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    Ephémères

     

    Le soleil haut dans le ciel dardait ses rayons alentours. La nature dans son plus bel apparat montrait toutes les facettes de cet été. Les couleurs vives des fleurs se mêlaient aux sombres profonds cachés sous les arbres. Ce petit coin de paradis, encadrait un petit lac miroitant.

     

    Que de calme, que de douceur ! Le brouhaha des insectes se faisait insistant dans cette danse de la recherche. Le piaillement des oisillons se mêlait de temps en temps au bruissement des feuilles que le vent bousculait.

     

    Elle passa et repassa, profitant de sa journée pour découvrir ce monde qui l’entourait. Elle venait de naître et avait hâte de vivre. Que de choses, que de mouvements autour de ce lac où sa vie venait de commencer. Sans connaître ce qui l’entourait elle savait déjà ce vers quoi elle pouvait aller. Elle joua avec le vent, se laissant porter et décrivit quelques cercles dans le ciel afin d’admirer ce lieu paré de tant de choses.

     

    Puis elle la vit. Belle de couleur pourpre. Elle s’approcha pour l’admirer. Elle tourna autour. Rien ne se passa, mais elle découvrit ses pétales de velours. Son cœur d’un jaune vif abritait une abeille. Celle-ci ne lui fit pas bon accueil, mais accepta de lui laisser place le temps de porter son butin.

     

    Un doux duvet entoura ses pates. Une odeur douce et entêtante monta vers elle. Le soleil s’adressa au vent et ce dernier vint les promener. Un doux va et vient les fit tourner dans ce lieu magique sous le bruissement de la nature.

     

    Ne faire qu’un une seconde, c’est plus que ce que le monde m’accorde !

     

    Cette communion sembla durer une éternité et pourtant le soleil déclina doucement dans le ciel. Le lac se para de couleurs de feu. Il était temps de partir. Déjà un frisson parcouru son corps, déjà le départ approchait. Ses pates emportèrent un peu de ce pur duvet qui disparu à son tour sous les pétales de cette beauté.

     

    Un jour de plus j’aurai aimé la regarder, mais aurai-je pu l’admirer ainsi ! Mon temps est fini ce soir. Je pars heureuse de ce que j’ai vécu, heureuse de cette rencontre. Je la retrouverai un jour, j’en suis sûre !

     

    Elle posa son beau corps sur une feuille. Replia ses ailes. Un dernier regard vers cette nature qui se couvrait de nuit et ferma ses yeux.

     

    La libellule disparut dans le soir, dans la douceur d’une nuit d’été, éphémère…

    Un monde étrange

    La nuit venait de tomber sur cette mégapole. Je ne sais si ce mot lui convient, car son immensité dépasse tout ce que je peux imaginer. A perte de vue, je ne vois qu’immeubles, maisons de tailles différentes, de matières différentes. Quel étrange imbroglio de structures et pourtant, tout semble s’imbriquer, en complémentarité. La nuit est froide, le ciel est pur, les étoiles semblent plus proches que d’habitude. Où suis-je ? Mes pas me dirigent vers un petit cabanon, ou quelque chose de ce genre. En y entrant, j’ai l’impression de découvrir une immensité de couloirs, de portes, quel étrange lieu ! Je croise des gens, heureux qui me sourient ! Je continue mon exploration et entre dans un havre de lumière. Etourdissant de bruit, de couleurs, de monde. Une salle à perte de vue, emplie de gens bariolés, riant et échangeant leurs marchandises.

     

    Après un temps, je demande à une enfant où je suis et ce qui s’y passe. Son regard interrogateur en dit long sur ce qu’elle pense de moi. Tant pis pour mon ego. Ce qu’elle m’explique alors dépasse l’entendement. Elle me prend visiblement pour une étrangère de cette planète. Et voilà ce que je découvre.

     

    Vertusia, nom de sa planète est une plateforme d’échange commercial. Ses habitants sont passés maître en la matière et ce qui les rend particulièrement attirant pour les autres voyageurs est leur mode commercial.

     

    En effet, ils se sont construits une réputation de fins échangeurs car ils sont totalement désintéressés. De fait, ils n’ont aucune raison d’échanger des matières abîmées, usagées ou d’extorquer leurs invités. Un troc des temps modernes. Les vendeurs leurs cèdent leur marchandises en indiquant ce qu’ils veulent en retour, peut importe la valeur, seule la quantité compte. Ils servent de balancier entre les peuples et leur parole vaut plus que n’importe quelle monnaie.

     

    Comment en sont-ils arrivés là ? La petite fille m’amène à un homme assis sur des marches. Il semble surpris de ma question, mais je pense que ma tenue lui semble bien plus étrange que mes mots. Alors voilà ce qu’il m’explique.

     

    En des temps lointains où les peuples de cette planète concouraient à la réussite individuelle, la découverte d’autres mondes, changea les mentalités. Ce fut long, difficiles, des guerres internes virent le jour. De nombreux peuples disparurent quand un couple, la famille Vertun après de longues tractations auprès des dirigeants de ce monde, imposa un mode radicalement nouveau à la gestion de cette planète. Des décennies furent nécessaires mais naquit un beau jour le gouvernement des peuples. Un grand bouleversement politique faisant abstraction des pouvoirs individuels et donnant la part belle non plus aux pays, mais au peuple de la planète. Ainsi naquit Vertusia. Le chamboulement fut pérenne. Il en découla ce que je voyais actuellement, la gratuité des marchandises, puisque toute âme vivait grâce aux échanges commerciaux. Plus de monnaie, plus d’impôts, mais en contrepartie, le devoir de mettre sa personne au travail pour le bien de tous. Le système gouvernemental reposait donc sur la gratuité de tout, en échange d’une réputation infaillible de droiture et de respect d’autrui.

