau sortit en larmes, d’autres qu’elle fut fière et hautaine. Mais  tous convinrent  que l’homme à tout faire du comte l’accompagna. Ils disparurent du château à pied ce soir-là.

Le vent soufflait en tempête, les arbres se bousculaient en criant. Isabeau emmitouflée s’évertuait à rester debout, tirant ses pieds de la lourde neige. Elle se dirigeait vers l’orée de la forêt, sans se retourner. Son paletot  était lourd, mais la hargne qui la tenait lui aurait fait escalader des montagnes. Son cœur meurtri gardait l’espoir de son secret, le souvenir que le destin avait bien voulu lui donner de ce bel amour.

Le comte avait été clair, son départ était le seul choix qu’il lui autorisait. Justin était promit à un bel avenir, pour lui, pour son titre, pour ses gens, elle devait ne jamais le revoir. Son homme de main la suivait à distance s’assurant de son obéissance. Quand elle entra dans la forêt il resta inerte un certain temps. Soudain un cri poignant couvrit le fracas de la tempête. Un cri de bête, un cri de loup. Fouillant les alentours du regard, un frisson le parcourut. Le vent s’était tu. Un autre cri jailli, plus horrible que le premier. Dans un mouvement de panique il s’enfuit. Jamais la peur ne l’avait assailli à ce point.

Justin découvrit au matin la vérité. Fou de douleurs sans un mot à quiconque, hagard il enfourcha sa jument et lui parla à l’oreille. Le galop effréné le mena à l’orée du bois, les traces encore visibles disparurent avec la densité des arbres. On dit qu’il hurla son nom durant des heures. Un silence s’ensuivit dans un froid si glacial que les gens se signant rentrèrent à l’abri. Alors de nouveau le cri d’un loup retentit ; long, long, profond comme un abîme.

Le vent reprit soudain de toute sa fougue, les arbres s’entrechoquèrent comme des breloques. Le soleil apparût alors, rendant un semblant d’humanité à ce matin blême.

Le destin avait gagné. Ses desseins avaient aboutis mais à quels desseins leur amour avait-il tendu ?

Les vieux racontent cette histoire le soir au coin de l’âtre, quand les jeunes gens rient de leur jeunesse. Mais qui a dit que l’espoir n’était plus ?

Certains colporteurs racontent qu’à l’autre bout de la forêt un étrange trio a traversé les campagnes. Les histoires diffèrent mais ceux qui les ont croisés dirent qu’un loup menait la marche, suivait une femme lourdement vêtue et à distance un homme sur un beau cheval. Le loup évitait les villages mais il les conduisait sans s’arrêter, sans un bruit. Mais ce qui frappa les esprits ce fut qu’à leur passage toute froideur, toute tempête cessait ; le calme des éléments semblait s’offrir à eux.

Le destin aurait-il eu pitié… 

la perle

La perle

 

Comme le soleil était encore bas sur l’horizon, Cinthia décida de faire une sortie. Le début des vacances s’annonçait prometteur si le temps se maintenait. Les copains devaient encore se prélasser au lit ! quel dommage pour eux ! elle profiterait toute seule de la plage.

 

Le lagon était désert à cet heure. Tant mieux ! c’était le moment qu’elle préférait. La plage lui appartenait tout entière et il lui semblait alors que le monde était à ses pieds. Quelle nigaude je fais, à mon âge, me prendre encore pour une princesse ! mais que serait la vie sans les rêves ? ils rendent beau le laid, et aplanissent les difficultés.

 

Allez hop, une petite tête dans l’eau pour bien se réveiller. Elle est très bonne. J’y resterais des heures entières. Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses… elle sera toujours là, la prochaine fois que je souhaiterai lui rendre visite.

 

Le sable était déjà chaud, mais il était si doux sous mes doigts, que je le laissais caresser ma peau. Un lit de sable vous savez c’est très agréable quand il n’y a pas de cailloux… enfin, maman n’aime pas que j’en ramène, il s’infiltre partout et c’est très désagréable à nettoyer.

 

Le soleil monte doucement et la chaleur avec lui, je me mets à l’abri d’un arbre pour éviter ses rougeurs. Je ne comprends pas comment on peut se laisser noircir pendant les heures les plus chaudes et les plus dangereuses, pour une simple histoire de mode.

 

Ça y est, les gens arrivent. Fini la solitude. Dans une heure à peine, la plage sera noire de monde. Bon et bien moi, je rentre et cet après-midi, après la sieste j’irai me promener dans les sentiers pentus de la montagne.

 

On ne respecte pas assez la nature. De nos jours, on s’imagine que tout est dû. Que tout est permis. Hélas la nature nous rappelle souvent à l’ordre. Je vais lui dire bonjours quand je le peux. La montagne est tranquille. Les sentiers sont sûrs. Après les grosses chaleurs il est plus aisé de flirter au gré des chemins qui se coupent. Les parcourir en tout sens même si je les connais par cœur, je m’émerveille toujours devant une plante, un paysage dont les nuances de couleur transforment la profondeur… un oiseau furtif et rapide qui passe au-dessus de moi ; des trous dans le sol indiquant des rongeurs…tout ceci aide à la contemplation, on a l’impression que le temps s’est arrêté juste pour nous.

 

Mais le soleil baisse au firmament, il est temps de rentrer. Je n’ai rencontré aucun copain aujourd’hui. Ils ont dû aller à la plage cet après-midi.

 

Les journées de vacances passent trop vite. Décidément à cette allure je n’aurai le temps que de ne rien faire

 

Demain, excursion avec Rémy et sylvie. Il faut que je me couche tôt pour être en forme.

 

Voilà, le sac à dos est prêt. Je pense ne rien avoir oublié. Déjà l’heure de partir. Allez hop, dehors ! brr.. il fait froid. Le soleil n’est pas encore levé. Ça y est, nous voilà partis tous les trois. La montagne est à nous pour la journée. Ce midi, nous mangerons au chalet, là-haut, à trois heures de marche. L’herbe est verte, les fleurs portent des coloris insoupçonnés dans le jour naissant. Quelques bruits indiquent que nous dérangeons les habitants de cet havre de paix.  Vous ne pouvez imaginer la palette de couleur qui défile sous nos yeux ! allez y faire un tour. Vous m’en direz des nouvelles… l’eau diminue dans les gourdes, les jambes commencent à se faire lourdes. Enfin, le chalet se profile à l’horizon, encore un peu d’effort et nous pourrons nous reposer et goûter un peu de repos bien mérité.

 

Une dizaine de personnes nous reçoivent dans des bonjours chantant. Quelques étrangers avec de larges sourires, des habitués de la randonnée, et le gardien. De l’eau fraîche, pour l’instant c’est tout ce que nous voulons. Et un siège aussi, pour reposer nos jambes.

 

Les discussions s’enchaînent comme de vieux amis, qui se retrouvent. On échange ses impressions, les chemins à emprunter pour aller dans telle ou telle direction. On mange, on rit. Que de convivialité, loin de tout, et surtout de l’effervescence de la ville.

 

Il est temps de redescendre vers la civilisation. Le trajet ne sera pas plus court, il sera plus beau. Le chemin est plus escarpé, mais magnifique, car après les pâturages, la roche fait place à un lac, installé dans un creux, guère plus grand comment dire, on en fait le tour en cinq minutes, mais tellement transparent, tellement inerte qu’on n’ose y mettre les pieds de peur de le troubler.

 

La ville dessine des volutes de fumée plus bas, on s’approche. Le soleil descend et le paysage se transforme. Déjà quelques maisons font leur apparition de part et d’autres ; la civilisation nous a rattrapé. Voilà, maintenant il faut nous séparer. C’était une super journée. On recommencera. On s’appelle.

 

J’ai mal partout. Toutes mes articulations me font souffrir. Je reste au lit ce matin. Je ne veux rien faire. Une journée de perdue, tans pis. Je souffre trop. Demain je retournerai à la plage.

