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日志


COULEUR NUIT

Couleur nuit.

Cela c’est passé il y a fort longtemps. En des temps si reculés que personne ne se souvient ni de l’époque, ni de l’âge des personnages. En fait, cette histoire ne commence pas par, ‘il était une fois’, mais par :

Le matin se levait. Une brume matinale était installée et tardait à s’estomper. Les prés étaient chargés de gouttelettes, et bien qu’aucune pluie ne fût tombée depuis plusieurs semaines, la rosée ravivait les couleurs de la nature. La forêt dense, laissait s’échapper des senteurs de plantes si délicieuses, que les enfants aimaient se frotter aux broussailles qui en interdisaient l’entrée, rien que pour les humer. Le plus dégourdi de tous, était un petit garçon d’une dizaine d’années. Ses cheveux aussi noirs que de l’ébène lui donnait un air si sévère, qu’aucun de ses camarades ne lui disputaient la place de meneur. Ce jour-là, il décida d’entrer dans la forêt.

Tous se récrièrent. De si lourds secrets l’entouraient que pour rien au monde, un seul voulut y mettre le pied. Alors, peut-être pour ne pas perdre la face, il y entra.

Une ribambelle d’enfants tous hurlants plus les uns que les autres, se déversa dans le village.

Qu’elle ne fut la surprise des parents en entendant leur récit. Ils décidèrent alors, armés de tout ce qu’ils pouvaient prendre, de le récupérer.

Une chasse étrange se fit. Se suivant, respirant à peine et sans un bruit, ils se mirent à suivre la trace du garçon. Mais la forêt épaisse, n’aima pas être dérangée. Les taillis, les arbres, les souches se firent de plus en plus menaçants. Le feuillage, tellement épais ne laissait presque plus passer la lumière. Alors, commençant à désespérer, les parents se mirent à crier le nom de l’enfant. Rien ne leur répondit. Las de crier, et voyant le jour avancer, ils rebroussèrent chemin la tête basse.

De ce jour, une sentinelle garda l’entrée de la forêt.

Les jours passèrent. La vie reprenait dans le village. Tous les enfants avaient été mis en garde de ne point jouer autour de la forêt. La disparition de leur camarade les avait tellement effrayée qu’aucun ne voulu tenter d’exploit. Un matin, la sentinelle courut au village avec une mine défaite. Devant tous il raconta ce qu’il venait de voir.

Il s’était assoupi, certes, mais le bruit d’un pas le fit sursauter. Regardant par où le bruit arrivait, il vit, dans l’obscurité du sous-bois, une silhouette étrange. Elle ne bougeait pas. Elle le regardait. Puis, d’un coup, elle s’enfuit dans la forêt en poussant un cri qui le glaça.

Etait-ce l’enfant égaré ? Il ne put rien dire d’autre.

Les semaines passèrent sans aucun autre signe.

Puis vint le jour de la fête du village. Tous les préparatifs étaient finis. Les villageois s’étaient rassemblés comme de coutume, autour de leur chef, quand tout à coup, un étrange cri les fit taire.

Les senteurs de la forêt se firent plus fortes, apportées par une brise glaciale. De nouveau le cri retentit. Tous se regardèrent. Le chef alors, partit vers les bois. Hésitants, tous le suivirent.

Alors, devant eux, un spectacle étrange se déroula. Dans la pénombre du sous-bois, une silhouette, dansait. Nul ne pu dire sa taille, ou si même s’était un être humain. Mai tous furent d’accord qu’elle dansait. Elle s’accompagnait d’un cri étrange, moitié rire, moitié pleurs. Mais jamais elle ne sortit du bois. Puis fixant les villageois, dans un dernier cri, elle disparut.

On dit que la forêt sembla comme morte après. Plus un seul son n’en sortit ce jour là.

Les villageois se mirent à raconter cette histoire à leurs enfants pour qu’ils comprennent l’obéissance. Au fil des temps l’étrange silhouette dans la pénombre empêcha nombre de bambins de se croire invincibles.

On dit que quelques fois, le matin, quand la brume n’est pas encore levée, un coin de la forêt garde un peu de la nuit qu’elle ne veut pas quitter. Un étrange cri alors, accompagne le piaillement des oiseaux.

C’est triste me direz-vous ! Oui, mais le destin est ainsi. Il est tracé mais c’est à nous de décider du chemin à suivre. Qu’il mène au jour où à la nuit, nous choisissons notre sort.

