sylvie's profileBLEU COEURPhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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ma dédicace Grande nouvelle pour tous ceux qui aiment mes histoires, je vais dédicacer mon premier livre "Bleu-coeur" le 8 mai 2009 de 15 h à 17 h à l'Espace Culturel Leclerc de Mont de Marsan (40). Venez nombreux me soutenir.... a+ bleu-coeurça y est, après quelques déboires, mon livre est enfin au catalogue des éditions le Manuscrit. le lien précédent n'étant plus bon, merci pour ceux qui seraient intéressés d'aller directement sur le site du Manuscrit. une histoire qui se termine bien, une autre qui ne va pas tarder à commencer... BLEU-COEUR Je vous invite à faire un tour du côté de l'Editeur 'LE MANUSCRIT' auprès duquel je viens de faire paraitre mon premier livre. A tous ceux qui ont aimé mes nouvelles, et partagé les sentiments qu'elles renferment. http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10816 Encore d'autres nouvelles à faire découvrir bientôt !... le jardin de rosesCette belle journée de printemps donnait envie de se promener. Le jardin était en train de s’éveiller d’un long hiver. J’allais donc y faire un tour pour voir les prouesses du printemps naissant. Tout d’abord je ne vis rien, puis en accordant un peu d’attention à ces herbes folles, je m’aperçu que de minuscules bourgeons essayaient de sortir afin de donner un habit de verdure à cette pauvre tige. Le printemps m’émerveillait toujours autant. Et pourtant, pourtant un an plus tôt, je ne lui accordais pas autant d’attention… L’hiver doux mourrant ne laissait pas présager un printemps pluvieux. Une vraie calamité pour les gens pressés comme moi d’être toujours impeccable au travail. Un parapluie greffé à la main m’énervait au plus haut point. Vous êtes-vous posé la question de savoir quoi en faire quel que soit l’endroit où vous vous rendez. Pénible non ! enfin, ces jours de pluie se suivaient et ne semblaient pas se finir. C’est attaché à mon parapluie qu’un jour, à la sortie d’un rendez-vous je fis sa rencontre. Je vous passe les détails plats et sans importance de notre rencontre, bref, nous nous plûmes d’emblée et après quelques semaines de rendez-vous, j’allais habiter chez lui quelques temps. Pourquoi quelques temps me direz-vous, tout simplement parce que je ne pouvais emmener mes poissons. Quelle banale histoire d’amour n’est-ce pas ? en êtes-vous sûrs ? Notre idylle naissante ressemblait déjà aux intempéries qui l’avaient vu naître. Après un printemps bien morose, l’été quoique beau et chaud, enfin, restait timide. Les vacances vinrent lentement et nous partirent comme bon nombre d’amoureux faire un tour à la campagne. Que de monde sur cette route interminable. Tout le monde a décidé de prendre ses congés en même temps. Ce qui est amusant, c’est que si vous prenez le temps de regarder les longues files de voitures et leurs occupants, vous verrez qu’ils se ressemblent tous. Pas dans leur apparence, bien sûr, mais dans leur similitude à avoir tous les enfants devant une vidéo, la plage arrière couverte de vêtements et de choses diverses, les vélos attachés à l’arrière et les mêmes mines renfrognées aux coups de freins intempestifs. Je m’amusais comme je pouvais mon compagnon n’aimant guère faire la cosette en conduisant. J’aurai dû prendre un livre, au moins ça m’aurait occupé. Le soleil amorçait sa course vers le couchant, quand nous arrivâmes au nid douillet tant espéré. Une charmante bâtisse, sertie dans un écrin de lierre, au débouché d’une allée champêtre, rien de tel pour vous remonter le moral. L’odeur de renfermé me prit soudain à la gorge, mais une bonne aération de quelques heures et il n’y paraîtrait plus. Défaire les valises, faire le lit, remplir le placard de la cuisine avec les boîtes de conserves en attendant d’aller faire le tour des commerçants locaux. Les joies des vacances en somme. La soirée fut morose, mon cher amour était crevé et de fait, il ne semblait plus vouloir faire le moindre effort. Tant pis pour moi, je me résignais donc à faire mes tristes labeurs du soir, table à débarrasser, vaisselle et rangement, rien de bien amusant. Enfin, au lit ! le meilleur moment de la journée. Les bras de Morphée ne tardèrent pas à venir me chercher. Toc, toc, toc, toc. Je me réveillai en sursaut, d’abord déboussolée, je me remémorais la journée de voyage et me rappelais être dans une chambre totalement inconnue. C’était quoi ce bruit ? plus rien, c’était sûrement un rêve. Au matin, le soleil me réveilla, laissant filtrer ses doux rayons au travers des volets. Mon amour était déjà levé, quelle surprise ! j’enfilais ma robe de chambre et descendit le rejoindre. Personne dans la cuisine, personne dans la salle de bain, où était-il donc passé ? je ne fus pas longue à le savoir, je le trouvais assis sur la terrasse, la tête dans les mains. Je compris alors que la nuit n’avait pas été bonne. Il fut d’une humeur massacrante. Jamais il ne m’avait parlé de la sorte. Je décidais donc de le laisser bouder et parti à la découverte de la charmante bourgade que nous avions traversé hier soir. Une bonne heure de marche à pied, rien de tel pour vous rappeler que la ville est un paradis avec ses transports en commun… jolie petite ville en fait, charmante, pleine de charme, de vieilles pierres rehaussées de lierre encadraient la place certes petite, mais agréable. A cette heure-là les gens sont discrets. Pas un chat dans la rue, tant pis, je vais visiter toute seule. Le tour fut rapide hormis la place centrale, la mairie et l’église, quelques maisons accolées les unes aux autres et le village se perdait au milieu des champs d’un côté, et à l’orée d’un bois du côté où nous habitions. Je ne croisais personne. Bizarre, je suis certaine pourtant que ces maisons étaient habitées. J’ai même entendu le rire de quelques enfants. Déconfite, je rentrais chez nous. La maison était vraiment majestueuse. Les massifs étaient entretenus avec goût. Tiens, je vais aller voir dans le dédale des allées si il n’y a pas une cabane de jardinier. Que de senteurs, de très belles fleurs dont j’ignorais le nom se succédaient. Quelle beauté ! et quel calme, je m’aperçu alors que seuls mes pas faisant crisser le gravier résonnaient à mes oreilles. Pas d’oiseaux ? c’est étrange dans une telle féerie de verdure. Soudain, au détour d’une petite allée, je découvris une pergola où courraient de magnifiques roses rouges carmin. Une odeur entêtante s’en dégageait. C’était un régal pour les yeux et les narines. Toc, toc, toc, toc. Je sursautais. Encore ce bruit de la nuit dernière. Je scrutais les alentours, rien. Un frisson me prit et je décidais de repartir vers la maison voir mon tendre amour. Quelle surprise de le trouver à la même place qu’à mon départ. Toujours d’aussi vilaine humeur. Il me sermonna pour l’avoir abandonné là, toute la journée. Il n’avait pas mangé. Quel toupet ! il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Cette fois-ci c’est moi qui m’énervait et partait me coucher sans plus attendre. Un bon livre dans la bibliothèque me servirait de somnifère. Il n’y avait que l’embarras du choix. Pour tous les goûts et tous les styles. Je m’arrêtais sur un livre léger, qui ne me donnerait pas de migraine. Le sommeil commençant à me gagner, je posais mon livre quand je m’aperçu que j’étais seule dans la chambre. Il était plus de onze heures du soir. Qu’est-ce qu’il faisait ? Tant pis pour lui, je ne lui courrais pas après. Je décidais de laisser sa table de nuit allumée et m’endormais. Une douce chaleur m’envahie, il faisait jour. Au pied du lit mon amour me fit signe de le suivre et nous descendîmes dans la salle à manger. Le jour transpirait par les volets clos. La chaleur devenait même étouffante. Il s’assit à la table et sans un mot me montra un plat rempli