     

    Ceux qui ne souhaitaient pas suivre le chemin de leurs ancêtres pouvaient rejoindre les peuples de leur choix car des accords le leur permettaient. Après leur instruction les jeunes enfants pouvaient choisir suivant leur attirance le travail désiré. Ensuite tout était mis en œuvre pour leur bien-être de façon à donner le meilleur d’eux-mêmes. Tout était géré, prévu par le gouvernement, mais plus de problème de personnes, plus de guerre, de pauvreté… et plus de banques. Elles s’étaient reconverties dans le commerce d’échange pour les gouvernements désireux de certaines matières qu’on ne trouvait pas facilement. Leurs voix et leurs noms étaient aussi imposants que leurs choix.

     

    Enfin, dans ce paradis altruiste, dernière pierre de cet achoppement, la nature. Ces villes monumentales avaient été pensées afin de préserver la nature de la planète. Finie la déforestation, de nouvelles techniques avaient permises de remplacer le bois. Rien de ce qui touchait la nature se faisait sans accord. Tout était encadré, pas de route, pas de transformation, pas d’extension de ville sans un contrôle sévère, tout en pesant le pour et le contre de la moindre demande. Ainsi toute destruction, toute modification, était punie d’emprisonnement dans les cas les plus graves. Une police spéciale avait été créée afin de contrôler le développement de la nature dans le respect du développement des hommes.

     

    Une sirène retentit, je sursaute. Que m’arrive-t-il !

    C’est juste le réveil, la journée commence.

     

    un Oeillet bleu

    Un oeillet bleu

     

     

    La nuit venait de tomber avec ses rêves et ses cauchemars. Le froid entrait par bribes dans la chambre. Elise se recroquevilla encore plus sous la couette. Le poêle ne diffusait plus qu’un semblant de chaleur. Décidemment il fallait absolument le nettoyer. Demain elle verrait cela. Qu’il est dure de s’occuper seule d’une maison. Pas de lettres de Jules depuis des semaines. Son bataillon s’était déplacé sur les Ardennes, et depuis plus de nouvelles.

    Ses nuits n’en étaient que plus courtes, enfin, il fallait continuer à mener un semblant d’existence malgré se manque immense que son amour laissait.

    Quatre ans déjà de solitude pour six petits mois de vie commune. C’était injuste. Au village seuls les hommes invalides étaient rentrés de la guerre, ou les vieux qui n’avaient pu partir sauver la patrie. Les femmes avaient donc du se résoudre à occuper leurs fonctions.

    L’usine était pleine jour comme nuit des équipes féminines. Les enfants aidaient comme ils pouvaient, tous les bras étaient les biens venus.

    Une nouvelle journée commençait. Le labeur des champs l’attendait. Après s’être occupé de ses volailles, elle partit pour la cueillette des pommes. Toutes les corvées étaient bonnes à prendre puisqu’elles permettaient de manger. Décidemment si elle avait pu imaginer faire tout ce travail alors que la vie la vouait à rester chez elle en maîtresse de maison. Quelle ironie…

    Enfin le passé est derrière toi, il faut te remuer, depuis l’arrivée de cette guerre tout est chamboulé.

    Le panier est lourd, les bras n’en peuvent plus de monter, descendre sans arrêt depuis des heures. Ces pommes sont épuisantes, mais elles me valent le souper, alors encore un peu de temps et ce sera fini. Tu vois, le contremaître fait signe. La journée est finie, enfin.

    Encore une petite heure pour récupérer mon labeur et je rentre à la maison.

    Seule, toujours seule, pas une lettre de mon homme, pas un signe de l’armée, rien. Combien sommes-nous dans ce cas, sans nous plaindre, à gérer au jour le jour nos vies, notre survie en ces temps incertains. Combien de temps cela va-t-il encore durer. Je suis lasse, si lasse…

    Jules tu me manques. Quelques larmes coulent sur ses joues mais elle ne les remarque plus. Cela n’a plus d’importance, le temps qui passe permet juste de constater que la vie existe encore.

    Les mois s’écoulent ainsi, imperturbables. Toujours les mêmes gestes, les mêmes travaux épuisants pour gagner un peu de sous. Pas de Jules, pas de nouvelles.

    La vie est trop dure, je n’en peux plus.

    Dans cet accès de désespoir, enfin une lueur d’espoir. Un mot, un petit mot tombé presque par hasard devant ma porte.

    Un mot de Jules, daté de trois mois. Il a visiblement eu du mal à trouver notre village. Mais il est là. Je n’ose l’ouvrir. C’est bête après tant d’attente, tant d’espoir.

    Je le regarde incrédule. C’est bien son écriture, alors il est vivant quelque part là-bas. Mes mains tremblent, il faut que je sache, il faut que je sente son odeur sur ce papier. Ses pattes de mouche sont toujours là. Je dois monter la lampe pour le décrypter. Il va bien, dieu soit loué. Mais il ne rentrera qu’à la fin de cette fichue guerre. Il voit ses amis tomber à ses cotés, il ne comprend pas pourquoi il est toujours là, à écrire à leurs épouses, à leurs enfants, pour leur apprendre la funeste nouvelle.

    C’est ridicule, je veux qu’il reste en vie, tant pis pour les autres, ils n’ont qu’à se débrouiller, je sais que c’est égoïste mais qu’est-ce que l’amour, de l’égoïsme avant tout pour l’être aimé. Et je l’aime Jules, je l’aime, alors je me fous des autres, qu’ils tombent sous les coups de baïonnettes et qu’on me rende mon homme.