 

Déjà trois jours. Les vacances sont presque finies. Je file à la plage, elle me manque. Oh non, tout se monde, j’ai horreur de ça. Bon et bien je vais faire un tour. J’ai repéré un petit chemin, qui ne semble pas être vieux. Peut-être une nouvelle construction qui se cache à l’abri des regards là-bas. Ah oui, je la vois au travers des arbres, elle se calfeutre. Aucune voiture ne peut emprunter ce sentier, je pense que les heureux propriétaires font régulièrement le tour de leur acquisition, je dois me faire discrète. Je ne voudrais pas être prise pour un raudeur.

 

C’est vrai que l’endroit est fort beau et calme. C’est un cadre idéal pour cacher ses amours un très beau nid douillet loin des regards et des vicissitudes de la vie citadine. Un lieu où l’on aimerait être, où j’aimerais me terrer quand la vie s’affole, un cadre champêtre à la sortie d’une ville ; la campagne à la ville en somme… je les envie. Je leur souhaite de ce plaire et de ne surtout pas lâcher un site qui allie autant d’harmonie avec la nature. Dire que les gens rêvent de bétons, il est grand temps de se rappeler d’où on vient et de se rapprocher de cet environnement sans lequel nous ne pourrions pas vivre.

 

Allez, il est temps de rentrer, assez de rêverie. Adieu perle champêtre, porte toi bien et veille à conserver ce cadre idyllique pour les générations futures.

La Tour

LA TOUR

 

 

 

Les rêves dit-on sont une image inversée de notre réalité, de nos vies. Ils nous subjuguent par leur complexité, leur sens caché. Qui n’a pas souhaité connaitre la nature profonde d’un rêve. Qui n’a pas essayé au matin, de comprendre ce qui l’avait ému au milieu de la nuit !

Mais la réalité reprend vite le pas.  Les jours se suivent, et bien souvent se ressemblent…

Nos vies ne sont qu’une énumération de choses que l’on fait, que l’on veut et qui parfois se réalisent, mais pourtant elles ne sont pas toujours ce que l’on voudrait réellement !

Quiconque n’est pas d’accord avec ceci, n’est qu’un menteur avec lui-même…

Je me rappelle de ce jour de mars où invitée chez des amis, en province je l’ai vu pour la première fois. Elle semblait immense, froide. Sa taille phénoménale, vue de la maison m’impressionna. Je sus plus tard, en la visitant que ce n’était qu’une vision, une impression d’optique comme l’on dit.

C’était la première fois que j’étais invitée pour le week-end. Je connaissais bien mes amis mais ignorait qu’ils possédaient un aussi beau petit nid douillet au cœur de la campagne. Leur maison quoique petite sentait bon la chaleur humaine. La joie de vivre qui s’en dégageait laissait présager de beaux jours de gaietés et de rires. Le jardin ne ressemblait à rien, beaucoup d’herbes folles au milieu de vieux arbres rabougris, des fleurs poussaient ici et là et pourtant on s’y sentait en osmose. Rien de stressant, que du vert et un silence, comme on en rêve en ville alors que le bruit est omniprésent…

La journée avait bien commencée, après avoir déposé la valise dans une petite chambre rose, ouvert les volets pour laisser passer les rayons du soleil et permettre à l’air ambiant de se disperser, cet air chargé d’humidité et qui sent ce qu’on appelle le renfermé ; qui n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources, à son enfance dans la vieille maison de famille quelque part à la campagne, on a tous connu ça ! La gaieté avait gagné tout le monde et c’est avec plaisir que le déjeuner fut préparé en commun. Des rires emplissent les vieux murs, des chants, quelques blagues s’égarent dans les pièces aérées. Un retour en cuisine pour la vaisselle à la main, s’il vous plait ! Que du bonheur dans un monde de brutes…

On sert le café sur la table en pierre qui trône sur ce semblant de terrasse qui aurait besoin d’un bon nettoyage. L’air est doux, chaud, les senteurs légères de plantes donnaient envie de s’étaler là, par terre, et de pousser un petit somme, d’arrêter la marche du temps.

Puis mes amis me font faire le tour du propriétaire. La maison était petite, mais le jardin immense. Le jardin, bien que laissé en friche les avait séduit par son coté abandonné, la surface était cachée par toute sorte d’arbres, ce qui obligeait à suivre les petits chemins et à découvrir ses trésors de verdure à chaque pas.

Là, au bout d’un détour, elle se profila. Je ne l’avais pas remarquée encore et pourtant quand je la vis, je sus qu’il fallait que j’aille la visiter. Mes amis alors me racontèrent son histoire.

Cette vieille tour, qui pourtant semblait encore solide, avait appartenue à un grand domaine qui comptait entre autre, la maison de chasse, qu’ils avaient achetée. A l’heure de sa splendeur, elle avait été bâtie pour cacher les créations d’un maître qui à l’époque, ne pouvait l’avouer. Le maitre du domaine, en effet, était fou de peinture mais sa place dans le grand monde de cette époque ne lui permettait pas de l’étaler au grand jour. Pour vous situer un peu le contexte de cette histoire, elle se passait à l’époque de la fin du règne de Napoléon III, où les déceptions du peuple se faisaient entendre…

Mais je parle, je parle, et le temps s’écoule, la nuit tombe vite en cette saison. Je vous laisse pour ce soir. A demain si vous le voulez bien !

 

Le soleil est déjà haut ce jour-là dans le ciel. Le petit déjeuner m’ouvre l’appétit comme rarement il le fit. J’aurais pu avaler tout un repas. Cet air sain me va bien au teint me dit mon hôte. Cela fit rire tout le monde… Une bonne douche et hop me voilà prête à me promener à travers les allées sinueuses de cet havre de paix. Je ne sais pas comment, mais mes pas me mènent exactement là où je le voulais, au pied de la vieille tour.  Le lierre majestueux monte jusqu’au faite, les vrilles sont vieilles et tordues, mais donnent un certain cachet à ses pierres.

La porte en bois est superbe avec sa serrure en fer forgé. Plus de clef depuis longtemps, mais elle grince…

Ah, oui ! ou en étais-je déjà… ce jeune homme de belle famille, donc, était un amoureux de la peinture. Son talent était excellent et ses toiles retraçaient les couleurs de son âme. Et dieu, quelle était pure… les couleurs chatoyantes se miraient dans des lacs plus bleus que le ciel, ou des paysages dont les senteurs semblaient vous accrocher rien qu’en les regardant.

Une telle pureté dans la transparence de ces courbes, dans les couleurs irisées des toiles, bien qu’appelant les êtres à une belle sérénité, était aussi source de méchanceté. Quelques artistes de moindre qualité, il faut bien dire, n’apprécièrent pas de se voir passer au deuxième plan par cet homme inconnu et qui en plus, passait par un intermédiaire pour se faire exposer….un comble ! aussi, bientôt des rumeurs apparurent, faisant état de la mauvaise santé de cet artiste et du manque d’inspiration grandissante. Ces mesquins espéraient bien le voir réagir en se montrant, c’était mal connaitre notre artiste. Il fut fou de rage tout d’abord, mais sa condition lui interdisait formellement de se dévoiler. Aussi, après de nombreuses nuits à ruminer dans cet atelier qui était tout pour lui, il dut se résoudre à admettre qu’il ne pouvait plus exposer ses  âmes, comme il aimait les appeler. Alors, ce fut le début d’une époque où ses émotions amplifièrent sa créativité et menèrent au firmament de son âme, son expression.

J’entrais donc, et montais doucement ces marches qui, usées par le temps, n’en étaient pas moins majestueuses ; leurs craquements semblaient appeler au silence… chut, ne pas faire de bruit. Tout là-haut, la lourde porte de chêne crisse sous ses gonds. L’odeur de poussière envahit mes narines, j’ai envie d’éternuer… la lumière tamisée de la pièce me laisse deviner des ombres ici et là. Il faut que je revienne avec une lampe. Il faut trop sombre ici. Dommage, j’ai l’impression de sentir une odeur de peinture. Je reviendrais tout à l’heure. Je redescends, déçue ne n’avoir rien vu hormis une grande pièce noire. Mes amis m’interrogent sur ma mine déconfite, j’ai l’air de bouder. J’avoue que j’aimerai explorer cette tour qu’ils cachent au fond de leur jardin, alors bien que quelques sourires animent leur visage, mon amie me ramène une lampe torche et sans un mot me fait signe de repartir. J’ai soudain l’impression de me sentir comme une enfant à qui on donne une gâterie. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel bonheur.