de mets appétissants. Il me fit signe de le lui amener et alors se mit à se bâfrer comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il se moquait de moi ! je fis demi-tour et m’apprêtais à sortir de la pièce quand je m’aperçu que la porte restait vainement fermée. Il se mit à rire, rire de plus en plus fort, à s’en tenir les côtes. Il me fit peur. Je décidais alors de sortir par la porte-fenêtre menant au jardin, et pris mes jambes à mon cou. Son rire me poursuivait, il semblait ne pas me lâcher. Je n’entendais que lui. Je me retrouvais soudain sous la pergola de roses. Toc, toc, toc, toc. Les buissons se mirent à remuer devant moi. Qu’est-ce que cela voulait dire ? son rire sembla soudain en jaillir. Je me mis à hurler et dans un geste de défense, jetant mes bras en avant comme pour le chasser, je m’égratignais la main. Aïe. Mon doigt laissa perler une goutte de sang qui alla s’écraser sur le sol. Elle y disparu. J’eu beau me baisser pour la chercher je ne la vis pas. Alors intriguée, je regardais la rose qui m’avait piquée, son épine était la plus grosse de la tige. La rose était magnifique, entrouverte, velouté. Je m’approchais pour la sentir. Quel dommage, sa beauté n’avait d’égal que son manque d’odeur, ou plutôt une odeur sournoise, qui ressemblait à l’odeur de renfermé qui m’avait prise lors de notre arrivée. J’entendis alors des piaillements. Ce silence troublant qui m’avait suivi toute la journée d’hier, avait laissé place à de joyeux bruits d’oiseaux. Etourdie, je reparti vers la maison en priant le ciel de ne pas rencontrer mon lunatique d’homme. Je le vis à la même place ou je l’avais laissé la veille au soir. La tête dans les mains. Il se moquait de moi. Après m’avoir donné la frousse de ma vie, je décidais donc de le sermonner vertement, et tapais même du plat de la main sur la table. Le spectacle qui m’apparut alors restera à jamais gravé dans ma mémoire. Que c’était-il passé ? je n’avais pourtant pas rêvé ? il était venu me chercher tout à l’heure ? il avait ri comme un dément… Là, dans la lumière troublante de cette belle journée naissante, au pied de cette vieille demeure, dans un gracieux mouvement, il s’écroula sur la table. Ses mains avaient lâchées sa tête qui était venue se coucher sur la table. Un voile vint se poser devant mes yeux. Une tête inconnue me fit un maigre sourire. Me relevant je vis du monde s’activer autour de moi. Un monsieur bienveillant me prit la main et me dit ce que je redoutais. Je ne pleurais pas. Je décidais de partir sur le champ et de quitter cette horrible bâtisse sur l’heure. Un gendarme m’emmena à l’hôtel de la place. Un bruit confus de paroles, de voiture entrait par la fenêtre ouverte. Qu’est-ce que j’allais faire. Je descendis prendre l’air. La veille la place qui était déserte, avait fait place à un brouhaha de fête. Les gens étaient heureux, gais. Mes pas me conduisirent à l’entrée de la petite église. Un frisson me parcourut quand j’y entrait. Pas âme qui vive. Pas un cierge n’était allumé. Les fleurs défraîchies semblaient avoir été oubliées. Quelle honte ! je ressorti outrée ! toc, toc, toc, toc. Toc, toc, toc, toc. Ce bruit me glaça le sang. J’accélérais le pas pour découvrir d’où il venait. J’entrais alors dans le petit cimetière du village. De belles tombes alignées se faisaient face. Là où les tombes plus simples étaient posées, le gardien nettoyait, à petits coups la mousse accumulée sur un nom. Il me regarda, passa un chiffon doux sur son travail et souriant, me laissa toute seule. Le froid m’envahit, car ce nom restauré avec tant de soin, je le reconnaissais ! Je partis immédiatement, ce jour-là. Je rentrais chez moi, dans l’indifférence totale, une crampe au creux de l’estomac. La vie repris son cours. Une année passa. Et je me retrouvais dans un merveilleux jardin, entouré de mes amis, de ma famille. Près de ces belles roses rouges à l’odeur si entêtante. Les bourgeons naissants laissaient présager de très beaux spécimens pour la saison. Mon père sera fier. Un tiraillement à la main, me ramena à la réalité. A l’endroit où l’épine m’avait piquée, un petit point noir avait vu le jour. Il me lança de nouveau. Je le regardais et découvrit qu’il avait grossi, comme gonflé. Je serrais fermement mon doigt pour faire taire la douleur. Aïe ! là au milieu du jardin, la petite goutte de sang jaillit de nouveau. Alors je sus qu’elle ferait partie de moi à tout jamais. C’est fou ce qu’une simple épine peut faire mal ! Mais j’aimerai toujours ces belles fleurs qui les portent comme autant de maux à la beauté de la vie. Le sauleC’était par une belle journée d’été. Le vent jouait dans les branches du saule, un léger bruissement laissait deviner le plaisir dont ils s’amusaient. Le vent était un vieil ami du saule, il le connaissait depuis des lustres et ne cessait de le taquiner gentiment. Le saule, quant à lui, faisait semblant d’être dérangé par le vent, mais en réalité il était heureux d’avoir quelqu’un avec qui s’épancher.
Les jeux duraient, duraient et ne semblaient pas devoir s’arrêter, mais ce jour-là, le saule fit une découverte sous son feuillage.
Tout petit, tout vert, mais déjà robuste, un petit d’arbre s’élançait du sol vers les hauteurs de ses branches. Comment ne l’avais-je pas vu ? Le printemps avait été très beau, le vent n’avait cessé de jouer… et bien il était là, plutôt joli à regarder et il faudra qu’il grandisse.
Cependant le saule devint anxieux car il trouva le jeune arbre un peu trop près de lui. Quelle était cette pousse, de quelle origine venait-elle ? Il ne cessait de s’inquiéter. Pensez donc, que diront les arbres voisins si mes racines s’enchevêtrent dans les siennes !
Il prit l’habitude alors, de le regarder, de lui parler tous les jours, afin de connaître son origine et de l’apprivoiser. Il voyait bien qu’il était timide, ses jeunes feuilles d’un vert tendre laissaient présager de belles branches. Mais voilà, le petit d’arbre n’osait parler.
Les jours se suivirent dans ce silence troublé par le vent qui lui s’amusait bien de voir son ami si inquiet et soudain si adulte devant cet embryon. Heureusement se dit le vent que je suis libre comme l’air. Trop de tracas n’est pas bon pour moi. Il faut que je respire et vole là où je veux !
Mais voilà qu’un beau matin d’automne, le vent qui jouait dans les branches du saule, n’en tira qu’un frisson accompagné d’une plainte. Qu’arrivait-il à son ami ? Il le secoua davantage essayant d’en tirer une réponse. Mais rien ne vint. Le vent ne se départit pas et décida d’élucider tout seul ce triste pleur.
Il pénétra sous les branches et compris bien trop vite ce qui avait chagriné son ami. Le petit d’arbre si beau, si majestueux, venait de se faner, en une nuit sans crier gare. Ses feuilles brillantes étaient désormais flétries et son tronc si blanc, paraissait usé.
Le saule et le vent se mirent à gémir pour ce petit qui n’avait pu grandir. Encore un dans cette forêt qui ne verra pas la lumière dit le saule. Et sa plainte langoureuse se fit plus forte. Il s’était attaché à ce petit et le regrettait déjà. Sa plainte se fit pleurs et ses pleurs firent taire les bruits de la forêt. Qu’arrivait-il au saule si majestueux, le voici tordu et rabougri, ses branches touchant le sol dans une complainte de pleurs. Ses congénères touchés par son deuil, que le vent leur apprit, lui firent une grande place au bord du ruisseau.
Ainsi le beau saule dans sa douleur ne donna naissance qu’à son nouveau surnom : le saule pleureur. Mais le respect que les anciens y mirent le rendit fier d’avoir traversé cette épreuve. Il décida de servir d’exemple aux autres arbres et de laisser aller au gré de l’eau son feuillage afin que tous sachent sa peine et la force qu’il mit à la combattre. Le vent son ami, le secouait encore mais les branches lourdes ne riaient plus.