L'escalier

L’escalier.

Dans le jour naissant, une silhouette se glissait furtivement. Elle longeait les maisons sans un bruit. Puis, au bout d’un trottoir, plus personne…

Cette silhouette s’appelait Valérie. C’était un petit rat. Du moins elle y aspirait du plus profond de son âme. Son travail était long et fastidieux. Les exercices toujours plus difficiles et répétés sans cesse ne la dissuadaient en rien d’arrêter. Alors, jour après jour, elle travaillait.

Ses parents en étaient fiers. Tout le quartier la regardait rentrer, lasse, fatiguée, mais tellement heureuse ! les années passaient ainsi, toujours identiques. L’école suivait la danse, la danse suivait l’école. Les études la lassait mais il fallait bien apprendre. De plus, elle savait que si un jour elle était admise dans la plus grande école de Paris, il lui fallait avoir de bonnes notes.

Et vint le concours d’entrée. Elle avait le trac. Cette énorme boule au creux de l’estomac et cette horrible envie de vomir ! mais il fallait qu’elle en fasse abstraction et qu’elle donne le meilleur d’elle. Elle le devait pour son avenir, et pour ses parents…

L’attente lui parut interminable et enfin, les résultats furent donnés. Elle était reçue. Certes, sa place n’était pas très bonne, mais enfin, elle entrait dans l’antre de la lumière.

Ses parents ne se sentaient plus de bonheur. Leur fille entrait à l’Opéra. Elle accédait au grade si envié de petit rat. Certes, elle devrait travailler, et encore travailler, mais ils savaient qu’elle y arriverait, car tel était son rêve !

Les années se suivirent. Les études le matin, les cours de danse l’après-midi. Inexorablement le temps filait. Et Valérie dansait… les concours se suivaient, plus durs les uns que les autres et elle les passait fièrement. Paris était devenu son lieu de vie. Elle s’y promenait rarement car les vacances étaient réservés à la danse. Les répétitions des spectacles se superposaient avec les cours. Elle pleurait parfois, le soir, dans l’obscurité de sa chambre, mais sa vie était tellement pleine de bonheur que pour rien au monde elle ne l’aurait échangé. Non, elle n’enviait pas ses anciennes camarades de l’école. Leur train-train ne lui disait rien. Certes, elles rentraient le soir chez elles. Elles déjeunaient avec leurs famille, mais bon leur vie lui semblait bien étriquée, au regard de la sienne.

Et puis un jours, elle dut passer « le concours ». celui pour lequel tous les danseurs avait travaillés si durs. Celui qui amenait la consécration. Celui qui apportait le rêve le plus répandu à l’école, celui de l’Etoile. Elle savait qu’elle devrait donner ses tripes ce jour-là. Et surtout qu’elle devait gagner. Elle était la meilleure. Elle en était sûre.

Les auditions commencèrent de bonne heure. Ils défilèrent tous. L’attente serait longue. Entre copains de cours, on se remontait le moral. Il fallait s’épauler, ne pas flancher. Garçons ou filles, on se félicitait des prestations de danse. Et puis, le jury statuerait…

Il était là, imposant, immense ; ses dorures lui donnait un air si majestueux qu’on ne pouvait pas l’ignorer. Le monter, d’un air détaché paraissait si « petit » presque mal élevé. Sa prestance disait la gloire qu’il permettait d’atteindre. Cet escalier si merveilleux, si mythique méritait le respect. Le monter alors qu’on est au sommet était le rêve secret de Valérie. Elle s’imaginait applaudie, au faite de la gloire, toute auréolée du titre suprême. Mais comme tous, elle dut attendre le résultat des délibérations.

Ils entrèrent dans la salle, frissonnants. Le regard sûr pour certains, désespérés pour d’autres. Et puis, les noms tombèrent, comme des couperets. Les respirations se faisaient haletantes ; les pouls s’accéléraient. Et toujours les noms tombaient. Valérie se redressait, attendant le moment libératoire. Son nom n’était pas donné. Alors l’espoir l’envahie. Les derniers noms étaient les plus attendus. Ils n’étaient plus que quatre. Elle serrait les poings.