Ce jeune homme, donc, fou de douleur, se mit à créer, à créer, de plus en plus, jour et nuit. Il ne dormait plus que quelques heures, et encore, seulement quand il ne pouvait plus peindre, tombant littéralement de fatigue. Sa famille, commença à s’inquiéter, il ne paraissait plus nulle part, on le réclamait, en vain. Il refusait de sortir de sa tour et peignait, peignait sans cesse. Ses toiles s’entassaient partout autour de lui, il les stocka bientôt dans l’escalier. Sa santé mentale commença à inquiéter ses proches qui lui envoyèrent le médecin. Mais à leur grande surprise, ce dernier indiqua qu’il était sain d’esprit mais fou de désespoir de ne pas pouvoir exposer ses peintures au grand jour. Sa famille alors le pris pour un exubérant et décida de le laisser avec sa création, coupé du monde.

Me revoilà montant les marches plus lentement encore que tout à l’heure. J’entre. La pièce est toujours aussi sombre. J’allume ma lampe. Quelle déception ! quelle idiote, tu croyais vraiment trouver ici des toiles magnifiques après ces décennies. Voyons, réveille-toi, il y a longtemps que tout a disparu… j’inspecte les alentours de cette grande pièce, elle semble pourtant habitée, bien que vide, je ne sais pas comment expliquer cela. Je le sens. Des tâches brunes apparaissent sur ces pierres, je suis sûre que c’est de la peinture sombre. Il y en a partout tout autour de la pièce. L’odeur aussi s’est modifiée, un mélange d’humidité et de senteur forte, traine ici. Le silence est complet. Pourtant les fenêtres ont disparues depuis longtemps. C’est étrange en effet, je ne m’en étais pas encore aperçu… un frisson m’envahi, j’ai froid soudain. Mon cœur s’accélère, je panique. Qu’est-ce qui m’arrive ? j’ai peur… une peur sournoise, soudaine qui me dit de partir, de fuir, qui m’oppresse. Je pars en courant, tant pis si je fais du bruit. Je m’affole. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Je reprends le petit chemin et cours jusqu’à la maison.

Après s’être isolé du monde, ce jeune artiste crée encore et toujours. Il touche à la perfection. Mais personne ne le sait. Personne ne peut admirer ses œuvres. Ces beautés sont à jamais bannit aux yeux des hommes, de ces imbéciles qui croient tout savoir. Il dort peu, il ne mange presque plus.  Et voilà qu’un jour, un de ces jours de printemps où les senteurs embaument l’air, un de ces jours où les rayons de soleil semblent donner vie à la nature, où les feuilles des arbres font entendre leur doux murmure sous la musique du vent, il s’en est allé.

Je reprends mon souffle. Quelle idiote, ce silence m’a fait peur, je ne suis plus une enfant ! je ne vais pas paraître dans cet état devant mes hôtes, on dirait une hystérique, vraiment quelle bêtise… cette histoire m’a bouleversée.  Je savais qu’on pouvait mourir d’amour, ou de désespoir, mais pas d’extase.

Ce jour-là, on le chercha en vain. Rien à faire. Tout le monde s’y mit, au bout d’une semaine, de désespoir on le considéra disparu. Personne alentour ne l’avait aperçu. Sa famille annonça une récompense à qui pourrait donner des informations pour le retrouver. Personne ne la toucha. Ses toiles furent enlevées et placées dans un coffre-fort dit-on afin de lui revenir s’il se montrait. Les experts qui les virent firent courir le bruit qu’une telle beauté de créativité ferait la fortune de la famille pour des centaines d’années. Mais celle-ci meurtrie, et honteuse de n’avoir pas compris plus tôt cette âme pure en décida autrement. On dit qu’à ce jour elles dorment toujours quelque part dans les tréfonds d’une banque et qu’aucun membre de cet auguste famille ne trahira ce pacte.

Et ce bel inconnu, ce pur dessein de la nature, me direz-vous ? qu’en pensez-vous ? a-t-il rejoint ses toiles, ou bien est-il parti s’enterrer dans un pays lointain ?

Je pense que son âme dans l’apothéose de sa création, en pleine extase lui a enfin permis de toucher son but. Après avoir transcrit ses émois, année après année, il s’en est allé, dans la plénitude du travail achevé.

Si un jour vous retrouvez ses toiles, n’oubliez pas de le saluer car je crois qu’ils sont désormais ensembles, dans ces images de la vie qui décrivent son moi et développent ses sens… pensez-y !

 

 

Le livre

Le livre.

 

 

La petite Marie aimait beaucoup lire. Depuis qu’enfin, la lecture s’était révélée à elle, ce n’était que découverte et délectation… Elle y passait des heures et si elle avait pu, des nuits entières à découvrir ce que renfermaient tous les livres de la maison.

Bien sûr, papa et maman surveillaient. Il lui fallait bien ses heures de sommeil quand même.

Alors déçue, elle s’endormait en rêvant à des montagnes de livres…

 

Les années passèrent ainsi. Marie grandissait entre ses livres, ses parents et ses camarades.

Un jour, alors qu’elle furetait dans la bibliothèque de l’université, elle tomba sur un livre ancien.

Sa couverture de cuir était tellement usée que par endroit le tan était parti. Le côté de ses pages quoique jauni laissait voir un ancien doré, aussi usé que la couverture. Aucun nom n’était inscrit sur la tranche. Quand elle l’ouvrit, le bruit des pages se mit à murmurer un son inaudible. Elle mit cela sur le fait que sûrement plusieurs décennies s’étaient écoulées depuis la dernière fois où il avait été lu. Le titre ne lui dit rien. Mais par curiosité, elle décida de le prendre et alla le faire inscrire en sortie. La bibliothécaire fut surprise. Elle lui dit qu’il n’était inscrit nul part et que par conséquent il n’appartenait pas à la bibliothèque. Il avait du être oublié là par un étudiant.

Surprise et ravie de sa découverte, Marie décida de le lire dès qu’elle serait chez elle. Elle du patienter car ses parents recevaient de vieux amis. Elle ne pouvait penser à rien d’autre qu’à ce livre. C’était étrange. Il lui semblait que tel un amoureux, il l’appelait dans ses pensées.

Tu dérailles ma petite fille se dit-elle. Un livre n’appelle pas. Elle ne pu pourtant pas penser à autre chose de la soirée. Enfin, elle l’ouvrit.

 

Les caractères étaient anciens, ils lui semblaient même être du vieux français par la forme de certaines lettres. C’est étrange qu’un si vieux livre ait été oublié ? Il doit valoir cher, et pourquoi dans une bibliothèque aussi peu fréquentée ?! Malgré l’heure tardive, elle décida de commencer sa lecture.

 

Le lendemain matin, sa mère fut surprise de voir que Marie n’avait pas touché à son petit déjeuner. Elle alla frapper à sa porte, mais personne ne répondit. Voulant entrer, elle fut surprise de constater que Marie s’était enfermée à clé. Comme cette dernière ne répondait toujours pas, son père menaça de démonter la serrure. Rien n’y fit. Alors il s’exécuta.

 

Quand ils entrèrent dans sa chambre, Marie lisait toujours. Pas un de ses sourcils ou de ses muscles ne bougea. Son père se résolut alors à lui arracher son livre.

Le regard qu’elle porta sur eux était si émerveillé et si triste qu’ils s’en effrayèrent. Comme sortie d’un songe, Marie sembla s’éveiller. Elle comprit alors que la nuit durant et ce, jusqu’à ce que ses parents l’en délivre, elle avait été sous la dépendance de ce livre.

