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la perle

La perle

 

Comme le soleil était encore bas sur l’horizon, Cinthia décida de faire une sortie. Le début des vacances s’annonçait prometteur si le temps se maintenait. Les copains devaient encore se prélasser au lit ! quel dommage pour eux ! elle profiterait toute seule de la plage.

 

Le lagon était désert à cet heure. Tant mieux ! c’était le moment qu’elle préférait. La plage lui appartenait tout entière et il lui semblait alors que le monde était à ses pieds. Quelle nigaude je fais, à mon âge, me prendre encore pour une princesse ! mais que serait la vie sans les rêves ? ils rendent beau le laid, et aplanissent les difficultés.

 

Allez hop, une petite tête dans l’eau pour bien se réveiller. Elle est très bonne. J’y resterais des heures entières. Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses… elle sera toujours là, la prochaine fois que je souhaiterai lui rendre visite.

 

Le sable était déjà chaud, mais il était si doux sous mes doigts, que je le laissais caresser ma peau. Un lit de sable vous savez c’est très agréable quand il n’y a pas de cailloux… enfin, maman n’aime pas que j’en ramène, il s’infiltre partout et c’est très désagréable à nettoyer.

 

Le soleil monte doucement et la chaleur avec lui, je me mets à l’abri d’un arbre pour éviter ses rougeurs. Je ne comprends pas comment on peut se laisser noircir pendant les heures les plus chaudes et les plus dangereuses, pour une simple histoire de mode.

 

Ça y est, les gens arrivent. Fini la solitude. Dans une heure à peine, la plage sera noire de monde. Bon et bien moi, je rentre et cet après-midi, après la sieste j’irai me promener dans les sentiers pentus de la montagne.

 

On ne respecte pas assez la nature. De nos jours, on s’imagine que tout est dû. Que tout est permis. Hélas la nature nous rappelle souvent à l’ordre. Je vais lui dire bonjours quand je le peux. La montagne est tranquille. Les sentiers sont sûrs. Après les grosses chaleurs il est plus aisé de flirter au gré des chemins qui se coupent. Les parcourir en tout sens même si je les connais par cœur, je m’émerveille toujours devant une plante, un paysage dont les nuances de couleur transforment la profondeur… un oiseau furtif et rapide qui passe au-dessus de moi ; des trous dans le sol indiquant des rongeurs…tout ceci aide à la contemplation, on a l’impression que le temps s’est arrêté juste pour nous.

 

Mais le soleil baisse au firmament, il est temps de rentrer. Je n’ai rencontré aucun copain aujourd’hui. Ils ont dû aller à la plage cet après-midi.

 

Les journées de vacances passent trop vite. Décidément à cette allure je n’aurai le temps que de ne rien faire

 

Demain, excursion avec Rémy et sylvie. Il faut que je me couche tôt pour être en forme.

 

Voilà, le sac à dos est prêt. Je pense ne rien avoir oublié. Déjà l’heure de partir. Allez hop, dehors ! brr.. il fait froid. Le soleil n’est pas encore levé. Ça y est, nous voilà partis tous les trois. La montagne est à nous pour la journée. Ce midi, nous mangerons au chalet, là-haut, à trois heures de marche. L’herbe est verte, les fleurs portent des coloris insoupçonnés dans le jour naissant. Quelques bruits indiquent que nous dérangeons les habitants de cet havre de paix.  Vous ne pouvez imaginer la palette de couleur qui défile sous nos yeux ! allez y faire un tour. Vous m’en direz des nouvelles… l’eau diminue dans les gourdes, les jambes commencent à se faire lourdes. Enfin, le chalet se profile à l’horizon, encore un peu d’effort et nous pourrons nous reposer et goûter un peu de repos bien mérité.

 

Une dizaine de personnes nous reçoivent dans des bonjours chantant. Quelques étrangers avec de larges sourires, des habitués de la randonnée, et le gardien. De l’eau fraîche, pour l’instant c’est tout ce que nous voulons. Et un siège aussi, pour reposer nos jambes.

 

Les discussions s’enchaînent comme de vieux amis, qui se retrouvent. On échange ses impressions, les chemins à emprunter pour aller dans telle ou telle direction. On mange, on rit. Que de convivialité, loin de tout, et surtout de l’effervescence de la ville.

 

Il est temps de redescendre vers la civilisation. Le trajet ne sera pas plus court, il sera plus beau. Le chemin est plus escarpé, mais magnifique, car après les pâturages, la roche fait place à un lac, installé dans un creux, guère plus grand comment dire, on en fait le tour en cinq minutes, mais tellement transparent, tellement inerte qu’on n’ose y mettre les pieds de peur de le troubler.