     

    Elise se lève ce matin-là, comme tous les matins. La nuit n’est pas encore partie. Les étoiles brillent dans le froid de l’hiver. Le travail arrive à grand pas avec ses difficultés. Elle a réussi à se faire embaucher dans la grande cuisine de l’hôpital. Deux heures de trajet à pieds pour y aller, mais c’est pas trop mal payé. Comme tous les matins, il faut laver la vaisselle et préparer les petits déjeuners. Les bassines de cuivre sont très lourdes à soulever, alors on les nettoie par terre dans un premier temps, avant de relaver dans la cuisine pour qu’elles soient de nouveau prêtes à servir sur le feu.

    La soupe est en train de chauffer pour le repas de midi. Du pain et de la soupe, ça tient au corps. Et puis voilà, le geste qu’il ne fallait pas faire, le dernier regard vers la cuisinière en chef et c’est tout.

    Elise a glissé sur le sol mouillé, les maudites épluchures se sont réparties partout. Et ce geste idiot, ce geste de retenu que l’instinct vous donne dans ces moments-là.

    La bassine de cuivre a basculée. Et Elise s’en est allée.

    Que la vie est bête, n’est-ce pas. Un simple petit geste et l’on n’est plus. Pourtant Elise n’avait que deux mois à attendre le retour de son homme. Deux petits mois de labeurs incessants, mais de vie, et elle l’aurait serré dans ses bras.

    Jules est revenu au village à la fin de guerre. Il a retrouvé la grande maison vide et sombre. Il a décidé de travailler pour la garder. Et puis une maison ça a besoin d’une femme.

    Alors avant de se décider il est parti au cimetière. Là, sur la tombe d’Elise, il a pleuré à chaudes larmes. Son aimée l’a quittée avant l’heure, il ne pourra plus jamais lui parler de ses cauchemars, de ses insomnies, de son amour pour elle.

    Avant de la quitter, il lui demande l’autorisation de prendre femme. Elle doit le comprendre et l’accepter. Un oiseau passe dans le ciel, son ombre se projette sur la stèle. Jules essuie une larme, il sourit.

    Avec le plus grand soin, il dépose un bouquet d’œillets bleus. C’était ses préférés.

    Adieu ma mie, porte toi bien. Je t’aimerais toujours.

    La vie continue avec ses absurdités, ses joies, ses larmes.

    Qui peut dire ce qu’elle lui réserve. Ce qui est sûr c’est qu’elle seule connait le fin mot de l’histoire…

     

    L'oiseau

    L’oiseau

     

     

     

    Quel rêve étrange j’ai fait cette nuit ! cet oiseau vert qui hurle en me tournant autour, il m’effrayait… bon, ce n’était qu’un rêve après tout. La journée va être chargée. Les enfants sont à déposer à l’école, après direction la gare, juste le temps d’attraper le train et hop me voilà au travail. Toujours la même routine. L’œil rivé sur la montre de peur de rater l’heure de retour, le train, le centre de loisirs pour récupérer les enfants, puis les devoirs, le dîner et enfin, le lit.

    Ce magnifique lit  où dit-on on passe plus de la moitié de notre vie. Les nuits paraissent pourtant bien trop courtes. Sans compter les nuits blanches, les cauchemars… dans ce tourbillon de tâches les rêves sont encore la part que je préfère. C’est un terrain à découvrir, à explorer. Un monde étrange et merveilleux qui ne demande qu’à s’ouvrir à notre émoi, à nos souvenirs où même nos intuitions…

    Une douce chaleur m’envahie, j’ouvre les yeux, un feu dansant se révèle dans la cheminée. Tout est calme dans la maison. Juste le bruit mat de l’horloge qui monte la garde. Je m’étire et me lève. Il fait plus froid soudain. Je vais aller me mettre au lit. C’est étrange, je sais exactement où ce trouve la chambre et pourtant tout me paraît inconnu ! l’escalier craque sous mes pieds, chaque marche semble être dérangée… je crois qu’il faut que je me couche… ah, qu’il fait bon sous la couette ! Les rêves me rejoignent et nous partons ensemble vers un pays vert et inconnu.

    Le soleil chauffe et l’humidité est lourde. Que d’arbres et de plantes qui me sont étrangères. Mon guide trace le chemin sans un bruit, seule la serpe parle dans son doux balancier. Les cris des oiseaux emplissent le ciel que je devine bleu là-haut, très au-dessus de ces branches feuillues. Je me demande ce que je fais ici. Ah oui, je me rappelle je suis dans la jungle, à la recherche d’un temple. Un de ceux que l’on garde pour les touristes bien sûr. Mais il me semble être une vraie exploratrice. Mon guide me fait signe de  s’arrêter. Il est temps de casser la croûte. Dans une heure nous repartons. Le temple est encore à deux heures de marche. C’est étrange, je croyais qu’il y aurait des tas de moustiques, ou d’insectes en tout genre, mais rien. Rien que les arbres, la chaleur et les oiseaux. Mon guide n’est décidément pas causant. Tant pis, j’en prends mon parti.

    Ça y est enfin, nous y voilà. Ce temple est plus petit que sur les photos, mais il m’impressionne. L’ouverture par laquelle mon guide veut que je passe ressemble à une grande bouche noire, elle m’effraye un peu. En la passant, quelle surprise, le froid me saisit. Je ne pensais pas qu’il puisse y faire si frais alors que dehors la chaleur est lourde. Tout d’abord je ne vois rien, puis après m’être acclimatée je devine des formes sombres. Une table de pierre tout d’abord, au centre, puis des blocs plus petits tout autour qui pourraient être des sièges. Comment ont-ils été déposés ici, leur poids doit être considérable. Mon guide me fait signe de le suivre, là-bas dans le fond de la pièce, il me montre un passage plus petit, une porte qui communique avec une autre pièce. Il insiste pour que j’y aille, seule… je finis par obéir et là quelle surprise, sur une table plus petite, posée sur le côté gauche de la pièce, une feuille de papier. Rien d’autre ! je m’approche et la lit. Machinalement je la met dans ma poche et m’en retourne. En retournant dans la grande pièce je m’aperçois que je suis seule. Où a bien pu passer mon guide ? je me précipite dehors, rien ; que le ciel bleu, la forêt devant moi et ces oiseaux qui piaillent, piaillent à m’en faire mal aux oreilles…

    Je sens le papier dans ma poche, qu’est-ce qu’il disait au fait ?