Et puis tout à coup, un brouillard lui cacha la lumière, une étrange sensation de pesanteur monta inexorablement dans ses muscles. Le brouhaha de la salle s’éteignit. Il lui semblait nager dans de la ouate. Elle fut secouer rudement par un camarade. Elle regarda hagard, les regards envieux, et alla chercher son trophée. Son sourire léger ne la quitta pas quand, traversant le grand hall, elle se tourna vers le grand escalier. Elle monta en pensée toutes ses marches, lentement, goûtant cette nouvelle expérience.

Tant d’années, de sacrifices, de veilles et de larmes, pour accéder à ce gigantesque escalier, ce monument d’architecture si convoité. L’attente était finie. Elle le monterait désormais, la tête haute, et le regard désabusé. maintenant, elle savait que sa prestance était à elle, et que sa dernière marche si douce, si usée par le temps et les pas venait de lui échapper. Une toute petite marche, presque un saut de puce ! le firmament l’attendait, le monde la demanderait, mais son si beau rêve s’écroulait, là, au pied de cet escalier de marbre. Elle brillerait, certes, mais jamais n’atteindrait la lumière des étoiles…



LA CAVE

La cave.

Il faisait très froid ce jour-là. Le temps maussade d’hiver ne prêtait pas à la bonne humeur. Les passants se hâtaient sans se soucier de l’horrible destin qui se jouait sous leurs yeux. Une chanson, lancinante, comme une petite voix, se faisait entendre…

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Tout est là, sous nos yeux,

Pauvres de nous,

Le silence tel un monstre

S’insinue partout.

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Et pourtant pour toujours

Le destin est scellé

Dans la pénombre humide

De cette cave.

Que de temps, que de jours,

Rien ne se voit, rien ne se dit,

Elle est là, inerte

Presque palpable pourtant

Elle revêt son manteau

Celle que l’on nomme Peur.

Qu’est-ce dont ? une terrible chanson. D’où vient-elle ? nul ne sait et pourtant elle se fait mélopée dans la rue ; elle s’entend dans les esprits et semble coller à cette journée humide, froide et morne…

Il paraît qu’un jour, il y a très longtemps. Un jour où les voitures n’existaient pas encore, un architecte construisit quelque part en ville, des maisons pour complaire au maire. Hélas, sa jeunesse lui apportant peu de connétables, il dut se résoudre à suivre les plans d’extension de la mairie. Le maire en effet, voulant plus de monde décida d’étendre ses plans par delà la rivière. Un pont fut construit vers l’autre rive. Des matériaux furent acheminés pour édifier ce nouveau quartier, plus grand, plus spacieux et plus riche que ceux existants déjà. Le maire avait des vues hydilliques il voulait une ville démesurée et surtout très prisée.

Où la vie serait facile et sans problèmes. Un rêve, quoi. Pas de pauvres, ni de travailleurs. Les usines seraient aux portes de la ville, toutes les rues seraient pavées…

Hélas, quand l’architecte commença ses édifices, d’étranges éboulements eurent lieu la nuit. Après de nombreuses recherches, il s’avéra que le terrain était glaiseux. Aussi, il fallut creuser, étayer et renforcer les fondations. Cela dura bien évidemment plus longtemps et augmenta le prix des immeubles. La mairie dut faire des sacrifices pour attirer les connétables à s’installer dans ce quartier huppé, à l’abri des affres de la vie.

L’époque étant troublée, les demandes affluèrent. Tout fut vendu en un temps record. Le maire se frotta les mains. Les impôts seraient exceptionnels cette année.

Les gens s’installèrent. Les mois passèrent, la population grandissante était heureuse de vivre. La ville était connue pour son contexte de tranquillité et de bon ordre. Mais un jour d’hiver, un événement important vint bousculer ce paysage. Alors que tout le monde dormait profondément, un énorme vacarme suivit d’un séisme, réveilla toute la ville. Même les quartiers défavorisés, aux portes de la ville s’éveillèrent en sursaut. Les habitants sortirent en hâte et s’interrogèrent. Mais l’horreur était là, au centre du quartier neuf.

Un édifice entier s’était écroulé comme un château de cartes. Les secours se hâtèrent mais en vain. Hormis des gravats, rien ne put sortir de cet enchevêtrement de pierre et de bois. Que s’était-il passé ? des jours durant des volontaires aidèrent les secours à dégager les lieux. Rien. Personne ne put sortir de cette vision d’horreur. Pas un être, pas même un animal ne fut trouvé. Pourtant les malheureux ne retournèrent jamais à leurs activités… alors, pourquoi aucun cadavre ne put être extrait. Mais ce qui fit encore plus peur aux habitants des environs, c’est qu’aucune odeur n’apparut. Pas même celle de la poussière, et pourtant les bâtiments étaient en pierres…. Alors bientôt une rumeur se fit. La côte ne voulait personne en son centre. Ce qui autrefois était un bois, demeurait vierge de toute construction.