 

La ville dessine des volutes de fumée plus bas, on s’approche. Le soleil descend et le paysage se transforme. Déjà quelques maisons font leur apparition de part et d’autres ; la civilisation nous a rattrapé. Voilà, maintenant il faut nous séparer. C’était une super journée. On recommencera. On s’appelle.

 

J’ai mal partout. Toutes mes articulations me font souffrir. Je reste au lit ce matin. Je ne veux rien faire. Une journée de perdue, tans pis. Je souffre trop. Demain je retournerai à la plage.

 

Déjà trois jours. Les vacances sont presque finies. Je file à la plage, elle me manque. Oh non, tout se monde, j’ai horreur de ça. Bon et bien je vais faire un tour. J’ai repéré un petit chemin, qui ne semble pas être vieux. Peut-être une nouvelle construction qui se cache à l’abri des regards là-bas. Ah oui, je la vois au travers des arbres, elle se calfeutre. Aucune voiture ne peut emprunter ce sentier, je pense que les heureux propriétaires font régulièrement le tour de leur acquisition, je dois me faire discrète. Je ne voudrais pas être prise pour un raudeur.

 

C’est vrai que l’endroit est fort beau et calme. C’est un cadre idéal pour cacher ses amours un très beau nid douillet loin des regards et des vicissitudes de la vie citadine. Un lieu où l’on aimerait être, où j’aimerais me terrer quand la vie s’affole, un cadre champêtre à la sortie d’une ville ; la campagne à la ville en somme… je les envie. Je leur souhaite de ce plaire et de ne surtout pas lâcher un site qui allie autant d’harmonie avec la nature. Dire que les gens rêvent de bétons, il est grand temps de se rappeler d’où on vient et de se rapprocher de cet environnement sans lequel nous ne pourrions pas vivre.

 

Allez, il est temps de rentrer, assez de rêverie. Adieu perle champêtre, porte toi bien et veille à conserver ce cadre idyllique pour les générations futures.

La Tour

LA TOUR

 

 

 

Les rêves dit-on sont une image inversée de notre réalité, de nos vies. Ils nous subjuguent par leur complexité, leur sens caché. Qui n’a pas souhaité connaitre la nature profonde d’un rêve. Qui n’a pas essayé au matin, de comprendre ce qui l’avait ému au milieu de la nuit !

Mais la réalité reprend vite le pas.  Les jours se suivent, et bien souvent se ressemblent…

Nos vies ne sont qu’une énumération de choses que l’on fait, que l’on veut et qui parfois se réalisent, mais pourtant elles ne sont pas toujours ce que l’on voudrait réellement !

Quiconque n’est pas d’accord avec ceci, n’est qu’un menteur avec lui-même…

Je me rappelle de ce jour de mars où invitée chez des amis, en province je l’ai vu pour la première fois. Elle semblait immense, froide. Sa taille phénoménale, vue de la maison m’impressionna. Je sus plus tard, en la visitant que ce n’était qu’une vision, une impression d’optique comme l’on dit.

C’était la première fois que j’étais invitée pour le week-end. Je connaissais bien mes amis mais ignorait qu’ils possédaient un aussi beau petit nid douillet au cœur de la campagne. Leur maison quoique petite sentait bon la chaleur humaine. La joie de vivre qui s’en dégageait laissait présager de beaux jours de gaietés et de rires. Le jardin ne ressemblait à rien, beaucoup d’herbes folles au milieu de vieux arbres rabougris, des fleurs poussaient ici et là et pourtant on s’y sentait en osmose. Rien de stressant, que du vert et un silence, comme on en rêve en ville alors que le bruit est omniprésent…

La journée avait bien commencée, après avoir déposé la valise dans une petite chambre rose, ouvert les volets pour laisser passer les rayons du soleil et permettre à l’air ambiant de se disperser, cet air chargé d’humidité et qui sent ce qu’on appelle le renfermé ; qui n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources, à son enfance dans la vieille maison de famille quelque part à la campagne, on a tous connu ça ! La gaieté avait gagné tout le monde et c’est avec plaisir que le déjeuner fut préparé en commun. Des rires emplissent les vieux murs, des chants, quelques blagues s’égarent dans les pièces aérées. Un retour en cuisine pour la vaisselle à la main, s’il vous plait ! Que du bonheur dans un monde de brutes…

On sert le café sur la table en pierre qui trône sur ce semblant de terrasse qui aurait besoin d’un bon nettoyage. L’air est doux, chaud, les senteurs légères de plantes donnaient envie de s’étaler là, par terre, et de pousser un petit somme, d’arrêter la marche du temps.