    « seule je suis, seule je serai, seule j’irai »

     

    J’ai beau tourner cela dans ma tête, rien à faire, les idées se bousculent, je commence à m’énerver. Où est passé ce sacré guide bon sang ! je l’appelle, en vain. La chaleur me fait transpirer. L’eau de ma gourde est chaude et pourtant j’ai l’impression que ma gorge est sèche.

    Calme-toi ! Réfléchis ! nous sommes arrivés d’en face, là, entre ses deux arbres aux branches tarabiscotées, j’en suis sûre. Mais pourrai-je faire le chemin à l’envers ? les coups de la serpe doivent encore être visibles, si je dois me décider c’est tout de suite, car la nuit doit tomber dans quelques heures. J’ai juste le temps de repartir. Il n’est pas question de passer l’après-midi figée dans ce temple et encore moins d’y passer la nuit.

    Alors tant pis, en avant ! me voilà parti. Je retrouve les traces de notre passage, mais la chaleur augmente et ces cris sont tellement horripilants, mon dieu, on dirait des rires… oui, des rires, des sarcasmes même, ces oiseaux se rient de moi ! je me mets à courir comme si le diable était à mes trousses ! quelle idiote ! calme-toi ! ce n’est rien que de stupides oiseaux que tu déranges dans le calme de cette forêt.

    Mais rien à faire, je presse le pas. Les traces sont toujours visibles, je remercie dieu, pour quelqu’un de non croyant, c’est un comble…

    Soudain, plus rien, plus un bruit. Les traces de notre passage sont effacées. Je suis sûre pourtant de ne pas mettre trompée sur le chemin. Je retourne en arrière, oui, les traces sont bien visibles, et là, elles disparaissent, plus rien.

    Je lève les yeux, le calme est lourd, et là je le vois, vert émeraude, avec des ailes magnifiques tachées de rouge. Il me regarde, soudain, il prend son envol et se met à tourbillonner autour de ma tête. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je reste là bouche bée à regarder ce beau volatile tournoyer et voilà qu’il se met à crier, à hurler plutôt ! je pousse un cri à mon tour… va-t-en, laisse moi…je commence à paniquer quand…

    Je me ressaisis mais suis en nage. Quelle horreur ! quel cauchemar. Heureusement que ce n’était qu’un rêve… pourtant un frisson me saisit, ne serait-ce pas une réalité de mon existence. Arrête ses idioties me dis-je. Tu as une vie bien remplie, des enfants et un mari adorable, un travail qui te plaît, rien à voir avec ce cauchemar.

    Je me recouche, exténuée, le cœur battant comme à la fin d’une course.

    Un nouveau frisson me saisit. Et si ma vie parfaite n’était qu’un leurre ? si derrière se cachait, enfouie, enterrée, une âme esseulée, si ma belle façade ne dissimulait qu’une infinie tristesse…la vie est un carcan que l’on dessine, selon ses souhaits, mais pas forcément selon ses désirs…

    Ce bel oiseau de paradis vit dans une belle forêt ; ses cris lui permettent d’exister, mais il y vivait seul.

    Une larme coule sur ma joue, je l’essuie sur l’oreiller en me retournant. Demain, je dois faire les courses, le frigo est vide et j’ai promis d’acheter des gâteaux aux enfants…

    Au royaume de l'obscurité

    Au royaume de l’obscurité.

     

     

    C’était par un jour de grand vent. La tempête avait sévit la veille, mais le froid glacial de cette journée pénétrait tout ce qu’il rencontrait. Le matin était déjà bien entamé, et outre le souffle du vent et quelques oiseaux téméraires, le silence était présent. Des nuages courants dans le ciel, l’obscurcissaient par moment, lui conférant  une image de fin des temps…

     

    Il était là, heureux, joyeux, bondissant, sans se soucier du temps. Petit être brun et jovial comme tout enfant de son âge. Quoi, huit, peut être dix ans ; guère plus. La maîtresse avait fini les cours plus tôt. Alors tout content de se promener dans les champs, sifflotant, il faisait la guerre aux cailloux, aux herbes folles qui lui chatouillaient les jambes. La maison était encore loin…

     

     Mais qu’importe car maître du monde, sa toute puissance lui donnait un pouvoir inégalé. Pouvoir surpuissant, médiateur à toute épreuve, tels étaient ses talents. Les plus hauts personnages du monde venaient écouter ses conseils. Quoi qu’il dise, on se retirait sans sourciller. Les temps étaient beaux, mais les nuages arrivaient. En effet, un jour, un homme vint à son tour demander conseil. Mais celui-ci ne lui plus pas. Alors dans une colère il menaça le maître d’usurpateur et déclara être son successeur.

    Les camps se formèrent. Les rejetés, les traîtres, les jaloux s’allièrent à lui.  Les autres, ma foi, par respect, idées, ou altruisme restèrent fidèles.

     

    Alors commença une guerre longue et fastidieuse de mots, écrits, chants et autres sermons, répétés dans tout le pays. Cela n’aurait eu de cesse si un jour, ou plutôt un soir, un fracas épouvantable ne vint arrêter ces bavardages. Il fut si retentissant que la nature un instant sembla muette. Nul n’osa parler. Tous les regards se portèrent sur le maître. Tous sans exception. Alors celui-ci, d’une voix forte ordonna la fermeture des portes et autres ouvertures. Il exigea la présence des habitants dans leurs foyers et fit prévenir de toute urgence les fermiers lointains de faire de même. La nuit serait longue.