Rien, hormis la dernière page n’aurait pu la faire bouger. Mon dieu, se dit-elle, il est si dur à lire que j’en aurai eu encore pour plusieurs jours…

Par curiosité et peut-être par réflexe, son père ouvrit le livre. Bondissant de son lit, Marie le lui prit et l’enfermant dans un sac, elle fit jurer à sa mère d’aller le jeter loin là-bas, au bout du jardin, dans la rivière. Son père lui dit qu’un livre aussi ancien devait bien se vendre.  Mais ce qu’elle lui dit alors le dissuada d’insister.

« Papa, tu sais que la lecture est pour moi ce qu’il y a de plus beau dans ce monde. La richesse qu’elle m’apporte vaut plus à mes yeux que n’importe quoi. Mais ce livre vois-tu, m’a fait comprendre que l’existence est plus belle encore… »

 

Sur ces mots, et poussant sa mère, elle la suivit pour que ce livre si beau soit-il, ne puisse plus être lu. Quand ce fut fait, un large sourire embellit son visage. La vie est si belle ! Aucun livre ne vaut de l’oublier.

Sur la route poussiéreuse

Sur la route poussiéreuse.

Sur la route poussiéreuse, les cailloux roulaient sous les pas des chevaux. La carriole brinqueballait de ci de là, au rythme des chevaux. Le silence emplissait l’air laissant place par moment aux gais gazouillis des oiseaux, au vol des insectes et au sifflement du vent. Une belle journée en somme. Le village que nous avions quitté depuis plus de trois heures déjà me manquait. Le paysage quoique bucolique commençait à m’énerver. Rien ni personne à perte de vue. La nature dans toute sa splendeur ne remplaçait pas les êtres faits de chair et de sang.

La forêt se rapprochait et avec elle la fraîcheur des sous-bois. Enfin un petit arrêt bien mérité pour se dégourdir les jambes. Un petit ruisseau attira mon oreille. Les chevaux heureux de pouvoir boire tout leur saoul, me permirent de m’allonger sous le bruissement des feuilles et les senteurs entêtantes de dame nature.

Le bruit d’une branche cassée me fit sursauter. Puis une autre encore. Je restais figé sans bouger afin de voir qui pouvait bien venir me rendre visite dans cette immense forêt. Plusieurs chemins en amont s’étalaient en étoile. J’avais opté pour le plus petit, délaissant les routes empruntées. Je me levais d’un bond et montant dans la carriole attrapait un beau gourdin que je cachais sous les tissus. Plus un bruit. Rien. Décidément mes oreilles me jouaient-elles des tours. Déjà au village, un soir, il m’avait semblé deviner la forme d’un personnage caché à l’extrémité du cabaret ou j’étais descendu. Cela n’avait duré qu’une seconde mais je m’en rappelais encore !

Les chevaux avaient finis de s’abreuver. Il était temps de les atteler et de quitter ce lieu soudain trop calme à mon sens. Ca y est ! nous y sommes ! un dernier tour de regard pour m’assurer n’avoir rien oublié et en avant… soudain, je me fige.

Là devant moi, dans l’obscurité des arbres, une forme humaine se dessine. Je jurerais que c’est la même que l’autre soir. Les chevaux ne semblent pas nerveux pourtant je suis sûr qu’ils l’ont senti.

Deux pas en avant le voici soudain découvert par le soleil. Ma respiration semble s’être coupée. Le personnage n’est autre qu’une très jeune fille, si blanche qu’elle en semble presque irréelle. Sa robe immaculée ne fournit aucun bruit sous ses pas. Elle s’est arrêtée et ses yeux profonds me sondent. Le vent joue avec ses boucles blondes. Mon cœur soudain semble se réveiller, alors que son regard si beau, si mélancolique ne me lâche pas.

Combien de temps sommes-nous restés ainsi ! je ne saurais le dire. Cela me parut une éternité ou une seconde… le temps s’était peut-être arrêté dans la mesure de nos regards… seule la nature emplissait l’air de son chant. Soudain, sans que j’en donne l’ordre, les chevaux partirent au pas.

Il me sembla ressentir un grand trouble, une peur de lâcher prise. Ce regard magnifique me suivait toujours, mais pour combien de temps encore, le chemin était sinueux.

J’essayais d’attraper les rênes désespérément pour arrêter les chevaux, sans pour autant la perdre de vue.

Un fil de soie aussi mince n’aurait pas fait mieux ; sa dureté n’avait d’égal que sa longueur au bout duquel le vide attendait.

Telle fut la sensation à l’issue du dernier virage où nos regards de perdirent.

J’arrêtais enfin les chevaux et sautant de la carriole je courus en arrière pour la revoir encore une fois et peut-être l’aborder.

Quelle étrange sensation quand revenant sur le lieu de cet émoi, je ne la trouvais plus. J’eu beau courir et tourner, chercher des traces de sa venue, rien. Le soleil commençait à vouloir se coucher quand je reparti la tête basse et le cœur lourd de sa disparition.

Cette belle apparition m’avait rempli de joie et de bonheur. Cette belle muse ne ressemblait à aucune des femmes que je fréquentais d’habitude et pourtant il me semblait la connaître.

Nos âmes s’étaient touchées une fraction de seconde et la béatitude dans laquelle je me trouvais me réaffirma dans le fait de continuer ma route et de festoyer à la prochaine auberge.

Le poids de mon existence s’en était allé. Je venais de tourner une page et j’étais certain que mon avenir serait serein.

Les années ont passées depuis cette apparition. Jamais je ne sus son nom et pourtant son image m’accompagne chaque fois que je doute, où que le désespoir m’étreint.

Muse ou sylphide, les légendes sont nombreuses dans le cœur des forêts.

Mais je suis sûr qu’elle était humaine, que notre rencontre fut fortuite et belle. Secrètement j’envie l’homme qu’elle épousera car je sais détenir la clef de son âme, elle me l’a donnée ce jour là, au détour d’un chemin.

Belle inconnue tu fus un rayon dans l’obscurité de mon existence.

L'ARBRE

L’arbre.

 

 

Il était là, droit, fier de montrer ses ramages par cette belle journée de printemps. Ces congénères le regardaient ; lui si petit et déjà si grand ! Il semble pourtant n’avoir pris racines que depuis peu… enfin, les années passent si vite ! Bientôt sa stature s’apparentera à la nôtre alors que son âge le relègue au rang de môme.  Quel étrange vent nous a joué un tour si pendable en nous ramenant d’on ne sais où cette graine étrange. Il faudra lui rappeler que le plus vieux de tous, ici, décide.

 

Les années se suivent, comme les saisons. Les feuilles se succèdent. Tous les coloris parent cette magnifique forêt. Les tons les plus chauds s’étalent gracieusement le long des haies. Et comme pour donner du relief, la verdure à son tour montre ses verts les plus profonds.

 

Hélas, cette senteur d’humus, de terre et de sève, se met à apporter aussi des étrangers. Ils sont bizarres ! Ils se promènent seuls ou accompagnés de leurs jeunes pousses hurlantes ; Certains décident de s’installer quelques heures afin de s’occuper, ils mangent, boivent, laissent parfois traîner des choses qu’ils appellent détritus et qui souillent notre beau sol.

 

Combien de temps c’est écoulé depuis le premier étranger ! Seul le vieux le sait… notre horizon c’est modifié hélas ! La verdure a fait place à d’immenses blocs de pierre qu’on appelle immeubles. Notre bonne odeur a disparue, mais remplacée par cette senteur forte de gaz qui nous nourrit pourtant…

 

Les plus anciens d’entre nous ont été sacrifiés à l’harmonie du terrain. Abattus un beau jour pour laisser place à un chemin, un parterre de fleurs, un banc et que sais-je encore.

 

Mais là, au milieu  de cette clairière, droit et fier, un jeune arbre se dresse. Son feuillage est vert vif. Son tronc, droit, ne laisse place à aucune branche avant le faîte. Il se tient seul, comme un roi ; On dirait que la forêt lui fait honneur en l’entourant. Il trône enfin après bien des années, comme le maître absolu. Quelle fierté !

Mais quels regrets aussi ; car sa place lui a valu l’éloignement de ces congénères, la disparition de quelques uns et l’hostilité de beaucoup.