Puis mes amis me font faire le tour du propriétaire. La maison était petite, mais le jardin immense. Le jardin, bien que laissé en friche les avait séduit par son coté abandonné, la surface était cachée par toute sorte d’arbres, ce qui obligeait à suivre les petits chemins et à découvrir ses trésors de verdure à chaque pas.

Là, au bout d’un détour, elle se profila. Je ne l’avais pas remarquée encore et pourtant quand je la vis, je sus qu’il fallait que j’aille la visiter. Mes amis alors me racontèrent son histoire.

Cette vieille tour, qui pourtant semblait encore solide, avait appartenue à un grand domaine qui comptait entre autre, la maison de chasse, qu’ils avaient achetée. A l’heure de sa splendeur, elle avait été bâtie pour cacher les créations d’un maître qui à l’époque, ne pouvait l’avouer. Le maitre du domaine, en effet, était fou de peinture mais sa place dans le grand monde de cette époque ne lui permettait pas de l’étaler au grand jour. Pour vous situer un peu le contexte de cette histoire, elle se passait à l’époque de la fin du règne de Napoléon III, où les déceptions du peuple se faisaient entendre…

Mais je parle, je parle, et le temps s’écoule, la nuit tombe vite en cette saison. Je vous laisse pour ce soir. A demain si vous le voulez bien !

 

Le soleil est déjà haut ce jour-là dans le ciel. Le petit déjeuner m’ouvre l’appétit comme rarement il le fit. J’aurais pu avaler tout un repas. Cet air sain me va bien au teint me dit mon hôte. Cela fit rire tout le monde… Une bonne douche et hop me voilà prête à me promener à travers les allées sinueuses de cet havre de paix. Je ne sais pas comment, mais mes pas me mènent exactement là où je le voulais, au pied de la vieille tour.  Le lierre majestueux monte jusqu’au faite, les vrilles sont vieilles et tordues, mais donnent un certain cachet à ses pierres.

La porte en bois est superbe avec sa serrure en fer forgé. Plus de clef depuis longtemps, mais elle grince…

Ah, oui ! ou en étais-je déjà… ce jeune homme de belle famille, donc, était un amoureux de la peinture. Son talent était excellent et ses toiles retraçaient les couleurs de son âme. Et dieu, quelle était pure… les couleurs chatoyantes se miraient dans des lacs plus bleus que le ciel, ou des paysages dont les senteurs semblaient vous accrocher rien qu’en les regardant.

Une telle pureté dans la transparence de ces courbes, dans les couleurs irisées des toiles, bien qu’appelant les êtres à une belle sérénité, était aussi source de méchanceté. Quelques artistes de moindre qualité, il faut bien dire, n’apprécièrent pas de se voir passer au deuxième plan par cet homme inconnu et qui en plus, passait par un intermédiaire pour se faire exposer….un comble ! aussi, bientôt des rumeurs apparurent, faisant état de la mauvaise santé de cet artiste et du manque d’inspiration grandissante. Ces mesquins espéraient bien le voir réagir en se montrant, c’était mal connaitre notre artiste. Il fut fou de rage tout d’abord, mais sa condition lui interdisait formellement de se dévoiler. Aussi, après de nombreuses nuits à ruminer dans cet atelier qui était tout pour lui, il dut se résoudre à admettre qu’il ne pouvait plus exposer ses  âmes, comme il aimait les appeler. Alors, ce fut le début d’une époque où ses émotions amplifièrent sa créativité et menèrent au firmament de son âme, son expression.

J’entrais donc, et montais doucement ces marches qui, usées par le temps, n’en étaient pas moins majestueuses ; leurs craquements semblaient appeler au silence… chut, ne pas faire de bruit. Tout là-haut, la lourde porte de chêne crisse sous ses gonds. L’odeur de poussière envahit mes narines, j’ai envie d’éternuer… la lumière tamisée de la pièce me laisse deviner des ombres ici et là. Il faut que je revienne avec une lampe. Il faut trop sombre ici. Dommage, j’ai l’impression de sentir une odeur de peinture. Je reviendrais tout à l’heure. Je redescends, déçue ne n’avoir rien vu hormis une grande pièce noire. Mes amis m’interrogent sur ma mine déconfite, j’ai l’air de bouder. J’avoue que j’aimerai explorer cette tour qu’ils cachent au fond de leur jardin, alors bien que quelques sourires animent leur visage, mon amie me ramène une lampe torche et sans un mot me fait signe de repartir. J’ai soudain l’impression de me sentir comme une enfant à qui on donne une gâterie. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel bonheur.