     

    Il passa. Silencieux et gigantesque. D’une couleur sans nom. Dans un silence glacial. Pas même le vent ne l’accompagna. Une obscurité laiteuse s’abattit sur le pays d’une lenteur inexplicable. Le maître même commença à penser qu’il se passerait des jours avant qu’Il ne s’éloigne. Alors attendons…

     

    Les heures semblèrent bien longues !

     

    Enfin, à un moment, un rayon de soleil osa toucher le sol. Un petit souffle de vent l’égaya. Le maître reprit espoir et fit dire de reprendre activités. Mais la prudence, fut de mise, et les habitants prirent leur temps. Aussi, quand enfin plus rien ne subsista, l’après-midi était bien avancée. Chacun fit le tour de chez lui, et réconforté, décida de remettre au lendemain les desseins oubliés.

     

    Le maître, fatigué, se leva, et dans un regard circulaire, s’éloigna, un peu voûté.

    Le temps, cet allié, peut se transformer en adversaire redoutable quand on le contrarie. Mais il existe des choses que le temps même ne peut arrêter.

     

     

    La maison est déjà là ! S’étonna-t-il dans un frisson. Quelle surprise ça va être… Le soleil est encore haut, alors je pourrais jouer dans le jardin, dans la cabane ; mais j’ai promis à maman de ne plus rêver….

     

    Le Loup

    Le loup

     

    L’hiver était vigoureux cette année là, la neige tombée en excès tapissait les bois d’un épais manteau blanc. Le paysage immaculé dégageait une atmosphère de plénitude qui n’était pas courant en cette époque reculée où les guerres meurtrières avaient tendance à faire ressembler les forêts à des cimetières. Epoque reculée, s’il en était, où les pauvres gens voyageaient de village en hameau pour quelques quignons de pain et un peu de dur travail pour une pièce ou une nuit au sec.

    De fiers destriers respiraient fortement en avançant sur le sentier enneigé. Le froid vif faisait sortir de leurs naseaux une fumée si blanche qu’elle ressemblait à des ailes de papillons… les deux seigneurs, emmitouflés dans de lourds manteaux ressemblaient à des sacs posés sur le dos des chevaux. Le village en vue, était misérable, mais la neige le parait d’une chape blanche qui cachait ses malheurs. Après le village un vieux fort lugubre dominait de toutes ses tours ce petit vallon encastré au milieu de la forêt.

    Cette journée serait à jamais marquée par cette dramatique histoire que les vieux se racontent le soir auprès de l’âtre, afin de ne pas oublier l’existence de ces paysans qui ont façonnés ce paysage et donnés à cette région ses lettres de noblesse ; noblesse parfois plus belle que n’ont pu apporter ces riches seigneurs qui garantissaient de leur blason la prospérité et la grandeur de leur fief.

    Sous un soleil d’hiver, naissait le jeune seigneur de ce petit coin reculé. Son père, ambitieux, avait déjà tracé le chemin de sa vie. Un baron voisin, belliqueux, dont l’épouse était enceinte devait donner naissance à une fille. Son sorcier personnel le lui avait assuré. Donc les terres voisines tant convoitées depuis des générations, pourraient enfin lui appartenir par le simple geste d’un mariage. Ses pères devaient se retourner dans leur tombe ! Mais quelle belle revanche pour sa lignée…

     

    Les années passèrent donc, les saisons s’égrenèrent au rythme de l’apprentissage de ce jeune maître, Justin, qui ne savait pas encore  ce que lui réservait son avenir.

    En ce temps là, les enfants s’élevaient ensemble dans un château, personne ne leur prêtait attention tant qu’ils ne faisaient pas de bêtises. C’est à ce moment-là que le destin, décida de modifier l’avenir de Justin en lui présentant Isabeau. C’était la petite fille d’une jeune servante qui venait de prendre son service au château. Ses parents ne pouvant plus la nourrir, l’envoyèrent chercher du labeur avec sa petite fille. La cuisinière, grand cœur, et maîtresse femme, remarqua de suite que la jeune mère serait une très docile servante, elle leur trouva donc une petite pièce derrière la cuisine où elles pourraient établir leur chambre.

    Isabeau se mit à découvrir le château, en parcourant ses couloirs lugubres et froids. Le château qui avait rencontré de nombreux assauts avait tant bien que mal été reconstruit, ce qui lui donnait un air austère. Isabeau décida de traverser la cour pour aller aux écuries. Elle évita les flaques de boue pour ne pas salir ses sabots et les hommes d’arme qui s’entraînaient en attendant un prochain assaut ou une joute ! Les écuries étaient très sombres ce jour-là. Le soleil timide de mars ne laissait voir que les têtes des chevaux attendant qu’on les sorte. Elle les caressa les uns après les autres, sans peur. S’apprêtant à repartir vers les cuisines, elle rencontra Justin. Il venait chercher son cheval pour faire une promenade avec son précepteur. Leurs regards se croisèrent et sans un mot chacun continua sa route. Le destin avait gagné. De ce jour-là, une amitié forte se noua. Il ne se passa pas un jour sans qu’on ne les vit ensemble à jouer, à courir, à se poursuivre dans de grands éclats de rire. Les jours s’allongèrent et le soleil printanier donnait des airs de fête à ce triste château. L’arrivée du printemps fut saluée par une douce lumière, qui semblait se faufiler dans les moindres recoins afin d’apporter son halo jusque dans les interstices. Les enfants se bousculaient  et riaient à gorge déployée. Enfin les beaux jours revenaient et avec eux les senteurs des prochaines fêtes.