Il trôna ainsi les pieds dans l’eau, ses branches touchant le sol et servit d’exemple aux petits monstres d’arbres qui osaient braver la sérénité des anciens. Triste histoire me direz-vous. Je ne crois pas. Car le saule pleureur sorti plus grand du drame qu’il traversa. Ce n’est pas son tronc qui grandit, mais son âme. Un souvenir se nourrit d’images, mais l’âme se nourrit d’amour. Qu’est-ce que la vie à part une éternité d’amour…
La TourLA TOUR
Les rêves dit-on sont une image inversée de notre réalité, de nos vies. Ils nous subjuguent par leur complexité, leur sens caché. Qui n’a pas souhaité connaitre la nature profonde d’un rêve. Qui n’a pas essayé au matin, de comprendre ce qui l’avait ému au milieu de la nuit ! Mais la réalité reprend vite le pas. Les jours se suivent, et bien souvent se ressemblent… Nos vies ne sont qu’une énumération de choses que l’on fait, que l’on veut et qui parfois se réalisent, mais pourtant elles ne sont pas toujours ce que l’on voudrait réellement ! Quiconque n’est pas d’accord avec ceci, n’est qu’un menteur avec lui-même… Je me rappelle de ce jour de mars où invitée chez des amis, en province je l’ai vu pour la première fois. Elle semblait immense, froide. Sa taille phénoménale, vue de la maison m’impressionna. Je sus plus tard, en la visitant que ce n’était qu’une vision, une impression d’optique comme l’on dit. C’était la première fois que j’étais invitée pour le week-end. Je connaissais bien mes amis mais ignorait qu’ils possédaient un aussi beau petit nid douillet au cœur de la campagne. Leur maison quoique petite sentait bon la chaleur humaine. La joie de vivre qui s’en dégageait laissait présager de beaux jours de gaietés et de rires. Le jardin ne ressemblait à rien, beaucoup d’herbes folles au milieu de vieux arbres rabougris, des fleurs poussaient ici et là et pourtant on s’y sentait en osmose. Rien de stressant, que du vert et un silence, comme on en rêve en ville alors que le bruit est omniprésent… La journée avait bien commencée, après avoir déposé la valise dans une petite chambre rose, ouvert les volets pour laisser passer les rayons du soleil et permettre à l’air ambiant de se disperser, cet air chargé d’humidité et qui sent ce qu’on appelle le renfermé ; qui n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources, à son enfance dans la vieille maison de famille quelque part à la campagne, on a tous connu ça ! La gaieté avait gagné tout le monde et c’est avec plaisir que le déjeuner fut préparé en commun. Des rires emplissent les vieux murs, des chants, quelques blagues s’égarent dans les pièces aérées. Un retour en cuisine pour la vaisselle à la main, s’il vous plait ! Que du bonheur dans un monde de brutes… On sert le café sur la table en pierre qui trône sur ce semblant de terrasse qui aurait besoin d’un bon nettoyage. L’air est doux, chaud, les senteurs légères de plantes donnaient envie de s’étaler là, par terre, et de pousser un petit somme, d’arrêter la marche du temps. Puis mes amis me font faire le tour du propriétaire. La maison était petite, mais le jardin immense. Le jardin, bien que laissé en friche les avait séduit par son coté abandonné, la surface était cachée par toute sorte d’arbres, ce qui obligeait à suivre les petits chemins et à découvrir ses trésors de verdure à chaque pas. Là, au bout d’un détour, elle se profila. Je ne l’avais pas remarquée encore et pourtant quand je la vis, je sus qu’il fallait que j’aille la visiter. Mes amis alors me racontèrent son histoire. Cette vieille tour, qui pourtant semblait encore solide, avait appartenue à un grand domaine qui comptait entre autre, la maison de chasse, qu’ils avaient achetée. A l’heure de sa splendeur, elle avait été bâtie pour cacher les créations d’un maître qui à l’époque, ne pouvait l’avouer. Le maitre du domaine, en effet, était fou de peinture mais sa place dans le grand monde de cette époque ne lui permettait pas de l’étaler au grand jour. Pour vous situer un peu le contexte de cette histoire, elle se passait à l’époque de la fin du règne de Napoléon III, où les déceptions du peuple se faisaient entendre… Mais je parle, je parle, et le temps s’écoule, la nuit tombe vite en cette saison. Je vous laisse pour ce soir. A demain si vous le voulez bien !
Le soleil est déjà haut ce jour-là dans le ciel. Le petit déjeuner m’ouvre l’appétit comme rarement il le fit. J’aurais pu avaler tout un repas. Cet air sain me va bien au teint me dit mon hôte. Cela fit rire tout le monde… Une bonne douche et hop me voilà prête à me promener à travers les allées sinueuses de cet havre de paix. Je ne sais pas comment, mais mes pas me mènent exactement là où je le voulais, au pied de la vieille tour. Le lierre majestueux monte jusqu’au faite, les vrilles sont vieilles et tordues, mais donnent un certain cachet à ses pierres. La porte en bois est superbe avec sa serrure en fer forgé. Plus de clef depuis longtemps, mais elle grince… Ah, oui ! ou en étais-je déjà… ce jeune homme de belle famille, donc, était un amoureux de la peinture. Son talent était excellent et ses toiles retraçaient les couleurs de son âme. Et dieu, quelle était pure… les couleurs chatoyantes se miraient dans des lacs plus bleus que le ciel, ou des paysages dont les senteurs semblaient vous accrocher rien qu’en les regardant. Une telle pureté dans la transparence de ces courbes, dans les couleurs irisées des toiles, bien qu’appelant les êtres à une belle sérénité, était aussi source de méchanceté. Quelques artistes de moindre qualité, il faut bien dire, n’apprécièrent pas de se voir passer au deuxième plan par cet homme inconnu et qui en plus, passait par un intermédiaire pour se faire exposer….un comble ! aussi, bientôt des rumeurs apparurent, faisant état de la mauvaise santé de cet artiste et du manque d’inspiration grandissante. Ces mesquins espéraient bien le voir réagir en se montrant, c’était mal connaitre notre artiste. Il fut fou de rage tout d’abord, mais sa condition lui interdisait formellement de se dévoiler. Aussi, après de nombreuses nuits à ruminer dans cet atelier qui était tout pour lui, il dut se résoudre à admettre qu’il ne pouvait plus exposer ses âmes, comme il aimait les appeler. Alors, ce fut le début d’une époque où ses émotions amplifièrent sa créativité et menèrent au firmament de son âme, son expression. J’entrais donc, et montais doucement ces marches qui, usées par le temps, n’en étaient pas moins majestueuses ; leurs craquements semblaient appeler au silence… chut, ne pas faire de bruit. Tout là-haut, la lourde porte de chêne crisse sous ses gonds. L’odeur de poussière envahit mes narines, j’ai envie d’éternuer… la lumière tamisée de la pièce me laisse deviner des ombres ici et là. Il faut que je revienne avec une lampe. Il faut trop sombre ici. Dommage, j’ai l’impression de sentir une odeur de peinture. Je reviendrais tout à l’heure. Je redescends, déçue ne n’avoir rien vu hormis une grande pièce noire. Mes amis m’interrogent sur ma mine déconfite, j’ai l’air de bouder. J’avoue que j’aimerai explorer cette tour qu’ils cachent au fond de leur jardin, alors bien que quelques sourires animent leur visage, mon amie me ramène une lampe torche et sans un mot me fait signe de repartir. J’ai soudain l’impression de me sentir comme une enfant à qui on donne une gâterie. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel bonheur. Ce jeune homme, donc, fou de douleur, se mit à créer, à créer, de plus en plus, jour et nuit. Il ne dormait plus que quelques heures, et encore, seulement quand il ne pouvait plus peindre, tombant littéralement de fatigue. Sa famille, commença à s’inquiéter, il ne paraissait plus nulle part, on le réclamait, en vain. Il refusait de sortir de sa tour et peignait, peignait sans cesse. Ses toiles s’entassaient partout autour de lui, il les stocka bientôt dans l’escalier. Sa santé mentale commença à inquiéter ses proches qui lui envoyèrent le médecin. Mais à leur grande surprise, ce dernier indiqua qu’il était sain d’esprit mais fou de désespoir de ne pas pouvoir exposer ses peintures au grand jour. Sa famille alors le pris pour un exubérant et décida de le laisser avec sa création, coupé du monde. Me revoilà montant les marches plus lentement encore que tout à l’heure. J’entre. La pièce est toujours aussi sombre. J’allume ma lampe. Quelle déception ! quelle idiote, tu croyais vraiment trouver ici des toiles magnifiques après ces décennies. Voyons, réveille-toi, il y a longtemps que tout a disparu… j’inspecte les alentours de cette grande pièce, elle semble pourtant habitée, bien que vide, je ne sais pas comment expliquer cela. Je le sens. Des tâches brunes apparaissent sur ces pierres, je suis sûre que c’est de la peinture sombre. Il y en a partout tout autour de la pièce. L’odeur aussi s’est modifiée, un mélange d’humidité et de senteur forte, traine ici. Le silence est complet. Pourtant les fenêtres ont disparues depuis longtemps. C’est étrange en effet, je ne m’en étais pas encore aperçu… un frisson m’envahi, j’ai froid soudain. Mon cœur s’accélère, je panique. Qu’est-ce qui m’arrive ? j’ai peur… une peur sournoise, soudaine qui me dit de partir, de fuir, qui m’oppresse. Je pars en courant, tant pis si je fais du bruit. Je m’affole. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Je reprends le petit chemin et cours jusqu’à la maison. Après s’être isolé du monde, ce jeune artiste crée encore et toujours. Il touche à la perfection. Mais personne ne le sait. Personne ne peut admirer ses œuvres. Ces beautés sont à jamais bannit aux yeux des hommes, de ces imbéciles qui croient tout savoir. Il dort peu, il ne mange presque plus. Et voilà qu’un jour, un de ces jours de printemps où les senteurs embaument l’air, un de ces jours où les rayons de soleil semblent donner vie à la nature, où les feuilles des arbres font entendre leur doux murmure sous la musique du vent, il s’en est allé. Je reprends mon souffle. Quelle idiote, ce silence m’a fait peur, je ne suis plus une enfant ! je ne vais pas paraître dans cet état devant mes hôtes, on dirait une hystérique, vraiment quelle bêtise… cette histoire m’a bouleversée. Je savais qu’on pouvait mourir d’amour, ou de désespoir, mais pas d’extase. Ce jour-là, on le chercha en vain. Rien à faire. Tout le monde s’y mit, au bout d’une semaine, de désespoir on le considéra disparu. Personne alentour ne l’avait aperçu. Sa famille annonça une récompense à qui pourrait donner des informations pour le retrouver. Personne ne la toucha. Ses toiles furent enlevées et placées dans un coffre-fort dit-on afin de lui revenir s’il se montrait. Les experts qui les virent firent courir le bruit qu’une telle beauté de créativité ferait la fortune de la famille pour des centaines d’années. Mais celle-ci meurtrie, et honteuse de n’avoir pas compris plus tôt cette âme pure en décida autrement. On dit qu’à ce jour elles dorment toujours quelque part dans les tréfonds d’une banque et qu’aucun membre de cet auguste famille ne trahira ce pacte. Et ce bel inconnu, ce pur dessein de la nature, me direz-vous ? qu’en pensez-vous ? a-t-il rejoint ses toiles, ou bien est-il parti s’enterrer dans un pays lointain ? Je pense que son âme dans l’apothéose de sa création, en pleine extase lui a enfin permis de toucher son but. Après avoir transcrit ses émois, année après année, il s’en est allé, dans la plénitude du travail achevé. Si un jour vous retrouvez ses toiles, n’oubliez pas de le saluer car je crois qu’ils sont désormais ensembles, dans ces images de la vie qui décrivent son moi et développent ses sens… pensez-y !
Le livreLe livre.
La petite Marie aimait beaucoup lire. Depuis qu’enfin, la lecture s’était révélée à elle, ce n’était que découverte et délectation… Elle y passait des heures et si elle avait pu, des nuits entières à découvrir ce que renfermaient tous les livres de la maison. Bien sûr, papa et maman surveillaient. Il lui fallait bien ses heures de sommeil quand même. Alors déçue, elle s’endormait en rêvant à des montagnes de livres…
Les années passèrent ainsi. Marie grandissait entre ses livres, ses parents et ses camarades. Un jour, alors qu’elle furetait dans la bibliothèque de l’université, elle tomba sur un livre ancien. Sa couverture de cuir était tellement usée que par endroit le tan était parti. Le côté de ses pages quoique jauni laissait voir un ancien doré, aussi usé que la couverture. Aucun nom n’était inscrit sur la tranche. Quand elle l’ouvrit, le bruit des pages se mit à murmurer un son inaudible. Elle mit cela sur le fait que sûrement plusieurs décennies s’étaient écoulées depuis la dernière fois où il avait été lu. Le titre ne lui dit rien. Mais par curiosité, elle décida de le prendre et alla le faire inscrire en sortie. La bibliothécaire fut surprise. Elle lui dit qu’il n’était inscrit nul part et que par conséquent il n’appartenait pas à la bibliothèque. Il avait du être oublié là par un étudiant. Surprise et ravie de sa découverte, Marie décida de le lire dès qu’elle serait chez elle. Elle du patienter car ses parents recevaient de vieux amis. Elle ne pouvait penser à rien d’autre qu’à ce livre. C’était étrange. Il lui semblait que tel un amoureux, il l’appelait dans ses pensées. Tu dérailles ma petite fille se dit-elle. Un livre n’appelle pas. Elle ne pu pourtant pas penser à autre chose de la soirée. Enfin, elle l’ouvrit.
Les caractères étaient anciens, ils lui semblaient même être du vieux français par la forme de certaines lettres. C’est étrange qu’un si vieux livre ait été oublié ? Il doit valoir cher, et pourquoi dans une bibliothèque aussi peu fréquentée ?! Malgré l’heure tardive, elle décida de commencer sa lecture.
Le lendemain matin, sa mère fut surprise de voir que Marie n’avait pas touché à son petit déjeuner. Elle alla frapper à sa porte, mais personne ne répondit. Voulant entrer, elle fut surprise de constater que Marie s’était enfermée à clé. Comme cette dernière ne répondait toujours pas, son père menaça de démonter la serrure. Rien n’y fit. Alors il s’exécuta.
Quand ils entrèrent dans sa chambre, Marie lisait toujours. Pas un de ses sourcils ou de ses muscles ne bougea. Son père se résolut alors à lui arracher son livre. Le regard qu’elle porta sur eux était si émerveillé et si triste qu’ils s’en effrayèrent. Comme sortie d’un songe, Marie sembla s’éveiller. Elle comprit alors que la nuit durant et ce, jusqu’à ce que ses parents l’en délivre, elle avait été sous la dépendance de ce livre. Rien, hormis la dernière page n’aurait pu la faire bouger. Mon dieu, se dit-elle, il est si dur à lire que j’en aurai eu encore pour plusieurs jours… Par curiosité et peut-être par réflexe, son père ouvrit le livre. Bondissant de son lit, Marie le lui prit et l’enfermant dans un sac, elle fit jurer à sa mère d’aller le jeter loin là-bas, au bout du jardin, dans la rivière. Son père lui dit qu’un livre aussi ancien devait bien se vendre. Mais ce qu’elle lui dit alors le dissuada d’insister. « Papa, tu sais que la lecture est pour moi ce qu’il y a de plus beau dans ce monde. La richesse qu’elle m’apporte vaut plus à mes yeux que n’importe quoi. Mais ce livre vois-tu, m’a fait comprendre que l’existence est plus belle encore… »
Sur ces mots, et poussant sa mère, elle la suivit pour que ce livre si beau soit-il, ne puisse plus être lu. Quand ce fut fait, un large sourire embellit son visage. La vie est si belle ! Aucun livre ne vaut de l’oublier. Sur la route poussiéreuseSur la route poussiéreuse.
