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Sur la route poussiéreuseSur la route poussiéreuse.
Sur la route poussiéreuse, les cailloux roulaient sous les pas des chevaux. La carriole brinqueballait de ci de là, au rythme des chevaux. Le silence emplissait l’air laissant place par moment aux gais gazouillis des oiseaux, au vol des insectes et au sifflement du vent. Une belle journée en somme. Le village que nous avions quitté depuis plus de trois heures déjà me manquait. Le paysage quoique bucolique commençait à m’énerver. Rien ni personne à perte de vue. La nature dans toute sa splendeur ne remplaçait pas les êtres faits de chair et de sang. La forêt se rapprochait et avec elle la fraîcheur des sous-bois. Enfin un petit arrêt bien mérité pour se dégourdir les jambes. Un petit ruisseau attira mon oreille. Les chevaux heureux de pouvoir boire tout leur saoul, me permirent de m’allonger sous le bruissement des feuilles et les senteurs entêtantes de dame nature.
Le bruit d’une branche cassée me fit sursauter. Puis une autre encore. Je restais figé sans bouger afin de voir qui pouvait bien venir me rendre visite dans cette immense forêt. Plusieurs chemins en amont s’étalaient en étoile. J’avais opté pour le plus petit, délaissant les routes empruntées. Je me levais d’un bond et montant dans la carriole attrapait un beau gourdin que je cachais sous les tissus. Plus un bruit. Rien. Décidément mes oreilles me jouaient-elles des tours. Déjà au village, un soir, il m’avait semblé deviner la forme d’un personnage caché à l’extrémité du cabaret ou j’étais descendu. Cela n’avait duré qu’une seconde mais je m’en rappelais encore ! Les chevaux avaient finis de s’abreuver. Il était temps de les atteler et de quitter ce lieu soudain trop calme à mon sens. Ca y est ! nous y sommes ! un dernier tour de regard pour m’assurer n’avoir rien oublié et en avant… soudain, je me fige. Là devant moi, dans l’obscurité des arbres, une forme humaine se dessine. Je jurerais que c’est la même que l’autre soir. Les chevaux ne semblent pas nerveux pourtant je suis sûr qu’ils l’ont senti. Deux pas en avant le voici soudain découvert par le soleil. Ma respiration semble s’être coupée. Le personnage n’est autre qu’une très jeune fille, si blanche qu’elle en semble presque irréelle. Sa robe immaculée ne fournit aucun bruit sous ses pas. Elle s’est arrêtée et ses yeux profonds me sondent. Le vent joue avec ses boucles blondes. Mon cœur soudain semble se réveiller, alors que son regard si beau, si mélancolique ne me lâche pas. Combien de temps sommes-nous restés ainsi ! je ne saurais le dire. Cela me parut une éternité ou une seconde… le temps s’était peut-être arrêté dans la mesure de nos regards… seule la nature emplissait l’air de son chant. Soudain, sans que j’en donne l’ordre, les chevaux partirent au pas. Il me sembla ressentir un grand trouble, une peur de lâcher prise. Ce regard magnifique me suivait toujours, mais pour combien de temps encore, le chemin était sinueux. J’essayais d’attraper les rênes désespérément pour arrêter les chevaux, sans pour autant la perdre de vue. Un fil de soie aussi mince n’aurait pas fait mieux ; sa dureté n’avait d’égal que sa longueur au bout duquel le vide attendait. Telle fut la sensation à l’issue du dernier virage où nos regards de perdirent. J’arrêtais enfin les chevaux et sautant de la carriole je courus en arrière pour la revoir encore une fois et peut-être l’aborder. Quelle étrange sensation quand revenant sur le lieu de cet émoi, je ne la trouvais plus. J’eu beau courir et tourner, chercher des traces de sa venue, rien. Le soleil commençait à vouloir se coucher quand je reparti la tête basse et le cœur lourd de sa disparition. Cette belle apparition m’avait rempli de joie et de bonheur. Cette belle muse ne ressemblait à aucune des femmes que je fréquentais d’habitude et pourtant il me semblait la connaître. Nos âmes s’étaient touchées une fraction de seconde et la béatitude dans laquelle je me trouvais me réaffirma dans le fait de continuer ma route et de festoyer à la prochaine auberge. Le poids de mon existence s’en était allé. Je venais de tourner une page et j’étais certain que mon avenir serait serein. Les années ont passées depuis cette apparition. Jamais je ne sus son nom et pourtant son image m’accompagne chaque fois que je doute, où que le désespoir m’étreint. Muse ou sylphide, les légendes sont nombreuses dans le cœur des forêts. Mais je suis sûr qu’elle était humaine, que notre rencontre fut fortuite et belle. Secrètement j’envie l’homme qu’elle épousera car je sais détenir la clef de son âme, elle me l’a donnée ce jour là, au détour d’un chemin. Belle inconnue tu fus un rayon dans l’obscurité de mon existence.
L'ARBREL’arbre.
Il était là, droit, fier de montrer ses ramages par cette belle journée de printemps. Ces congénères le regardaient ; lui si petit et déjà si grand ! Il semble pourtant n’avoir pris racines que depuis peu… enfin, les années passent si vite ! Bientôt sa stature s’apparentera à la nôtre alors que son âge le relègue au rang de môme. Quel étrange vent nous a joué un tour si pendable en nous ramenant d’on ne sais où cette graine étrange. Il faudra lui rappeler que le plus vieux de tous, ici, décide.
Les années se suivent, comme les saisons. Les feuilles se succèdent. Tous les coloris parent cette magnifique forêt. Les tons les plus chauds s’étalent gracieusement le long des haies. Et comme pour donner du relief, la verdure à son tour montre ses verts les plus profonds.
Hélas, cette senteur d’humus, de terre et de sève, se met à apporter aussi des étrangers. Ils sont bizarres ! Ils se promènent seuls ou accompagnés de leurs jeunes pousses hurlantes ; Certains décident de s’installer quelques heures afin de s’occuper, ils mangent, boivent, laissent parfois traîner des choses qu’ils appellent détritus et qui souillent notre beau sol.
Combien de temps c’est écoulé depuis le premier étranger ! Seul le vieux le sait… notre horizon c’est modifié hélas ! La verdure a fait place à d’immenses blocs de pierre qu’on appelle immeubles. Notre bonne odeur a disparue, mais remplacée par cette senteur forte de gaz qui nous nourrit pourtant…
Les plus anciens d’entre nous ont été sacrifiés à l’harmonie du terrain. Abattus un beau jour pour laisser place à un chemin, un parterre de fleurs, un banc et que sais-je encore.
Mais là, au milieu de cette clairière, droit et fier, un jeune arbre se dresse. Son feuillage est vert vif. Son tronc, droit, ne laisse place à aucune branche avant le faîte. Il se tient seul, comme un roi ; On dirait que la forêt lui fait honneur en l’entourant. Il trône enfin après bien des années, comme le maître absolu. Quelle fierté ! Mais quels regrets aussi ; car sa place lui a valu l’éloignement de ces congénères, la disparition de quelques uns et l’hostilité de beaucoup.
Il est loin le temps de l’immensité de cette belle verdure. De ces arbres gigantesques qui se défiaient sans cesse, au gré des tempêtes. Il est loin le temps où ce petit arbrisseau venu d’on ne sais où a pris racines. Il est loin le temps où chahuté par les grands, digne, il a poussé. Maintenant, accusant son âge, il résiste toujours, mais quoique magnifique en cette fin d’automne, il regrette encore sa solitude. |
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