    Justin et Isabeau fidèles à leurs habitudes s’étaient retrouvés devant les écuries afin de définir de l’emploi du temps de cette belle journée. Les révisions pour Justin, les cours de cuisine pour Isabeau ; après le repas, la promenade à cheval pour Justin, les leçons de nature et c’est là qu’Isabeau le rejoignait afin de participer sagement au cours du précepteur. Ce dernier n’y voyant aucun outrage au contraire, avait accordé à Isabeau le droit de s’asseoir à terre afin de l’écouter mais derrière le banc pour que personne ne puisse se douter qu’elle apprenait à son tour les leçons. Les journées se passaient ainsi, inlassablement calmes et sereines, dans une torpeur douce où chacun sentait renaître des sentiments enfouis de bonheur et de joie. La fête du jeune maître apporta nombre de colporteurs qui donnaient les nouvelles du pays. Les femmes s’étaient parées de robes chatoyantes et les jeunes hommes vêtus de collants aux couleurs vives riaient et souriaient presque béatement aux jeunes filles qui minaudaient dans leur coin. Les troubadours entonnaient des chants mettant en avant les bravoures des jeunes seigneurs de contrées lointaines.  

    Ce soir là, Justin serait le seul maître de ces lieux ! tous les regards se portèrent sur lui. Toutes les jeunes damoiselles rougissaient quand elles croisaient son regard. Les danses s’enchaînaient à un rythme soutenu et Justin était heureux ! il ne vit pas Isabeau au fond de la salle en train de servir les seigneurs. Il n’avait d’yeux que pour Marie. Son père prévoyant avait invité son cher baron de voisin, ainsi que sa fille pour lier connaissance. Et le résultat fut au-dessus de ses espérances. Justin dévorait des yeux la jeune baronne, dont il est vrai que la beauté était inégalée dans cette assemblée. Marie avait tout de la grâce qu’il sied à une noble dame et ma foi, elle devrait faire une épouse avenante à son cher fils.

    Le destin est capricieux car il ne s’avoue jamais vaincu quand un obstacle modifie ses plans. Aussi, les semaines passèrent, les jeunes gens avec l’assentiment de leurs parents se fiancèrent en ce beau mois de juillet. Les festivités furent encore plus grandes car le baron très fier, décida que rien n’était trop beau pour sa fille. Des joutes furent organisées, on vint de tous les coins des baronnies et même de plus loin, pour assister à cette somptueuse fête. La nature joua son rôle aussi, car le temps se prêtait au bonheur. Les paysans étaient débordés, que de travail à fournir, que de préparations à faire. Les victuailles devaient couler comme à flot afin que personne ne manque de rien. Mais le cœur léger et dans l’allégresse les festivités débutèrent.

    Une personne cependant ne riait plus. Isabeau, s’était retirée dans les écuries avec ses amis les chevaux, ses seuls confidents dorénavant. Justin s’était détourné. Sa naissance le lui ordonnait, son coeur semblait se donner.

    Isabeau avait du travail ce jour-là. Tous les hommes d’arme devaient ne manquer de rien. Son travail consistait à s’en assurer. Elle vit arriver les uns après les autres tous les nobles que comptaient les environs et d’autres encore dont elle n’avait jamais entendu parler. Les troubadours, les musiciens attaquèrent le début des festivités. Les joutes débutèrent, suivies de repas pantagruéliques. Les bals s’ensuivirent rehaussés des couleurs chatoyantes des belles.

    Justin et Marie étaient magnifiques. L’amour s’emblait emplir ces fêtes et les fiançailles furent conclues. Deux jours et deux nuits s’ensuivirent de chants, de rire, de musique.

    Septembre arriva avec l’automne. Le temps très chaud de l’été avait laissé place un beau matin, aux premières chutes de feuilles. Tout le monde avait repris ses obligations. Justin apprenait ses devoirs de futur baron et n’apercevait que de loin Isabeau.

    C’est à ce moment-là que le destin joua son plus beau coup.

    Les orages se succédaient à présent, le froid devenait plus intense. Les charrettes de bois se pressaient afin de préparer l’hiver qu’on indiquait déjà comme long et rigoureux. Les anciens pressentaient qu’il serait si froid qu’il resterait sûrement dans les mémoires. Le destin leur prouva qu’ils auraient raison.

    En cette fin d’après-midi, Justin las des cours et morose décida d’aller rendre visite à sa jument. Entrant dans les écurires, il tombé nez à nez sur Isabeau. Le regard glacé qu’elle lui lança augmenta sa colère. De quel droit une simple servante regardait-elle son maître ! il la toisa à son tour de toute sa hargne et lui signifia méchamment qu’elle n’avait pas sa place en ce lieu. Blessée, mais résignée elle baissa la tête et s’éloigna. A ce moment, la jument de Justin poussa un hennissement si fort, si douloureux qu’ils se précipitèrent tous deux.

    Isabeau plus rapide entra la première dans le box. La jument alors s’effondra. Justin fou de douleurs se précipita. Elle respirait à grand bruit, on aurait dit une forge. Ses naseaux étaient trempés. Isabeau la caressa, s’allongea à ses côtés et murmura imperceptiblement à ses oreilles. Justin vit alors sa jument se détendre et gémir doucement, puis alors qu’Isabeau mettait ses bras autour de sa tête, ceux-ci touchèrent Justin. Ce fut comme une décharge électrique pour ce dernier. Il tomba à terre comme poussé. Son regard alla de sa jument à Isabeau. Que ce passait-il donc ? sa jument alors fit montre de se relever et dans son mouvement les rapprocha tous deux au fond du box. Un grand silence s’ensuivit puis Isabeau sans un regard vers Justin essaya de pousser la jument afin de sortir mais celle-ci ne bougea pas. Justin alors attrapa le bras d’Isabeau l’obligeant à se retourner et son regard fiché dans le sien indiqua tout ce que son cœur avait toujours tût. Le monde s’emblait s’être arrêté de tourner. L’arrivée d’un palefrenier mit fin à cet intense moment.