 

Il est loin le temps de l’immensité de cette belle verdure. De ces arbres gigantesques qui se défiaient sans cesse, au gré des tempêtes. Il est loin le temps où ce petit arbrisseau venu d’on ne sais où a pris racines. Il est loin le temps où chahuté par les grands, digne, il a poussé. Maintenant, accusant son âge, il résiste toujours, mais quoique magnifique en cette fin d’automne, il regrette encore sa solitude. 

ECUMES

Ecumes.

Du fond de la mer, du fond de l’horizon, tout se confond. Ciel et mer se rejoignent dans une unité parfaite. Le temps, grand décideur des choses, peaufine le décor azuré en faisant se croiser des esquifs si frêles, qu’un simple souffle semble les briser. Quelle beauté sauvage demeure dans la contemplation de l’océan ! Rien ne paraît avoir changé depuis la nuit des temps. Immuable, telle est la nature. Et pourtant, les ères se succèdent, la technique avance sans rien pouvoir changer. Les marées riment la vie ; les nuages traversent le ciel, amenant des orages qui secouent les vagues. Le bleu infini se décline du clair au sombre. Comme si chacune des humeurs que l’on ressent, se répercutait dans l’humeur du temps. Que de nuances pourtant. Qui eut dit qu’autant de variantes puissent exister sur l’immensité de l’océan ! C’est peut-être le miroir de l’âme !

Que de sentiments confus m’animent ! J’ai l’impression que je contemple la mer pour la première fois. L’horizon ! Cette étrange ligne incurvée qui coupe en deux ce bleu intense. Nuages blancs au-dessus, écume blanche au-dessous ! Comme un reflet, tout se répète, se ressemble. Et ces vagues qui donnent vie, semblent apporter l’oxygène à cette étendue immense. Si au premier abord, la vue d’un si bel ensemble paraît froid ; après quelques heures de contemplations, de multiples indices montrent la chaleur que recèlent ces beautés. Les senteurs tout d’abord. Cet air salin si singulier, qui vous emplit de bonheur. On ne sait pourquoi du plus profond de son être le besoin est pressant de le respirer. Puis le vent qui l’apporte. Sa fraîcheur dicte l’humeur de la mer. Son intensité aussi. Et puis le cri des oiseaux si particulier, si beau, termine de confirmer son état sauvage. Enfin, parfois, quand la mer est calme, on voit sortir des poissons, habitants des profondeurs, à la recherche d’autre chose… et la boucle est bouclée quand les airs rejoignent la mer…

Je ne peux pourtant m’empêcher de frissonner. Que de funestes présages, que d’horribles tempêtes ont secouées nos entrailles. Combien de larmes ont rejoint cette eau salée ! Combien de vies a-t-elle gardées comme présents, en échange de ses merveilles. Que de combats a-t-elle supportées sans broncher ! Nous, petits tentant de la dompter. Ne nous a-t-elle pas prouvé que le dernier mot lui revienne ? On l’a salit, bannit, rejetée, coupée même par des digues pour mieux la dominer. Rien n’y a fait. Elle mène toujours le combat et est sûre de le gagner.

Le vent rafraîchit. Encore une tempête. Pourquoi ne puis-je venir me consoler par beau temps. Suis-je obligée de voir ces éléments en furie… Il y a si longtemps déjà ! Le souvenir est pourtant si limpide qu’aucune eau ne pourra l’effacer. Je me souviens de son sourire, de ses yeux bleus. De la façon dont il m’embrassait. De la chaleur de sa voix, et de son amour pour cette amante si perfide… Je me souviens de cette promesse que je fis, un jour, de ne jamais oublier. Je la regrette parfois. C’est si lourd à porter seule ! Mais n’est-ce pas aussi mon devoir ?

Alors pour toi que j’ai tant aimé, je me rappellerai cette journée. Et puis si je pleure, tant pis. Il me semblera pleurer la mer…

Je t’aime maman. Enfin tu partages le repos de ton homme. Là ou plus rien ne peut te le prendre, là où ensembles votre vie va commencer.

la robe noire

La robe noire.

Le temps maussade de cet après-midi ne donnait pas envie de sortir. Un début d’automne en somme, réservé au week-end. Mais le bon coté c’est que cela permet de traîner au lit, de goûter un moment de détente en rêvant… et puis voilà, il faut quand même s’occuper alors donner un coup de pieds à ses rêveries et hop au boulot. Tant de choses à faire à la maison… par quoi commencer…ranger le placard, cela fait six mois que je le dis, alors je m’y attelle !

On ne s’imagine pas tout ce qu’on peut entasser durant ces longs mois à courir après son travail, un peu de loisirs et quelques achats pour le plaisir. Voilà les étagères qui croulent sous les vêtements… et bien maintenant je passe au tri.

Mais comment se séparer d’habits qui rappellent pour certains de bien bons souvenirs. Tiens ce chapeau, je l’ai mis pour le mariage de la cousine Eloïse. Quelle sacrée fête ça a été. Et le petit brun, il s’appelait comment déjà, ah oui ! François. Et ce tee-shirt, je l’avais porté pour la sortie du boulot. Certaines collègues en ont été jalouses, mais il a bien plus à certains…

Je ne peux vraiment pas me séparer de tout quand même. Tans pis, il est déjà tard, j’ai faim, je verrai ce que je peux virer cet après-midi.

Mais le repas fut sujet aux souvenirs. Nous passons beaucoup de temps au travail, parfois même on y passe trop de temps (du moins c’est ce que nous pensons) mais en fait, c’est grâce à lui qu’on profite encore plus des moments libres, on les déguste. Etre oisif n’est pas donné à tout le monde, même si tout le monde le souhaite secrètement, cependant, le travail permet une ouverture vers le monde, envers les autres, qui est riche d’expérience et de sagesse.

Bon maintenant il faut vraiment que je m’y mette. Je vire les étagères par terre, ce sera plus facile pour le tri. Je mets de côté les souvenirs, j’ai trop besoin de place…

Tiens ma vieille robe noire ! quand est-ce que l’ai portée ? oh, cela remonte à tellement longtemps… je me rappelle des pleurs et des rires aussi. Un beau soleil et la famille. Celle qu’il me reste du moins ; c’était une belle journée d’été, un très bel enterrement, la famille, les amis, une oraison très émouvante, les fleurs, les mains qu’on serre et ces rires en souvenir des bons moments, des derniers moments vécus avec le défunt.

Cette robe appartenait à ma mère, je n’avais rien d’autre ce jour là, c’est drôle d’ailleurs de savoir que j’ai défié l’interdit paternel le jour de son enterrement ! il ne le saura jamais, sauf si là-haut il entend tout. Tu ne souhaitais plus avoir quoi que ce soit à faire avec maman et pourtant, elle t’a accompagné papi pour ton grand départ. Le destin est risible, il tire les cartes de la vie et sème ses pions toujours où on ne les attend pas.

Cette robe papi je la garde en ta mémoire, et aussi pour me rappeler qu’il est plus facile d’interdire que de pardonner.

A un de ces jours papi…


COULEUR NUIT

Couleur nuit.

Cela c’est passé il y a fort longtemps. En des temps si reculés que personne ne se souvient ni de l’époque, ni de l’âge des personnages. En fait, cette histoire ne commence pas par, ‘il était une fois’, mais par :

Le matin se levait. Une brume matinale était installée et tardait à s’estomper. Les prés étaient chargés de gouttelettes, et bien qu’aucune pluie ne fût tombée depuis plusieurs semaines, la rosée ravivait les couleurs de la nature. La forêt dense, laissait s’échapper des senteurs de plantes si délicieuses, que les enfants aimaient se frotter aux broussailles qui en interdisaient l’entrée, rien que pour les humer. Le plus dégourdi de tous, était un petit garçon d’une dizaine d’années. Ses cheveux aussi noirs que de l’ébène lui donnait un air si sévère, qu’aucun de ses camarades ne lui disputaient la place de meneur. Ce jour-là, il décida d’entrer dans la forêt.

Tous se récrièrent. De si lourds secrets l’entouraient que pour rien au monde, un seul voulut y mettre le pied. Alors, peut-être pour ne pas perdre la face, il y entra.