Sur la route poussiéreuse, les cailloux roulaient sous les pas des chevaux. La carriole brinqueballait de ci de là, au rythme des chevaux. Le silence emplissait l’air laissant place par moment aux gais gazouillis des oiseaux, au vol des insectes et au sifflement du vent. Une belle journée en somme. Le village que nous avions quitté depuis plus de trois heures déjà me manquait. Le paysage quoique bucolique commençait à m’énerver. Rien ni personne à perte de vue. La nature dans toute sa splendeur ne remplaçait pas les êtres faits de chair et de sang. La forêt se rapprochait et avec elle la fraîcheur des sous-bois. Enfin un petit arrêt bien mérité pour se dégourdir les jambes. Un petit ruisseau attira mon oreille. Les chevaux heureux de pouvoir boire tout leur saoul, me permirent de m’allonger sous le bruissement des feuilles et les senteurs entêtantes de dame nature.
Le bruit d’une branche cassée me fit sursauter. Puis une autre encore. Je restais figé sans bouger afin de voir qui pouvait bien venir me rendre visite dans cette immense forêt. Plusieurs chemins en amont s’étalaient en étoile. J’avais opté pour le plus petit, délaissant les routes empruntées. Je me levais d’un bond et montant dans la carriole attrapait un beau gourdin que je cachais sous les tissus. Plus un bruit. Rien. Décidément mes oreilles me jouaient-elles des tours. Déjà au village, un soir, il m’avait semblé deviner la forme d’un personnage caché à l’extrémité du cabaret ou j’étais descendu. Cela n’avait duré qu’une seconde mais je m’en rappelais encore ! Les chevaux avaient finis de s’abreuver. Il était temps de les atteler et de quitter ce lieu soudain trop calme à mon sens. Ca y est ! nous y sommes ! un dernier tour de regard pour m’assurer n’avoir rien oublié et en avant… soudain, je me fige. Là devant moi, dans l’obscurité des arbres, une forme humaine se dessine. Je jurerais que c’est la même que l’autre soir. Les chevaux ne semblent pas nerveux pourtant je suis sûr qu’ils l’ont senti. Deux pas en avant le voici soudain découvert par le soleil. Ma respiration semble s’être coupée. Le personnage n’est autre qu’une très jeune fille, si blanche qu’elle en semble presque irréelle. Sa robe immaculée ne fournit aucun bruit sous ses pas. Elle s’est arrêtée et ses yeux profonds me sondent. Le vent joue avec ses boucles blondes. Mon cœur soudain semble se réveiller, alors que son regard si beau, si mélancolique ne me lâche pas. Combien de temps sommes-nous restés ainsi ! je ne saurais le dire. Cela me parut une éternité ou une seconde… le temps s’était peut-être arrêté dans la mesure de nos regards… seule la nature emplissait l’air de son chant. Soudain, sans que j’en donne l’ordre, les chevaux partirent au pas. Il me sembla ressentir un grand trouble, une peur de lâcher prise. Ce regard magnifique me suivait toujours, mais pour combien de temps encore, le chemin était sinueux. J’essayais d’attraper les rênes désespérément pour arrêter les chevaux, sans pour autant la perdre de vue. Un fil de soie aussi mince n’aurait pas fait mieux ; sa dureté n’avait d’égal que sa longueur au bout duquel le vide attendait. Telle fut la sensation à l’issue du dernier virage où nos regards de perdirent. J’arrêtais enfin les chevaux et sautant de la carriole je courus en arrière pour la revoir encore une fois et peut-être l’aborder. Quelle étrange sensation quand revenant sur le lieu de cet émoi, je ne la trouvais plus. J’eu beau courir et tourner, chercher des traces de sa venue, rien. Le soleil commençait à vouloir se coucher quand je reparti la tête basse et le cœur lourd de sa disparition. Cette belle apparition m’avait rempli de joie et de bonheur. Cette belle muse ne ressemblait à aucune des femmes que je fréquentais d’habitude et pourtant il me semblait la connaître. Nos âmes s’étaient touchées une fraction de seconde et la béatitude dans laquelle je me trouvais me réaffirma dans le fait de continuer ma route et de festoyer à la prochaine auberge. Le poids de mon existence s’en était allé. Je venais de tourner une page et j’étais certain que mon avenir serait serein. Les années ont passées depuis cette apparition. Jamais je ne sus son nom et pourtant son image m’accompagne chaque fois que je doute, où que le désespoir m’étreint. Muse ou sylphide, les légendes sont nombreuses dans le cœur des forêts. Mais je suis sûr qu’elle était humaine, que notre rencontre fut fortuite et belle. Secrètement j’envie l’homme qu’elle épousera car je sais détenir la clef de son âme, elle me l’a donnée ce jour là, au détour d’un chemin. Belle inconnue tu fus un rayon dans l’obscurité de mon existence.
L'ARBREL’arbre.
Il était là, droit, fier de montrer ses ramages par cette belle journée de printemps. Ces congénères le regardaient ; lui si petit et déjà si grand ! Il semble pourtant n’avoir pris racines que depuis peu… enfin, les années passent si vite ! Bientôt sa stature s’apparentera à la nôtre alors que son âge le relègue au rang de môme. Quel étrange vent nous a joué un tour si pendable en nous ramenant d’on ne sais où cette graine étrange. Il faudra lui rappeler que le plus vieux de tous, ici, décide.
Les années se suivent, comme les saisons. Les feuilles se succèdent. Tous les coloris parent cette magnifique forêt. Les tons les plus chauds s’étalent gracieusement le long des haies. Et comme pour donner du relief, la verdure à son tour montre ses verts les plus profonds.
Hélas, cette senteur d’humus, de terre et de sève, se met à apporter aussi des étrangers. Ils sont bizarres ! Ils se promènent seuls ou accompagnés de leurs jeunes pousses hurlantes ; Certains décident de s’installer quelques heures afin de s’occuper, ils mangent, boivent, laissent parfois traîner des choses qu’ils appellent détritus et qui souillent notre beau sol.
Combien de temps c’est écoulé depuis le premier étranger ! Seul le vieux le sait… notre horizon c’est modifié hélas ! La verdure a fait place à d’immenses blocs de pierre qu’on appelle immeubles. Notre bonne odeur a disparue, mais remplacée par cette senteur forte de gaz qui nous nourrit pourtant…
Les plus anciens d’entre nous ont été sacrifiés à l’harmonie du terrain. Abattus un beau jour pour laisser place à un chemin, un parterre de fleurs, un banc et que sais-je encore.
Mais là, au milieu de cette clairière, droit et fier, un jeune arbre se dresse. Son feuillage est vert vif. Son tronc, droit, ne laisse place à aucune branche avant le faîte. Il se tient seul, comme un roi ; On dirait que la forêt lui fait honneur en l’entourant. Il trône enfin après bien des années, comme le maître absolu. Quelle fierté ! Mais quels regrets aussi ; car sa place lui a valu l’éloignement de ces congénères, la disparition de quelques uns et l’hostilité de beaucoup.
Il est loin le temps de l’immensité de cette belle verdure. De ces arbres gigantesques qui se défiaient sans cesse, au gré des tempêtes. Il est loin le temps où ce petit arbrisseau venu d’on ne sais où a pris racines. Il est loin le temps où chahuté par les grands, digne, il a poussé. Maintenant, accusant son âge, il résiste toujours, mais quoique magnifique en cette fin d’automne, il regrette encore sa solitude. COULEUR NUITCouleur nuit.
Cela c’est passé il y a fort longtemps. En des temps si reculés que personne ne se souvient ni de l’époque, ni de l’âge des personnages. En fait, cette histoire ne commence pas par, ‘il était une fois’, mais par :
Le matin se levait. Une brume matinale était installée et tardait à s’estomper. Les prés étaient chargés de gouttelettes, et bien qu’aucune pluie ne fût tombée depuis plusieurs semaines, la rosée ravivait les couleurs de la nature. La forêt dense, laissait s’échapper des senteurs de plantes si délicieuses, que les enfants aimaient se frotter aux broussailles qui en interdisaient l’entrée, rien que pour les humer. Le plus dégourdi de tous, était un petit garçon d’une dizaine d’années. Ses cheveux aussi noirs que de l’ébène lui donnait un air si sévère, qu’aucun de ses camarades ne lui disputaient la place de meneur. Ce jour-là, il décida d’entrer dans la forêt. Tous se récrièrent. De si lourds secrets l’entouraient que pour rien au monde, un seul voulut y mettre le pied. Alors, peut-être pour ne pas perdre la face, il y entra.