    Justin retrouva le sourire et bien que dorénavant il doive voir en cachette Isabeau, chacun des moments passés à ses côtés était un délice pour son cœur. Qu’il  fut délicieux cet automne, que ces couleurs dorés paraient la nature d’ors bruns, irisant la verdure de tons chauds se déclinant jusqu’aux ors lumineux… que la vie était donc douce dans ce coin reculé du pays. L’hiver prit ses quartiers sans crier gare, imitant l’automne. La neige épaisse était tombée durant la nuit, ouvrant un paysage idyllique au regard joyeux des bambins.

    Un grand chamboulement arriva, car les barons avaient convenu d’un commun accord de passer les fêtes de Noël ensemble. Justin et son père devaient préparer leurs bagages afin de se rendre chez leur voisin. Ce fut un moment de découragement pour Justin, car il prit conscience de son avenir. Son cœur ne penchait pas vers la raison, mais il savait que la raison l’emporterait…

    Cette nuit-là, sans un bruit il quitta le château en direction des écuries. Le lendemain son destin serait scellé. Il retrouva Isabeau, lui offrant son cœur et obligeant le destin à poursuivre sa route.

    Les fêtes passèrent bruyantes et somptueuses pour l’un, tristes et froides pour l’autre. Mais les cœurs à l’unisson bâtaient pour un amour perdu. Le destin pervers décida de se mêler encore de ce triste amour. On ne sait comment mais bientôt des commérages se firent entendre à propos du jeune maître et d’une servante. Le baron entra dans une fureur noire et exigea des aveux. Justin écartelé entre deux mondes décida dans un soudain élan de chevalerie de désigner sa bien-aimée et de laisser son titre. Le baron alors dans un ultime espoir de réussir ses desseins, envoya chercher Isabeau. La rencontre fut rapide, quelques témoins affirmèrent qu’Isabeau sortit en larmes, d’autres qu’elle fut fière et hautaine. Mais  tous convinrent  que l’homme à tout faire du comte l’accompagna. Ils disparurent du château à pied ce soir-là.

    Le vent soufflait en tempête, les arbres se bousculaient en criant. Isabeau emmitouflée s’évertuait à rester debout, tirant ses pieds de la lourde neige. Elle se dirigeait vers l’orée de la forêt, sans se retourner. Son paletot  était lourd, mais la hargne qui la tenait lui aurait fait escalader des montagnes. Son cœur meurtri gardait l’espoir de son secret, le souvenir que le destin avait bien voulu lui donner de ce bel amour.

    Le comte avait été clair, son départ était le seul choix qu’il lui autorisait. Justin était promit à un bel avenir, pour lui, pour son titre, pour ses gens, elle devait ne jamais le revoir. Son homme de main la suivait à distance s’assurant de son obéissance. Quand elle entra dans la forêt il resta inerte un certain temps. Soudain un cri poignant couvrit le fracas de la tempête. Un cri de bête, un cri de loup. Fouillant les alentours du regard, un frisson le parcourut. Le vent s’était tu. Un autre cri jailli, plus horrible que le premier. Dans un mouvement de panique il s’enfuit. Jamais la peur ne l’avait assailli à ce point.

    Justin découvrit au matin la vérité. Fou de douleurs sans un mot à quiconque, hagard il enfourcha sa jument et lui parla à l’oreille. Le galop effréné le mena à l’orée du bois, les traces encore visibles disparurent avec la densité des arbres. On dit qu’il hurla son nom durant des heures. Un silence s’ensuivit dans un froid si glacial que les gens se signant rentrèrent à l’abri. Alors de nouveau le cri d’un loup retentit ; long, long, profond comme un abîme.

    Le vent reprit soudain de toute sa fougue, les arbres s’entrechoquèrent comme des breloques. Le soleil apparût alors, rendant un semblant d’humanité à ce matin blême.

    Le destin avait gagné. Ses desseins avaient aboutis mais à quels desseins leur amour avait-il tendu ?

    Les vieux racontent cette histoire le soir au coin de l’âtre, quand les jeunes gens rient de leur jeunesse. Mais qui a dit que l’espoir n’était plus ?

    Certains colporteurs racontent qu’à l’autre bout de la forêt un étrange trio a traversé les campagnes. Les histoires diffèrent mais ceux qui les ont croisés dirent qu’un loup menait la marche, suivait une femme lourdement vêtue et à distance un homme sur un beau cheval. Le loup évitait les villages mais il les conduisait sans s’arrêter, sans un bruit. Mais ce qui frappa les esprits ce fut qu’à leur passage toute froideur, toute tempête cessait ; le calme des éléments semblait s’offrir à eux.

    Le destin aurait-il eu pitié… 

    la perle

    La perle

     

    Comme le soleil était encore bas sur l’horizon, Cinthia décida de faire une sortie. Le début des vacances s’annonçait prometteur si le temps se maintenait. Les copains devaient encore se prélasser au lit ! quel dommage pour eux ! elle profiterait toute seule de la plage.

     

    Le lagon était désert à cet heure. Tant mieux ! c’était le moment qu’elle préférait. La plage lui appartenait tout entière et il lui semblait alors que le monde était à ses pieds. Quelle nigaude je fais, à mon âge, me prendre encore pour une princesse ! mais que serait la vie sans les rêves ? ils rendent beau le laid, et aplanissent les difficultés.

     

    Allez hop, une petite tête dans l’eau pour bien se réveiller. Elle est très bonne. J’y resterais des heures entières. Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses… elle sera toujours là, la prochaine fois que je souhaiterai lui rendre visite.