Une ribambelle d’enfants tous hurlants plus les uns que les autres, se déversa dans le village.

Qu’elle ne fut la surprise des parents en entendant leur récit. Ils décidèrent alors, armés de tout ce qu’ils pouvaient prendre, de le récupérer.

Une chasse étrange se fit. Se suivant, respirant à peine et sans un bruit, ils se mirent à suivre la trace du garçon. Mais la forêt épaisse, n’aima pas être dérangée. Les taillis, les arbres, les souches se firent de plus en plus menaçants. Le feuillage, tellement épais ne laissait presque plus passer la lumière. Alors, commençant à désespérer, les parents se mirent à crier le nom de l’enfant. Rien ne leur répondit. Las de crier, et voyant le jour avancer, ils rebroussèrent chemin la tête basse.

De ce jour, une sentinelle garda l’entrée de la forêt.

Les jours passèrent. La vie reprenait dans le village. Tous les enfants avaient été mis en garde de ne point jouer autour de la forêt. La disparition de leur camarade les avait tellement effrayée qu’aucun ne voulu tenter d’exploit. Un matin, la sentinelle courut au village avec une mine défaite. Devant tous il raconta ce qu’il venait de voir.

Il s’était assoupi, certes, mais le bruit d’un pas le fit sursauter. Regardant par où le bruit arrivait, il vit, dans l’obscurité du sous-bois, une silhouette étrange. Elle ne bougeait pas. Elle le regardait. Puis, d’un coup, elle s’enfuit dans la forêt en poussant un cri qui le glaça.

Etait-ce l’enfant égaré ? Il ne put rien dire d’autre.

Les semaines passèrent sans aucun autre signe.

Puis vint le jour de la fête du village. Tous les préparatifs étaient finis. Les villageois s’étaient rassemblés comme de coutume, autour de leur chef, quand tout à coup, un étrange cri les fit taire.

Les senteurs de la forêt se firent plus fortes, apportées par une brise glaciale. De nouveau le cri retentit. Tous se regardèrent. Le chef alors, partit vers les bois. Hésitants, tous le suivirent.

Alors, devant eux, un spectacle étrange se déroula. Dans la pénombre du sous-bois, une silhouette, dansait. Nul ne pu dire sa taille, ou si même s’était un être humain. Mai tous furent d’accord qu’elle dansait. Elle s’accompagnait d’un cri étrange, moitié rire, moitié pleurs. Mais jamais elle ne sortit du bois. Puis fixant les villageois, dans un dernier cri, elle disparut.

On dit que la forêt sembla comme morte après. Plus un seul son n’en sortit ce jour là.

Les villageois se mirent à raconter cette histoire à leurs enfants pour qu’ils comprennent l’obéissance. Au fil des temps l’étrange silhouette dans la pénombre empêcha nombre de bambins de se croire invincibles.

On dit que quelques fois, le matin, quand la brume n’est pas encore levée, un coin de la forêt garde un peu de la nuit qu’elle ne veut pas quitter. Un étrange cri alors, accompagne le piaillement des oiseaux.

C’est triste me direz-vous ! Oui, mais le destin est ainsi. Il est tracé mais c’est à nous de décider du chemin à suivre. Qu’il mène au jour où à la nuit, nous choisissons notre sort.

L'escalier

L’escalier.

Dans le jour naissant, une silhouette se glissait furtivement. Elle longeait les maisons sans un bruit. Puis, au bout d’un trottoir, plus personne…

Cette silhouette s’appelait Valérie. C’était un petit rat. Du moins elle y aspirait du plus profond de son âme. Son travail était long et fastidieux. Les exercices toujours plus difficiles et répétés sans cesse ne la dissuadaient en rien d’arrêter. Alors, jour après jour, elle travaillait.

Ses parents en étaient fiers. Tout le quartier la regardait rentrer, lasse, fatiguée, mais tellement heureuse ! les années passaient ainsi, toujours identiques. L’école suivait la danse, la danse suivait l’école. Les études la lassait mais il fallait bien apprendre. De plus, elle savait que si un jour elle était admise dans la plus grande école de Paris, il lui fallait avoir de bonnes notes.

Et vint le concours d’entrée. Elle avait le trac. Cette énorme boule au creux de l’estomac et cette horrible envie de vomir ! mais il fallait qu’elle en fasse abstraction et qu’elle donne le meilleur d’elle. Elle le devait pour son avenir, et pour ses parents…

L’attente lui parut interminable et enfin, les résultats furent donnés. Elle était reçue. Certes, sa place n’était pas très bonne, mais enfin, elle entrait dans l’antre de la lumière.

Ses parents ne se sentaient plus de bonheur. Leur fille entrait à l’Opéra. Elle accédait au grade si envié de petit rat. Certes, elle devrait travailler, et encore travailler, mais ils savaient qu’elle y arriverait, car tel était son rêve !

Les années se suivirent. Les études le matin, les cours de danse l’après-midi. Inexorablement le temps filait. Et Valérie dansait… les concours se suivaient, plus durs les uns que les autres et elle les passait fièrement. Paris était devenu son lieu de vie. Elle s’y promenait rarement car les vacances étaient réservés à la danse. Les répétitions des spectacles se superposaient avec les cours. Elle pleurait parfois, le soir, dans l’obscurité de sa chambre, mais sa vie était tellement pleine de bonheur que pour rien au monde elle ne l’aurait échangé. Non, elle n’enviait pas ses anciennes camarades de l’école. Leur train-train ne lui disait rien. Certes, elles rentraient le soir chez elles. Elles déjeunaient avec leurs famille, mais bon leur vie lui semblait bien étriquée, au regard de la sienne.

Et puis un jours, elle dut passer « le concours ». celui pour lequel tous les danseurs avait travaillés si durs. Celui qui amenait la consécration. Celui qui apportait le rêve le plus répandu à l’école, celui de l’Etoile. Elle savait qu’elle devrait donner ses tripes ce jour-là. Et surtout qu’elle devait gagner. Elle était la meilleure. Elle en était sûre.

Les auditions commencèrent de bonne heure. Ils défilèrent tous. L’attente serait longue. Entre copains de cours, on se remontait le moral. Il fallait s’épauler, ne pas flancher. Garçons ou filles, on se félicitait des prestations de danse. Et puis, le jury statuerait…

Il était là, imposant, immense ; ses dorures lui donnait un air si majestueux qu’on ne pouvait pas l’ignorer. Le monter, d’un air détaché paraissait si « petit » presque mal élevé. Sa prestance disait la gloire qu’il permettait d’atteindre. Cet escalier si merveilleux, si mythique méritait le respect. Le monter alors qu’on est au sommet était le rêve secret de Valérie. Elle s’imaginait applaudie, au faite de la gloire, toute auréolée du titre suprême. Mais comme tous, elle dut attendre le résultat des délibérations.

Ils entrèrent dans la salle, frissonnants. Le regard sûr pour certains, désespérés pour d’autres. Et puis, les noms tombèrent, comme des couperets. Les respirations se faisaient haletantes ; les pouls s’accéléraient. Et toujours les noms tombaient. Valérie se redressait, attendant le moment libératoire. Son nom n’était pas donné. Alors l’espoir l’envahie. Les derniers noms étaient les plus attendus. Ils n’étaient plus que quatre. Elle serrait les poings.

Et puis tout à coup, un brouillard lui cacha la lumière, une étrange sensation de pesanteur monta inexorablement dans ses muscles. Le brouhaha de la salle s’éteignit. Il lui semblait nager dans de la ouate. Elle fut secouer rudement par un camarade. Elle regarda hagard, les regards envieux, et alla chercher son trophée. Son sourire léger ne la quitta pas quand, traversant le grand hall, elle se tourna vers le grand escalier. Elle monta en pensée toutes ses marches, lentement, goûtant cette nouvelle expérience.