Une ribambelle d’enfants tous hurlants plus les uns que les autres, se déversa dans le village. Qu’elle ne fut la surprise des parents en entendant leur récit. Ils décidèrent alors, armés de tout ce qu’ils pouvaient prendre, de le récupérer.
Une chasse étrange se fit. Se suivant, respirant à peine et sans un bruit, ils se mirent à suivre la trace du garçon. Mais la forêt épaisse, n’aima pas être dérangée. Les taillis, les arbres, les souches se firent de plus en plus menaçants. Le feuillage, tellement épais ne laissait presque plus passer la lumière. Alors, commençant à désespérer, les parents se mirent à crier le nom de l’enfant. Rien ne leur répondit. Las de crier, et voyant le jour avancer, ils rebroussèrent chemin la tête basse. De ce jour, une sentinelle garda l’entrée de la forêt. Les jours passèrent. La vie reprenait dans le village. Tous les enfants avaient été mis en garde de ne point jouer autour de la forêt. La disparition de leur camarade les avait tellement effrayée qu’aucun ne voulu tenter d’exploit. Un matin, la sentinelle courut au village avec une mine défaite. Devant tous il raconta ce qu’il venait de voir. Il s’était assoupi, certes, mais le bruit d’un pas le fit sursauter. Regardant par où le bruit arrivait, il vit, dans l’obscurité du sous-bois, une silhouette étrange. Elle ne bougeait pas. Elle le regardait. Puis, d’un coup, elle s’enfuit dans la forêt en poussant un cri qui le glaça. Etait-ce l’enfant égaré ? Il ne put rien dire d’autre. Les semaines passèrent sans aucun autre signe. Puis vint le jour de la fête du village. Tous les préparatifs étaient finis. Les villageois s’étaient rassemblés comme de coutume, autour de leur chef, quand tout à coup, un étrange cri les fit taire. Les senteurs de la forêt se firent plus fortes, apportées par une brise glaciale. De nouveau le cri retentit. Tous se regardèrent. Le chef alors, partit vers les bois. Hésitants, tous le suivirent. Alors, devant eux, un spectacle étrange se déroula. Dans la pénombre du sous-bois, une silhouette, dansait. Nul ne pu dire sa taille, ou si même s’était un être humain. Mai tous furent d’accord qu’elle dansait. Elle s’accompagnait d’un cri étrange, moitié rire, moitié pleurs. Mais jamais elle ne sortit du bois. Puis fixant les villageois, dans un dernier cri, elle disparut. On dit que la forêt sembla comme morte après. Plus un seul son n’en sortit ce jour là. Les villageois se mirent à raconter cette histoire à leurs enfants pour qu’ils comprennent l’obéissance. Au fil des temps l’étrange silhouette dans la pénombre empêcha nombre de bambins de se croire invincibles. On dit que quelques fois, le matin, quand la brume n’est pas encore levée, un coin de la forêt garde un peu de la nuit qu’elle ne veut pas quitter. Un étrange cri alors, accompagne le piaillement des oiseaux.
C’est triste me direz-vous ! Oui, mais le destin est ainsi. Il est tracé mais c’est à nous de décider du chemin à suivre. Qu’il mène au jour où à la nuit, nous choisissons notre sort. L'escalierL’escalier.
Dans le jour naissant, une silhouette se glissait furtivement. Elle longeait les maisons sans un bruit. Puis, au bout d’un trottoir, plus personne… Cette silhouette s’appelait Valérie. C’était un petit rat. Du moins elle y aspirait du plus profond de son âme. Son travail était long et fastidieux. Les exercices toujours plus difficiles et répétés sans cesse ne la dissuadaient en rien d’arrêter. Alors, jour après jour, elle travaillait.
Ses parents en étaient fiers. Tout le quartier la regardait rentrer, lasse, fatiguée, mais tellement heureuse ! les années passaient ainsi, toujours identiques. L’école suivait la danse, la danse suivait l’école. Les études la lassait mais il fallait bien apprendre. De plus, elle savait que si un jour elle était admise dans la plus grande école de Paris, il lui fallait avoir de bonnes notes.
Et vint le concours d’entrée. Elle avait le trac. Cette énorme boule au creux de l’estomac et cette horrible envie de vomir ! mais il fallait qu’elle en fasse abstraction et qu’elle donne le meilleur d’elle. Elle le devait pour son avenir, et pour ses parents… L’attente lui parut interminable et enfin, les résultats furent donnés. Elle était reçue. Certes, sa place n’était pas très bonne, mais enfin, elle entrait dans l’antre de la lumière.
Ses parents ne se sentaient plus de bonheur. Leur fille entrait à l’Opéra. Elle accédait au grade si envié de petit rat. Certes, elle devrait travailler, et encore travailler, mais ils savaient qu’elle y arriverait, car tel était son rêve !
Les années se suivirent. Les études le matin, les cours de danse l’après-midi. Inexorablement le temps filait. Et Valérie dansait… les concours se suivaient, plus durs les uns que les autres et elle les passait fièrement. Paris était devenu son lieu de vie. Elle s’y promenait rarement car les vacances étaient réservés à la danse. Les répétitions des spectacles se superposaient avec les cours. Elle pleurait parfois, le soir, dans l’obscurité de sa chambre, mais sa vie était tellement pleine de bonheur que pour rien au monde elle ne l’aurait échangé. Non, elle n’enviait pas ses anciennes camarades de l’école. Leur train-train ne lui disait rien. Certes, elles rentraient le soir chez elles. Elles déjeunaient avec leurs famille, mais bon leur vie lui semblait bien étriquée, au regard de la sienne.
Et puis un jours, elle dut passer « le concours ». celui pour lequel tous les danseurs avait travaillés si durs. Celui qui amenait la consécration. Celui qui apportait le rêve le plus répandu à l’école, celui de l’Etoile. Elle savait qu’elle devrait donner ses tripes ce jour-là. Et surtout qu’elle devait gagner. Elle était la meilleure. Elle en était sûre.
Les auditions commencèrent de bonne heure. Ils défilèrent tous. L’attente serait longue. Entre copains de cours, on se remontait le moral. Il fallait s’épauler, ne pas flancher. Garçons ou filles, on se félicitait des prestations de danse. Et puis, le jury statuerait…
Il était là, imposant, immense ; ses dorures lui donnait un air si majestueux qu’on ne pouvait pas l’ignorer. Le monter, d’un air détaché paraissait si « petit » presque mal élevé. Sa prestance disait la gloire qu’il permettait d’atteindre. Cet escalier si merveilleux, si mythique méritait le respect. Le monter alors qu’on est au sommet était le rêve secret de Valérie. Elle s’imaginait applaudie, au faite de la gloire, toute auréolée du titre suprême. Mais comme tous, elle dut attendre le résultat des délibérations.
Ils entrèrent dans la salle, frissonnants. Le regard sûr pour certains, désespérés pour d’autres. Et puis, les noms tombèrent, comme des couperets. Les respirations se faisaient haletantes ; les pouls s’accéléraient. Et toujours les noms tombaient. Valérie se redressait, attendant le moment libératoire. Son nom n’était pas donné. Alors l’espoir l’envahie. Les derniers noms étaient les plus attendus. Ils n’étaient plus que quatre. Elle serrait les poings.
Et puis tout à coup, un brouillard lui cacha la lumière, une étrange sensation de pesanteur monta inexorablement dans ses muscles. Le brouhaha de la salle s’éteignit. Il lui semblait nager dans de la ouate. Elle fut secouer rudement par un camarade. Elle regarda hagard, les regards envieux, et alla chercher son trophée. Son sourire léger ne la quitta pas quand, traversant le grand hall, elle se tourna vers le grand escalier. Elle monta en pensée toutes ses marches, lentement, goûtant cette nouvelle expérience.