Ce jeune homme, donc, fou de douleur, se mit à créer, à créer, de plus en plus, jour et nuit. Il ne dormait plus que quelques heures, et encore, seulement quand il ne pouvait plus peindre, tombant littéralement de fatigue. Sa famille, commença à s’inquiéter, il ne paraissait plus nulle part, on le réclamait, en vain. Il refusait de sortir de sa tour et peignait, peignait sans cesse. Ses toiles s’entassaient partout autour de lui, il les stocka bientôt dans l’escalier. Sa santé mentale commença à inquiéter ses proches qui lui envoyèrent le médecin. Mais à leur grande surprise, ce dernier indiqua qu’il était sain d’esprit mais fou de désespoir de ne pas pouvoir exposer ses peintures au grand jour. Sa famille alors le pris pour un exubérant et décida de le laisser avec sa création, coupé du monde.

Me revoilà montant les marches plus lentement encore que tout à l’heure. J’entre. La pièce est toujours aussi sombre. J’allume ma lampe. Quelle déception ! quelle idiote, tu croyais vraiment trouver ici des toiles magnifiques après ces décennies. Voyons, réveille-toi, il y a longtemps que tout a disparu… j’inspecte les alentours de cette grande pièce, elle semble pourtant habitée, bien que vide, je ne sais pas comment expliquer cela. Je le sens. Des tâches brunes apparaissent sur ces pierres, je suis sûre que c’est de la peinture sombre. Il y en a partout tout autour de la pièce. L’odeur aussi s’est modifiée, un mélange d’humidité et de senteur forte, traine ici. Le silence est complet. Pourtant les fenêtres ont disparues depuis longtemps. C’est étrange en effet, je ne m’en étais pas encore aperçu… un frisson m’envahi, j’ai froid soudain. Mon cœur s’accélère, je panique. Qu’est-ce qui m’arrive ? j’ai peur… une peur sournoise, soudaine qui me dit de partir, de fuir, qui m’oppresse. Je pars en courant, tant pis si je fais du bruit. Je m’affole. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Je reprends le petit chemin et cours jusqu’à la maison.

Après s’être isolé du monde, ce jeune artiste crée encore et toujours. Il touche à la perfection. Mais personne ne le sait. Personne ne peut admirer ses œuvres. Ces beautés sont à jamais bannit aux yeux des hommes, de ces imbéciles qui croient tout savoir. Il dort peu, il ne mange presque plus.  Et voilà qu’un jour, un de ces jours de printemps où les senteurs embaument l’air, un de ces jours où les rayons de soleil semblent donner vie à la nature, où les feuilles des arbres font entendre leur doux murmure sous la musique du vent, il s’en est allé.

Je reprends mon souffle. Quelle idiote, ce silence m’a fait peur, je ne suis plus une enfant ! je ne vais pas paraître dans cet état devant mes hôtes, on dirait une hystérique, vraiment quelle bêtise… cette histoire m’a bouleversée.  Je savais qu’on pouvait mourir d’amour, ou de désespoir, mais pas d’extase.

Ce jour-là, on le chercha en vain. Rien à faire. Tout le monde s’y mit, au bout d’une semaine, de désespoir on le considéra disparu. Personne alentour ne l’avait aperçu. Sa famille annonça une récompense à qui pourrait donner des informations pour le retrouver. Personne ne la toucha. Ses toiles furent enlevées et placées dans un coffre-fort dit-on afin de lui revenir s’il se montrait. Les experts qui les virent firent courir le bruit qu’une telle beauté de créativité ferait la fortune de la famille pour des centaines d’années. Mais celle-ci meurtrie, et honteuse de n’avoir pas compris plus tôt cette âme pure en décida autrement. On dit qu’à ce jour elles dorment toujours quelque part dans les tréfonds d’une banque et qu’aucun membre de cet auguste famille ne trahira ce pacte.

Et ce bel inconnu, ce pur dessein de la nature, me direz-vous ? qu’en pensez-vous ? a-t-il rejoint ses toiles, ou bien est-il parti s’enterrer dans un pays lointain ?

Je pense que son âme dans l’apothéose de sa création, en pleine extase lui a enfin permis de toucher son but. Après avoir transcrit ses émois, année après année, il s’en est allé, dans la plénitude du travail achevé.