Tant d’années, de sacrifices, de veilles et de larmes, pour accéder à ce gigantesque escalier, ce monument d’architecture si convoité. L’attente était finie. Elle le monterait désormais, la tête haute, et le regard désabusé. maintenant, elle savait que sa prestance était à elle, et que sa dernière marche si douce, si usée par le temps et les pas venait de lui échapper. Une toute petite marche, presque un saut de puce ! le firmament l’attendait, le monde la demanderait, mais son si beau rêve s’écroulait, là, au pied de cet escalier de marbre. Elle brillerait, certes, mais jamais n’atteindrait la lumière des étoiles…



LA CAVE

La cave.

Il faisait très froid ce jour-là. Le temps maussade d’hiver ne prêtait pas à la bonne humeur. Les passants se hâtaient sans se soucier de l’horrible destin qui se jouait sous leurs yeux. Une chanson, lancinante, comme une petite voix, se faisait entendre…

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Tout est là, sous nos yeux,

Pauvres de nous,

Le silence tel un monstre

S’insinue partout.

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Et pourtant pour toujours

Le destin est scellé

Dans la pénombre humide

De cette cave.

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Elle est là, inerte

Presque palpable pourtant

Elle revêt son manteau

Celle que l’on nomme Peur.

Qu’est-ce dont ? une terrible chanson. D’où vient-elle ? nul ne sait et pourtant elle se fait mélopée dans la rue ; elle s’entend dans les esprits et semble coller à cette journée humide, froide et morne…

Il paraît qu’un jour, il y a très longtemps. Un jour où les voitures n’existaient pas encore, un architecte construisit quelque part en ville, des maisons pour complaire au maire. Hélas, sa jeunesse lui apportant peu de connétables, il dut se résoudre à suivre les plans d’extension de la mairie. Le maire en effet, voulant plus de monde décida d’étendre ses plans par delà la rivière. Un pont fut construit vers l’autre rive. Des matériaux furent acheminés pour édifier ce nouveau quartier, plus grand, plus spacieux et plus riche que ceux existants déjà. Le maire avait des vues hydilliques il voulait une ville démesurée et surtout très prisée.

Où la vie serait facile et sans problèmes. Un rêve, quoi. Pas de pauvres, ni de travailleurs. Les usines seraient aux portes de la ville, toutes les rues seraient pavées…

Hélas, quand l’architecte commença ses édifices, d’étranges éboulements eurent lieu la nuit. Après de nombreuses recherches, il s’avéra que le terrain était glaiseux. Aussi, il fallut creuser, étayer et renforcer les fondations. Cela dura bien évidemment plus longtemps et augmenta le prix des immeubles. La mairie dut faire des sacrifices pour attirer les connétables à s’installer dans ce quartier huppé, à l’abri des affres de la vie.

L’époque étant troublée, les demandes affluèrent. Tout fut vendu en un temps record. Le maire se frotta les mains. Les impôts seraient exceptionnels cette année.

Les gens s’installèrent. Les mois passèrent, la population grandissante était heureuse de vivre. La ville était connue pour son contexte de tranquillité et de bon ordre. Mais un jour d’hiver, un événement important vint bousculer ce paysage. Alors que tout le monde dormait profondément, un énorme vacarme suivit d’un séisme, réveilla toute la ville. Même les quartiers défavorisés, aux portes de la ville s’éveillèrent en sursaut. Les habitants sortirent en hâte et s’interrogèrent. Mais l’horreur était là, au centre du quartier neuf.

Un édifice entier s’était écroulé comme un château de cartes. Les secours se hâtèrent mais en vain. Hormis des gravats, rien ne put sortir de cet enchevêtrement de pierre et de bois. Que s’était-il passé ? des jours durant des volontaires aidèrent les secours à dégager les lieux. Rien. Personne ne put sortir de cette vision d’horreur. Pas un être, pas même un animal ne fut trouvé. Pourtant les malheureux ne retournèrent jamais à leurs activités… alors, pourquoi aucun cadavre ne put être extrait. Mais ce qui fit encore plus peur aux habitants des environs, c’est qu’aucune odeur n’apparut. Pas même celle de la poussière, et pourtant les bâtiments étaient en pierres…. Alors bientôt une rumeur se fit. La côte ne voulait personne en son centre. Ce qui autrefois était un bois, demeurait vierge de toute construction.

Quand enfin, tous les gravats furent dégagés, l’architecte et les ouvriers eurent la surprise de voir que le sol était lisse. Pas d’étais, ni de mur, mi même de cave. Et pourtant elle était bien là, construite comme tous ses semblables, sous l’immeuble. Qu’est-ce que cela voulait dire ? des géomètres furent nommés pour comprendre ce phénomène. Leurs rapports affirmèrent que rien jamais n’avait été construit pour soutenir cet immeuble. L’architecte montra ses plans mais rien n’y fit, alors les familles des victimes se retournèrent vers lui et demandèrent réparation pour les malheureux disparus. Mais étrangement, durant le procès nul ne put expliquer clairement le fait qu’aucun cadavre ne fut extrait, ni homme, ni animal. Toutes les caves alentour furent inspectées ; rien à dire, tout était normal. L’architecte fut ruiné et emprisonné. Le maire, pour calmer ses concitoyens menaçants de quitter la ville, décida de créer un mémorial à l’endroit du sinistre. Il refusa le moindre soubassement. Il ne fallait rien déranger. Le terrain était ainsi, vierge, il devait donc le rester.

Les années passèrent, les temps changèrent. Mais le maire avait interdit toute construction sur ce territoire inerte. La ville s’étendit loin, très loin de son vieux centre historique. Le mémorial existant n’intéressait plus personne. Qui même se souvenait de ce monument et de cette place immense. Personne.

Les appétits revinrent au galop, quand le prix des terrains se mit à monter en flèche. Les mètres carrés de plus en plus petits abritaient de nos jours de nombreuses familles. Un espace aussi grand, en centre ville, logerait de nombreuses familles et cas sociaux. Il faut vivre avec son temps. Les arbres se voient au bord des routes de nos jours, et les places rapetissent. Seules les routes restent car les voitures sont nombreuses…

Le cadastre fut revu. Le POS est passé par là ! rajoutez les élections et tout est dit…

Un jour alors, les monstres d’acier passèrent à l’œuvre. On se mit à creuser, à défoncer les pavés. Les camions se suivirent pour extraire la glaise, et puis un matin, les ouvriers durent arrêter le chantier. Ils étaient tombés sur un mur en pierre, enfouie très profondément ; il fallut l’attaquer au marteau piqueur. Deux ouvriers en furent chargés. Soudain, une odeur infecte se fit sentir, se répandit dans le quartier. Le maître d’œuvre demanda les plans d’époque. Le chantier fut vidé. La police vint constater l’horreur. Les deux ouvriers finirent à la masse l’ouverture. Et là, dans l’horrible puanteur, sous les projecteurs, la vision qui s’ouvrit aux policiers fut si abjecte que les malaises les envahirent.

Dans ce trou noir et béant, un amoncellement d’os ; tel un sanctuaire, cette cave était remplie de cadavres de tous âges, hommes et animal. Des tissus en lambeaux furent prélevés et étudiés. Les résultats se firent alors avec certitudes. Ils dataient du début du siècle. Mais qui avait pu enterrer autant de cadavres dans une cave ? une légende alors, revint en mémoire, les recherches le confirmèrent ; alors, dans un dernier élan de pudeur, la ville décida de refermer ce tombeau. On reboucha, on bétonna, on réinstalla le mémorial, et dans le cadastre, en lettres rouge, on abandonna à tout jamais, l’idée de détruire cette place, cette infamie de la nature, ce triste combat de la terre contre la modernité. Si modernité il y a !



PSYCHE

La psyché.

 

C’était il y a très longtemps, en  un temps ou le temps prêtait à vivre, où l’heure était donnée par le soleil au fronton des églises ; une époque où la religion dominait les esprits, où la richesse préservait l’équilibre instable des frontières.

En ce temps là, la vie était rude. Une journée commençait à l’aube pour se finir au coucher du soleil, à l’Angélus. Les journées passaient, les semaines s’égrenaient, toutes rythmées par le son des cloches de l’église.