     

    Le sable était déjà chaud, mais il était si doux sous mes doigts, que je le laissais caresser ma peau. Un lit de sable vous savez c’est très agréable quand il n’y a pas de cailloux… enfin, maman n’aime pas que j’en ramène, il s’infiltre partout et c’est très désagréable à nettoyer.

     

    Le soleil monte doucement et la chaleur avec lui, je me mets à l’abri d’un arbre pour éviter ses rougeurs. Je ne comprends pas comment on peut se laisser noircir pendant les heures les plus chaudes et les plus dangereuses, pour une simple histoire de mode.

     

    Ça y est, les gens arrivent. Fini la solitude. Dans une heure à peine, la plage sera noire de monde. Bon et bien moi, je rentre et cet après-midi, après la sieste j’irai me promener dans les sentiers pentus de la montagne.

     

    On ne respecte pas assez la nature. De nos jours, on s’imagine que tout est dû. Que tout est permis. Hélas la nature nous rappelle souvent à l’ordre. Je vais lui dire bonjours quand je le peux. La montagne est tranquille. Les sentiers sont sûrs. Après les grosses chaleurs il est plus aisé de flirter au gré des chemins qui se coupent. Les parcourir en tout sens même si je les connais par cœur, je m’émerveille toujours devant une plante, un paysage dont les nuances de couleur transforment la profondeur… un oiseau furtif et rapide qui passe au-dessus de moi ; des trous dans le sol indiquant des rongeurs…tout ceci aide à la contemplation, on a l’impression que le temps s’est arrêté juste pour nous.

     

    Mais le soleil baisse au firmament, il est temps de rentrer. Je n’ai rencontré aucun copain aujourd’hui. Ils ont dû aller à la plage cet après-midi.

     

    Les journées de vacances passent trop vite. Décidément à cette allure je n’aurai le temps que de ne rien faire

     

    Demain, excursion avec Rémy et sylvie. Il faut que je me couche tôt pour être en forme.

     

    Voilà, le sac à dos est prêt. Je pense ne rien avoir oublié. Déjà l’heure de partir. Allez hop, dehors ! brr.. il fait froid. Le soleil n’est pas encore levé. Ça y est, nous voilà partis tous les trois. La montagne est à nous pour la journée. Ce midi, nous mangerons au chalet, là-haut, à trois heures de marche. L’herbe est verte, les fleurs portent des coloris insoupçonnés dans le jour naissant. Quelques bruits indiquent que nous dérangeons les habitants de cet havre de paix.  Vous ne pouvez imaginer la palette de couleur qui défile sous nos yeux ! allez y faire un tour. Vous m’en direz des nouvelles… l’eau diminue dans les gourdes, les jambes commencent à se faire lourdes. Enfin, le chalet se profile à l’horizon, encore un peu d’effort et nous pourrons nous reposer et goûter un peu de repos bien mérité.

     

    Une dizaine de personnes nous reçoivent dans des bonjours chantant. Quelques étrangers avec de larges sourires, des habitués de la randonnée, et le gardien. De l’eau fraîche, pour l’instant c’est tout ce que nous voulons. Et un siège aussi, pour reposer nos jambes.

     

    Les discussions s’enchaînent comme de vieux amis, qui se retrouvent. On échange ses impressions, les chemins à emprunter pour aller dans telle ou telle direction. On mange, on rit. Que de convivialité, loin de tout, et surtout de l’effervescence de la ville.

     

    Il est temps de redescendre vers la civilisation. Le trajet ne sera pas plus court, il sera plus beau. Le chemin est plus escarpé, mais magnifique, car après les pâturages, la roche fait place à un lac, installé dans un creux, guère plus grand comment dire, on en fait le tour en cinq minutes, mais tellement transparent, tellement inerte qu’on n’ose y mettre les pieds de peur de le troubler.

     

    La ville dessine des volutes de fumée plus bas, on s’approche. Le soleil descend et le paysage se transforme. Déjà quelques maisons font leur apparition de part et d’autres ; la civilisation nous a rattrapé. Voilà, maintenant il faut nous séparer. C’était une super journée. On recommencera. On s’appelle.

     

    J’ai mal partout. Toutes mes articulations me font souffrir. Je reste au lit ce matin. Je ne veux rien faire. Une journée de perdue, tans pis. Je souffre trop. Demain je retournerai à la plage.

     

    Déjà trois jours. Les vacances sont presque finies. Je file à la plage, elle me manque. Oh non, tout se monde, j’ai horreur de ça. Bon et bien je vais faire un tour. J’ai repéré un petit chemin, qui ne semble pas être vieux. Peut-être une nouvelle construction qui se cache à l’abri des regards là-bas. Ah oui, je la vois au travers des arbres, elle se calfeutre. Aucune voiture ne peut emprunter ce sentier, je pense que les heureux propriétaires font régulièrement le tour de leur acquisition, je dois me faire discrète. Je ne voudrais pas être prise pour un raudeur.

     

    C’est vrai que l’endroit est fort beau et calme. C’est un cadre idéal pour cacher ses amours un très beau nid douillet loin des regards et des vicissitudes de la vie citadine. Un lieu où l’on aimerait être, où j’aimerais me terrer quand la vie s’affole, un cadre champêtre à la sortie d’une ville ; la campagne à la ville en somme… je les envie. Je leur souhaite de ce plaire et de ne surtout pas lâcher un site qui allie autant d’harmonie avec la nature. Dire que les gens rêvent de bétons, il est grand temps de se rappeler d’où on vient et de se rapprocher de cet environnement sans lequel nous ne pourrions pas vivre.

     

    Allez, il est temps de rentrer, assez de rêverie. Adieu perle champêtre, porte toi bien et veille à conserver ce cadre idyllique pour les générations futures.