Tant d’années,
de sacrifices, de veilles et de larmes, pour accéder à ce gigantesque escalier,
ce monument d’architecture si convoité. L’attente était finie. Elle le
monterait désormais, la tête haute, et le regard désabusé. maintenant, elle
savait que sa prestance était à elle, et que sa dernière marche si douce, si
usée par le temps et les pas venait de lui échapper. Une toute petite marche,
presque un saut de puce ! le firmament l’attendait, le monde la
demanderait, mais son si beau rêve s’écroulait, là, au pied de cet escalier de
marbre. Elle brillerait, certes, mais jamais n’atteindrait la lumière des
étoiles… LA CAVELa cave.
Il faisait très froid ce jour-là. Le temps maussade d’hiver ne prêtait pas à la bonne humeur. Les passants se hâtaient sans se soucier de l’horrible destin qui se jouait sous leurs yeux. Une chanson, lancinante, comme une petite voix, se faisait entendre…
Que de temps, que de jours, Rien ne se voit, rien ne se dit, Tout est là, sous nos yeux, Pauvres de nous, Le silence tel un monstre S’insinue partout.
Que de temps, que de jours, Rien ne se voit, rien ne se dit, Et pourtant pour toujours Le destin est scellé Dans la pénombre humide De cette cave.
Que de temps, que de jours, Rien ne se voit, rien ne se dit, Elle est là, inerte Presque palpable pourtant Elle revêt son manteau Celle que l’on nomme Peur.
Qu’est-ce dont ? une terrible chanson. D’où vient-elle ? nul ne sait et pourtant elle se fait mélopée dans la rue ; elle s’entend dans les esprits et semble coller à cette journée humide, froide et morne…
Il paraît qu’un jour, il y a très longtemps. Un jour où les voitures n’existaient pas encore, un architecte construisit quelque part en ville, des maisons pour complaire au maire. Hélas, sa jeunesse lui apportant peu de connétables, il dut se résoudre à suivre les plans d’extension de la mairie. Le maire en effet, voulant plus de monde décida d’étendre ses plans par delà la rivière. Un pont fut construit vers l’autre rive. Des matériaux furent acheminés pour édifier ce nouveau quartier, plus grand, plus spacieux et plus riche que ceux existants déjà. Le maire avait des vues hydilliques il voulait une ville démesurée et surtout très prisée. Où la vie serait facile et sans problèmes. Un rêve, quoi. Pas de pauvres, ni de travailleurs. Les usines seraient aux portes de la ville, toutes les rues seraient pavées…
Hélas, quand l’architecte commença ses édifices, d’étranges éboulements eurent lieu la nuit. Après de nombreuses recherches, il s’avéra que le terrain était glaiseux. Aussi, il fallut creuser, étayer et renforcer les fondations. Cela dura bien évidemment plus longtemps et augmenta le prix des immeubles. La mairie dut faire des sacrifices pour attirer les connétables à s’installer dans ce quartier huppé, à l’abri des affres de la vie.
L’époque étant troublée, les demandes affluèrent. Tout fut vendu en un temps record. Le maire se frotta les mains. Les impôts seraient exceptionnels cette année. Les gens s’installèrent. Les mois passèrent, la population grandissante était heureuse de vivre. La ville était connue pour son contexte de tranquillité et de bon ordre. Mais un jour d’hiver, un événement important vint bousculer ce paysage. Alors que tout le monde dormait profondément, un énorme vacarme suivit d’un séisme, réveilla toute la ville. Même les quartiers défavorisés, aux portes de la ville s’éveillèrent en sursaut. Les habitants sortirent en hâte et s’interrogèrent. Mais l’horreur était là, au centre du quartier neuf.
Un édifice entier s’était écroulé comme un château de cartes. Les secours se hâtèrent mais en vain. Hormis des gravats, rien ne put sortir de cet enchevêtrement de pierre et de bois. Que s’était-il passé ? des jours durant des volontaires aidèrent les secours à dégager les lieux. Rien. Personne ne put sortir de cette vision d’horreur. Pas un être, pas même un animal ne fut trouvé. Pourtant les malheureux ne retournèrent jamais à leurs activités… alors, pourquoi aucun cadavre ne put être extrait. Mais ce qui fit encore plus peur aux habitants des environs, c’est qu’aucune odeur n’apparut. Pas même celle de la poussière, et pourtant les bâtiments étaient en pierres…. Alors bientôt une rumeur se fit. La côte ne voulait personne en son centre. Ce qui autrefois était un bois, demeurait vierge de toute construction. Quand enfin, tous les gravats furent dégagés, l’architecte et les ouvriers eurent la surprise de voir que le sol était lisse. Pas d’étais, ni de mur, mi même de cave. Et pourtant elle était bien là, construite comme tous ses semblables, sous l’immeuble. Qu’est-ce que cela voulait dire ? des géomètres furent nommés pour comprendre ce phénomène. Leurs rapports affirmèrent que rien jamais n’avait été construit pour soutenir cet immeuble. L’architecte montra ses plans mais rien n’y fit, alors les familles des victimes se retournèrent vers lui et demandèrent réparation pour les malheureux disparus. Mais étrangement, durant le procès nul ne put expliquer clairement le fait qu’aucun cadavre ne fut extrait, ni homme, ni animal. Toutes les caves alentour furent inspectées ; rien à dire, tout était normal. L’architecte fut ruiné et emprisonné. Le maire, pour calmer ses concitoyens menaçants de quitter la ville, décida de créer un mémorial à l’endroit du sinistre. Il refusa le moindre soubassement. Il ne fallait rien déranger. Le terrain était ainsi, vierge, il devait donc le rester. Les années passèrent, les temps changèrent. Mais le maire avait interdit toute construction sur ce territoire inerte. La ville s’étendit loin, très loin de son vieux centre historique. Le mémorial existant n’intéressait plus personne. Qui même se souvenait de ce monument et de cette place immense. Personne.
Les appétits revinrent au galop, quand le prix des terrains se mit à monter en flèche. Les mètres carrés de plus en plus petits abritaient de nos jours de nombreuses familles. Un espace aussi grand, en centre ville, logerait de nombreuses familles et cas sociaux. Il faut vivre avec son temps. Les arbres se voient au bord des routes de nos jours, et les places rapetissent. Seules les routes restent car les voitures sont nombreuses…
Le cadastre fut revu. Le POS est passé par là ! rajoutez les élections et tout est dit…
Un jour alors, les monstres d’acier passèrent à l’œuvre. On se mit à creuser, à défoncer les pavés. Les camions se suivirent pour extraire la glaise, et puis un matin, les ouvriers durent arrêter le chantier. Ils étaient tombés sur un mur en pierre, enfouie très profondément ; il fallut l’attaquer au marteau piqueur. Deux ouvriers en furent chargés. Soudain, une odeur infecte se fit sentir, se répandit dans le quartier. Le maître d’œuvre demanda les plans d’époque. Le chantier fut vidé. La police vint constater l’horreur. Les deux ouvriers finirent à la masse l’ouverture. Et là, dans l’horrible puanteur, sous les projecteurs, la vision qui s’ouvrit aux policiers fut si abjecte que les malaises les envahirent. Dans ce trou noir et béant, un amoncellement d’os ;
tel un sanctuaire, cette cave était remplie de cadavres de tous âges, hommes et
animal. Des tissus en lambeaux furent prélevés et étudiés. Les résultats se
firent alors avec certitudes. Ils dataient du début du siècle. Mais qui avait
pu enterrer autant de cadavres dans une cave ? une légende alors, revint
en mémoire, les recherches le confirmèrent ; alors, dans un dernier élan
de pudeur, la ville décida de refermer ce tombeau. On reboucha, on bétonna, on
réinstalla le mémorial, et dans le cadastre, en lettres rouge, on abandonna à
tout jamais, l’idée de détruire cette place, cette infamie de la nature, ce
triste combat de la terre contre la modernité. Si modernité il y a ! PSYCHELa psyché.