Cette dernière, bien que petite, vous transcendait par son atmosphère sereine, et si apaisante, que le moindre soupir semblait un affront. Elle faisait partie intégrante du château. Seule, une petite entrée latérale, permettait aux paysans alentours d’y venir lors de la messe. Les ouvriers et marchands entraient par la grande porte, avant les seigneurs. Ceux-ci avaient leurs sièges, sur le côté droit, de la nef. De simples sièges pris-dieu, rempaillés et couvert de velours, que nul n’osait approcher. Le père Sébastien faisait alors sa messe, et son homélie reflétait l’état de son temps. Il rappelait les versets de la bible lorsque la maladie sévissait ; les paroles de Dieu, quand le temps empêchait les récoltes, et appelait au pardon, quand la colère grondait…

 

C’était une époque incertaine et pleine de menaces. Où l’être humain était mis à rudes épreuves.

 

Le châtelain, n’était pas un mauvais homme, mais il était dure en affaires. Son fils était parti chercher femme à la cour, et ma foi, il n’appréciait guère cela. Il se retrouvait donc tout seul, avec pour toute famille, sa cadette et le père Sébastien. Ses paysans le respectaient car il était juste, mais si la colère, où la maladie survenait, il serait difficile de les tenir…

Bon gré, mal gré, il acceptait cet état, comme un nouveau défit du Tous-Puissant. Dieu ne l’avait –il pas mis sur cette terre, pour le tester ? cet homme bourru, craignait avant tout pour sa fille. Elle n’était pas d’une grande beauté, mais intelligente, hélas, cela lui valait parfois des discussions épineuses, d’où seul le père Sébastien, pouvait les sortir…

 

Un jour de printemps, un marchand ambulant entra au château. Il connaissait bien les lieux, car tous les ans à la même époque, son chariot coloré attirait les regards des femmes et enfants. De plus, il n’ignorait pas que la fille du châtelain ne tarderait pas à fêter son anniversaire, et son étal de tissus et rubans lui vaudrait à n’en pas douter quelques pièces d’or.

Cette année-là, pourtant, il avait décidé de diversifier sa marchandise, en y rajoutant quelques objets indispensables pour la maison. C’est ainsi pourvu qu’il entra au château.

 

Le seigneur apprenant son retour, et n’ayant rien trouvé jusqu’alors pour sa fille, alla lui rendre visite. Il trouva son étal toujours aussi beau, mais avant de se décider pour un rubans, il aperçut son reflet dans un miroir. Sans trop réfléchir, il décida de l’acheter, sans même en discuter le prix, et le fit porter dans la chambre de sa fille. Le marchand fut étonné de son choix, car cela faisait deux mois déjà, qu’il n’arrivait pas à s’en séparer. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi, mais, quand il le mettait en évidence, à la lumière du jour, les chalands s’en éloignaient. Enfin, l’affaire était bonne, et la place gagnée dans le chariot, profiterait aux étoffes.

 

La surprise fut grande pour la jeune fille, quand elle retourna dans sa chambre. La psyché, avait été dressée, dos à la fenêtre, pour que son image fut plus claire. Mais quand celle-ci s’en approcha, un sourire méprisant apparut sur son image. Elle se détaillait pour la première fois de la tête aux pieds. Et le résultat, ma foi, n’était pas engageant. Elle avait certes de l’esprit, mais visiblement c’est tout ce qu’elle avait. Et pourtant, au fond de ses yeux, une lumière brillait. Elle semblait irradier son image, et lui conférer un air si pur et si serein, qu’elle en fut surprise. Au bout de quelques minutes, elle décida de le recouvrir d’une étole, afin de cacher sa lumière, et sortis pour le repas.

 

Les journées passaient légères, toujours empreintes de soleil et de chaleur ; la jeune fille, se regardait souvent dans sons miroir, et chaque fois, la même lumière intense, la pénétrait. Alors, presque par timidité, elle le recouvrait jusqu’au lendemain.

Le châtelain, appris, un jour, que son fils était sur le retour, avec celle qu’il avait épousé, là-bas, à la cour. Il regrettait amèrement qu’il ai refusé la moindre alliance avec ses voisins, prétextant vouloir agrandir le domaine et la fortune familiale.

 

Il entra majestueux, dans un costume vert émeraude rehaussé de pierres précieuses. C’est vrai qu’il était beau, et à ce moment le châtelain compris pourquoi son fils avait décidé de partir. Il avait visiblement trouvé une très belle femme, et au vu des chariots qui les suivaient, elle semblait pourvu d’une belle dote. Ma foi, ces mois d’absences avaient leurs récompenses. Mais au moment des présentations, son cœur se serra devant le regard méprisant de la jeune épousée envers sa fille. Celle-ci, rougissant, les invita à la suivre pour se rafraîchir de se long voyage. Le premier repas de retrouvailles, fut un véritable calvaire pour le châtelain, car quoique belle, sa brus n’était que paroles désobligeantes envers sa pauvre fille, qui avait fait de ce repas, un festin, en y conviant les seigneurs alentours.

 

La fortune de la belle valait-elle se mépris ? certes sa fille n’avait pas de beauté, mais son cœur était pur, cela il le savait…

 

Les semaines passaient, toujours avec des remarques acerbes de la belle, mais elle n’en faisaient jamais au maître de céans, ni à son époux. Quant aux voisins, les fêtes que la belle donnait, leur permettaient de fermer les yeux sur les propos désobligeants. La jeune fille, fidèle, se mirait tous les matins et y trouvait une lumière encore plus belle que la veille. Alors confiante, elle commençait sereinement sa journée. Sa patience, devant les attaques de sa belle-sœur, commença à faire parler aux alentours. Certains, la trouvait idiote de ne pas répondre, d’autres, estimaient son intelligence à toute épreuve. Mais ces propos finirent pas agacer la jeune épousée, et pleine de fiel, elle fit espionner la jeune fille afin de savoir pourquoi elle ne disait mots. Au bout de quelques semaines, elle finit par apprendre l’existence de la psyché, et du fait qu’un véritable rituel s’était établi entre la jeune fille et ce miroir. Alors, par jalousie, et mépris elle fit ordonner par une servante à sa botte, de le casser.

 

Ce soir-là, rentrant dans sa chambre, la jeune fille sentit une atmosphère lourde la prendre à la gorge, et instinctivement son regard se porta vers le miroir. Son sang se glaça quand elle l’aperçut zébrer de trois rayures sombres, mais alors, les trois silhouettes qu’elle vit se firent si belles, si sereines, que trois larmes perlèrent d’un éclat immaculé.

Le lendemain, comme à son habitude, elle fit le tour de la cuisine, dirigea les préparatifs du repas et rendit visite aux paysans pour connaître la santé des enfants. Les gens la saluèrent avec déférence, les enfants riaient et couraient devant elle, pourtant il lui semblait qu’ils la regardaient différemment. Comme de coutume, elle finit sa tournée par la petite église où le père Sébastien, l’entretenait de ses diverses remarques sur les problèmes du jour. Mais, quand il la vit, son regard rude fut parcouru d’un immense sourire, et ses yeux brillèrent si vivement qu’elle ne put s’empêcher de lui demander ce qui lui arrivait, alors la prenant par la main, il la conduisit vers la sacristie et mit devant ses yeux ébahis, un petit miroir.

 

Sans un mot, elle entra au château, les servantes se turent à son approche, elle souriait d’un air si radieux, que, dans un silence qui la précéda, elle entra dans la salle à manger. Elle gagna sa place, à côté de son père, tous les regards étaient tournés vers elle.

« vous sentez-vous bien mon père ? » dit-elle, le voyant pâle. Seul un hochement de tête lui répondit, alors, se retournant vers son frère et sa belle-sœur, elle leur fit le plus beau des sourires, rendant sa belle-sœur cramoisie, au bord de l’évanouissement.

 

Elle avait enfin compris que grâce à son dévouement, son refus du mépris et de la méchanceté, son cœur pur avait pris le pas sur son physique. La psyché, n’avait fait que catalyser la beauté de son âme, et au moment où elle avait été cassée, celle-ci, libérée n’avait fait que la revêtir comme le plus pur des diamants.