Si un jour vous retrouvez ses toiles, n’oubliez pas de le saluer car je crois qu’ils sont désormais ensembles, dans ces images de la vie qui décrivent son moi et développent ses sens… pensez-y !

 

 

Le livre

Le livre.

 

 

La petite Marie aimait beaucoup lire. Depuis qu’enfin, la lecture s’était révélée à elle, ce n’était que découverte et délectation… Elle y passait des heures et si elle avait pu, des nuits entières à découvrir ce que renfermaient tous les livres de la maison.

Bien sûr, papa et maman surveillaient. Il lui fallait bien ses heures de sommeil quand même.

Alors déçue, elle s’endormait en rêvant à des montagnes de livres…

 

Les années passèrent ainsi. Marie grandissait entre ses livres, ses parents et ses camarades.

Un jour, alors qu’elle furetait dans la bibliothèque de l’université, elle tomba sur un livre ancien.

Sa couverture de cuir était tellement usée que par endroit le tan était parti. Le côté de ses pages quoique jauni laissait voir un ancien doré, aussi usé que la couverture. Aucun nom n’était inscrit sur la tranche. Quand elle l’ouvrit, le bruit des pages se mit à murmurer un son inaudible. Elle mit cela sur le fait que sûrement plusieurs décennies s’étaient écoulées depuis la dernière fois où il avait été lu. Le titre ne lui dit rien. Mais par curiosité, elle décida de le prendre et alla le faire inscrire en sortie. La bibliothécaire fut surprise. Elle lui dit qu’il n’était inscrit nul part et que par conséquent il n’appartenait pas à la bibliothèque. Il avait du être oublié là par un étudiant.

Surprise et ravie de sa découverte, Marie décida de le lire dès qu’elle serait chez elle. Elle du patienter car ses parents recevaient de vieux amis. Elle ne pouvait penser à rien d’autre qu’à ce livre. C’était étrange. Il lui semblait que tel un amoureux, il l’appelait dans ses pensées.

Tu dérailles ma petite fille se dit-elle. Un livre n’appelle pas. Elle ne pu pourtant pas penser à autre chose de la soirée. Enfin, elle l’ouvrit.

 

Les caractères étaient anciens, ils lui semblaient même être du vieux français par la forme de certaines lettres. C’est étrange qu’un si vieux livre ait été oublié ? Il doit valoir cher, et pourquoi dans une bibliothèque aussi peu fréquentée ?! Malgré l’heure tardive, elle décida de commencer sa lecture.

 

Le lendemain matin, sa mère fut surprise de voir que Marie n’avait pas touché à son petit déjeuner. Elle alla frapper à sa porte, mais personne ne répondit. Voulant entrer, elle fut surprise de constater que Marie s’était enfermée à clé. Comme cette dernière ne répondait toujours pas, son père menaça de démonter la serrure. Rien n’y fit. Alors il s’exécuta.

 

Quand ils entrèrent dans sa chambre, Marie lisait toujours. Pas un de ses sourcils ou de ses muscles ne bougea. Son père se résolut alors à lui arracher son livre.

Le regard qu’elle porta sur eux était si émerveillé et si triste qu’ils s’en effrayèrent. Comme sortie d’un songe, Marie sembla s’éveiller. Elle comprit alors que la nuit durant et ce, jusqu’à ce que ses parents l’en délivre, elle avait été sous la dépendance de ce livre.

Rien, hormis la dernière page n’aurait pu la faire bouger. Mon dieu, se dit-elle, il est si dur à lire que j’en aurai eu encore pour plusieurs jours…

Par curiosité et peut-être par réflexe, son père ouvrit le livre. Bondissant de son lit, Marie le lui prit et l’enfermant dans un sac, elle fit jurer à sa mère d’aller le jeter loin là-bas, au bout du jardin, dans la rivière. Son père lui dit qu’un livre aussi ancien devait bien se vendre.  Mais ce qu’elle lui dit alors le dissuada d’insister.

« Papa, tu sais que la lecture est pour moi ce qu’il y a de plus beau dans ce monde. La richesse qu’elle m’apporte vaut plus à mes yeux que n’importe quoi. Mais ce livre vois-tu, m’a fait comprendre que l’existence est plus belle encore… »

 

Sur ces mots, et poussant sa mère, elle la suivit pour que ce livre si beau soit-il, ne puisse plus être lu. Quand ce fut fait, un large sourire embellit son visage. La vie est si belle ! Aucun livre ne vaut de l’oublier.