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Le soleilElle était là, assise, à l’ombre du saule. Un livre dans les mains. Elle surveillait d’un œil attendri ses enfants qui s’endormaient. Allongés sur une couverture, regardant distraitement les fourmis ailées, ils dodelinaient de la tête. Bientôt ils partiraient pour le royaume des songes.
L’été était brûlant. Quand la sieste serait finie, les enfants iraient jouer dans le jardin. Une véritable caverne d’Ali Baba les attendait à l’abri d’un vieux coffre. Que de merveilles ; des poussettes pour les poupées, une voiture à pédales, une dînette pour le goûter…et bien d’autres choses encore. Quelles vacances. Que de choses à faire. Courir dans le jardin en évitant le trou à feu. Regarder le jardinier soigner les tomates, les salades. Ramasser les groseilles, les cassis, sans oublier de se servir au passage.
Arroser les rosiers, à la tombée de la nuit, humer le tilleul centenaire. Regarder les étoiles illuminer ce ciel magnifique. Ecouter papa nommer ces beautés et surprendre furtivement une étoile filante. Allongés sur le dos, à la douceur de la nuit, le temps restait en suspend.
Parfois, le soir, nous sortions tous le long des chemins, à la lueur des lampes et surprenions des vers luisants. Ces petites bêtes si belles à regarder luire. Des chauves-souris parfois nous frôlaient. Alors, effrayés, nous nous réfugiions dans les bras de papa ou de maman.
Les nuits chaudes laissaient la place à la clarté du matin. Le soleil illuminait la maison, au travers des petites fenêtres de bois. La fraîcheur de ces épais murs de pierre laissait deviner la canicule dehors. Il y faisait bon vivre. Les portes grinçaient, les planches de bois disjointes laissaient voir l’obscurité. L’escalier abrupt menait vers une porte si vieille qu’elle nous semblait devoir céder chaque fois que papa l’ouvrait. L’odeur du bois et de l’humidité nous accompagnait dans les moindres recoins de cette grande maison. Dans la cuisine, la cheminée immense, abritait un poêle à bois, où maman préparait les repas. Nous prenions tous place autour de la grande table, assis sagement sur le banc. Une fois le repas fini, l’heure du repos sonnait. Les journées passaient ainsi, immuables, belles…
C’était il y a très longtemps, à une époque où les heures ne comptaient pas. En un temps où le bonheur s’écrivait simplement, lentement.
Un passé baigné de soleil, réfugié dans un coin de mon esprit ; un tableau familial encré au fond de mon cœur, un rayon de lumière au milieu de l’obscurité. Le temps a suspendu son vol pour un souvenir joyeux, celui-ci conservera la chaleur de ces couleurs, et la beauté de ces images. L’esprit reste là où l’âme n’est plus… |
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