C’était il y a très longtemps, en un temps ou le temps prêtait à vivre, où l’heure était donnée par le soleil au fronton des églises ; une époque où la religion dominait les esprits, où la richesse préservait l’équilibre instable des frontières. En ce temps là, la vie était rude. Une journée commençait à l’aube pour se finir au coucher du soleil, à l’Angélus. Les journées passaient, les semaines s’égrenaient, toutes rythmées par le son des cloches de l’église. Cette dernière, bien que petite, vous transcendait par son atmosphère sereine, et si apaisante, que le moindre soupir semblait un affront. Elle faisait partie intégrante du château. Seule, une petite entrée latérale, permettait aux paysans alentours d’y venir lors de la messe. Les ouvriers et marchands entraient par la grande porte, avant les seigneurs. Ceux-ci avaient leurs sièges, sur le côté droit, de la nef. De simples sièges pris-dieu, rempaillés et couvert de velours, que nul n’osait approcher. Le père Sébastien faisait alors sa messe, et son homélie reflétait l’état de son temps. Il rappelait les versets de la bible lorsque la maladie sévissait ; les paroles de Dieu, quand le temps empêchait les récoltes, et appelait au pardon, quand la colère grondait…
C’était une époque incertaine et pleine de menaces. Où l’être humain était mis à rudes épreuves.
Le châtelain, n’était pas un mauvais homme, mais il était dure en affaires. Son fils était parti chercher femme à la cour, et ma foi, il n’appréciait guère cela. Il se retrouvait donc tout seul, avec pour toute famille, sa cadette et le père Sébastien. Ses paysans le respectaient car il était juste, mais si la colère, où la maladie survenait, il serait difficile de les tenir… Bon gré, mal gré, il acceptait cet état, comme un nouveau défit du Tous-Puissant. Dieu ne l’avait –il pas mis sur cette terre, pour le tester ? cet homme bourru, craignait avant tout pour sa fille. Elle n’était pas d’une grande beauté, mais intelligente, hélas, cela lui valait parfois des discussions épineuses, d’où seul le père Sébastien, pouvait les sortir…
Un jour de printemps, un marchand ambulant entra au château. Il connaissait bien les lieux, car tous les ans à la même époque, son chariot coloré attirait les regards des femmes et enfants. De plus, il n’ignorait pas que la fille du châtelain ne tarderait pas à fêter son anniversaire, et son étal de tissus et rubans lui vaudrait à n’en pas douter quelques pièces d’or. Cette année-là, pourtant, il avait décidé de diversifier sa marchandise, en y rajoutant quelques objets indispensables pour la maison. C’est ainsi pourvu qu’il entra au château.
Le seigneur apprenant son retour, et n’ayant rien trouvé jusqu’alors pour sa fille, alla lui rendre visite. Il trouva son étal toujours aussi beau, mais avant de se décider pour un rubans, il aperçut son reflet dans un miroir. Sans trop réfléchir, il décida de l’acheter, sans même en discuter le prix, et le fit porter dans la chambre de sa fille. Le marchand fut étonné de son choix, car cela faisait deux mois déjà, qu’il n’arrivait pas à s’en séparer. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi, mais, quand il le mettait en évidence, à la lumière du jour, les chalands s’en éloignaient. Enfin, l’affaire était bonne, et la place gagnée dans le chariot, profiterait aux étoffes.
La surprise fut grande pour la jeune fille, quand elle retourna dans sa chambre. La psyché, avait été dressée, dos à la fenêtre, pour que son image fut plus claire. Mais quand celle-ci s’en approcha, un sourire méprisant apparut sur son image. Elle se détaillait pour la première fois de la tête aux pieds. Et le résultat, ma foi, n’était pas engageant. Elle avait certes de l’esprit, mais visiblement c’est tout ce qu’elle avait. Et pourtant, au fond de ses yeux, une lumière brillait. Elle semblait irradier son image, et lui conférer un air si pur et si serein, qu’elle en fut surprise. Au bout de quelques minutes, elle décida de le recouvrir d’une étole, afin de cacher sa lumière, et sortis pour le repas.
Les journées passaient légères, toujours empreintes de soleil et de chaleur ; la jeune fille, se regardait souvent dans sons miroir, et chaque fois, la même lumière intense, la pénétrait. Alors, presque par timidité, elle le recouvrait jusqu’au lendemain. Le châtelain, appris, un jour, que son fils était sur le retour, avec celle qu’il avait épousé, là-bas, à la cour. Il regrettait amèrement qu’il ai refusé la moindre alliance avec ses voisins, prétextant vouloir agrandir le domaine et la fortune familiale.
Il entra majestueux, dans un costume vert émeraude rehaussé de pierres précieuses. C’est vrai qu’il était beau, et à ce moment le châtelain compris pourquoi son fils avait décidé de partir. Il avait visiblement trouvé une très belle femme, et au vu des chariots qui les suivaient, elle semblait pourvu d’une belle dote. Ma foi, ces mois d’absences avaient leurs récompenses. Mais au moment des présentations, son cœur se serra devant le regard méprisant de la jeune épousée envers sa fille. Celle-ci, rougissant, les invita à la suivre pour se rafraîchir de se long voyage. Le premier repas de retrouvailles, fut un véritable calvaire pour le châtelain, car quoique belle, sa brus n’était que paroles désobligeantes envers sa pauvre fille, qui avait fait de ce repas, un festin, en y conviant les seigneurs alentours.
La fortune de la belle valait-elle se mépris ? certes sa fille n’avait pas de beauté, mais son cœur était pur, cela il le savait…
Les semaines passaient, toujours avec des remarques acerbes de la belle, mais elle n’en faisaient jamais au maître de céans, ni à son époux. Quant aux voisins, les fêtes que la belle donnait, leur permettaient de fermer les yeux sur les propos désobligeants. La jeune fille, fidèle, se mirait tous les matins et y trouvait une lumière encore plus belle que la veille. Alors confiante, elle commençait sereinement sa journée. Sa patience, devant les attaques de sa belle-sœur, commença à faire parler aux alentours. Certains, la trouvait idiote de ne pas répondre, d’autres, estimaient son intelligence à toute épreuve. Mais ces propos finirent pas agacer la jeune épousée, et pleine de fiel, elle fit espionner la jeune fille afin de savoir pourquoi elle ne disait mots. Au bout de quelques semaines, elle finit par apprendre l’existence de la psyché, et du fait qu’un véritable rituel s’était établi entre la jeune fille et ce miroir. Alors, par jalousie, et mépris elle fit ordonner par une servante à sa botte, de le casser.
Ce soir-là, rentrant dans sa chambre, la jeune fille sentit une atmosphère lourde la prendre à la gorge, et instinctivement son regard se porta vers le miroir. Son sang se glaça quand elle l’aperçut zébrer de trois rayures sombres, mais alors, les trois silhouettes qu’elle vit se firent si belles, si sereines, que trois larmes perlèrent d’un éclat immaculé. Le lendemain, comme à son habitude, elle fit le tour de la cuisine, dirigea les préparatifs du repas et rendit visite aux paysans pour connaître la santé des enfants. Les gens la saluèrent avec déférence, les enfants riaient et couraient devant elle, pourtant il lui semblait qu’ils la regardaient différemment. Comme de coutume, elle finit sa tournée par la petite église où le père Sébastien, l’entretenait de ses diverses remarques sur les problèmes du jour. Mais, quand il la vit, son regard rude fut parcouru d’un immense sourire, et ses yeux brillèrent si vivement qu’elle ne put s’empêcher de lui demander ce qui lui arrivait, alors la prenant par la main, il la conduisit vers la sacristie et mit devant ses yeux ébahis, un petit miroir.
Sans un mot, elle entra au château, les servantes se turent à son approche, elle souriait d’un air si radieux, que, dans un silence qui la précéda, elle entra dans la salle à manger. Elle gagna sa place, à côté de son père, tous les regards étaient tournés vers elle. « vous sentez-vous bien mon père ? » dit-elle, le voyant pâle. Seul un hochement de tête lui répondit, alors, se retournant vers son frère et sa belle-sœur, elle leur fit le plus beau des sourires, rendant sa belle-sœur cramoisie, au bord de l’évanouissement.
Elle avait enfin compris que grâce à son dévouement, son refus du mépris et de la méchanceté, son cœur pur avait pris le pas sur son physique. La psyché, n’avait fait que catalyser la beauté de son âme, et au moment où elle avait été cassée, celle-ci, libérée n’avait fait que la revêtir comme le plus pur des diamants. |
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