Quand enfin, tous les gravats furent dégagés, l’architecte et les ouvriers eurent la surprise de voir que le sol était lisse. Pas d’étais, ni de mur, mi même de cave. Et pourtant elle était bien là, construite comme tous ses semblables, sous l’immeuble. Qu’est-ce que cela voulait dire ? des géomètres furent nommés pour comprendre ce phénomène. Leurs rapports affirmèrent que rien jamais n’avait été construit pour soutenir cet immeuble. L’architecte montra ses plans mais rien n’y fit, alors les familles des victimes se retournèrent vers lui et demandèrent réparation pour les malheureux disparus. Mais étrangement, durant le procès nul ne put expliquer clairement le fait qu’aucun cadavre ne fut extrait, ni homme, ni animal. Toutes les caves alentour furent inspectées ; rien à dire, tout était normal. L’architecte fut ruiné et emprisonné. Le maire, pour calmer ses concitoyens menaçants de quitter la ville, décida de créer un mémorial à l’endroit du sinistre. Il refusa le moindre soubassement. Il ne fallait rien déranger. Le terrain était ainsi, vierge, il devait donc le rester.

Les années passèrent, les temps changèrent. Mais le maire avait interdit toute construction sur ce territoire inerte. La ville s’étendit loin, très loin de son vieux centre historique. Le mémorial existant n’intéressait plus personne. Qui même se souvenait de ce monument et de cette place immense. Personne.

Les appétits revinrent au galop, quand le prix des terrains se mit à monter en flèche. Les mètres carrés de plus en plus petits abritaient de nos jours de nombreuses familles. Un espace aussi grand, en centre ville, logerait de nombreuses familles et cas sociaux. Il faut vivre avec son temps. Les arbres se voient au bord des routes de nos jours, et les places rapetissent. Seules les routes restent car les voitures sont nombreuses…

Le cadastre fut revu. Le POS est passé par là ! rajoutez les élections et tout est dit…

Un jour alors, les monstres d’acier passèrent à l’œuvre. On se mit à creuser, à défoncer les pavés. Les camions se suivirent pour extraire la glaise, et puis un matin, les ouvriers durent arrêter le chantier. Ils étaient tombés sur un mur en pierre, enfouie très profondément ; il fallut l’attaquer au marteau piqueur. Deux ouvriers en furent chargés. Soudain, une odeur infecte se fit sentir, se répandit dans le quartier. Le maître d’œuvre demanda les plans d’époque. Le chantier fut vidé. La police vint constater l’horreur. Les deux ouvriers finirent à la masse l’ouverture. Et là, dans l’horrible puanteur, sous les projecteurs, la vision qui s’ouvrit aux policiers fut si abjecte que les malaises les envahirent.

Dans ce trou noir et béant, un amoncellement d’os ; tel un sanctuaire, cette cave était remplie de cadavres de tous âges, hommes et animal. Des tissus en lambeaux furent prélevés et étudiés. Les résultats se firent alors avec certitudes. Ils dataient du début du siècle. Mais qui avait pu enterrer autant de cadavres dans une cave ? une légende alors, revint en mémoire, les recherches le confirmèrent ; alors, dans un dernier élan de pudeur, la ville décida de refermer ce tombeau. On reboucha, on bétonna, on réinstalla le mémorial, et dans le cadastre, en lettres rouge, on abandonna à tout jamais, l’idée de détruire cette place, cette infamie de la nature, ce triste combat de la terre contre la modernité. Si modernité il y a !



PSYCHE

La psyché.

 

C’était il y a très longtemps, en  un temps ou le temps prêtait à vivre, où l’heure était donnée par le soleil au fronton des églises ; une époque où la religion dominait les esprits, où la richesse préservait l’équilibre instable des frontières.

En ce temps là, la vie était rude. Une journée commençait à l’aube pour se finir au coucher du soleil, à l’Angélus. Les journées passaient, les semaines s’égrenaient, toutes rythmées par le son des cloches de l’église.

Cette dernière, bien que petite, vous transcendait par son atmosphère sereine, et si apaisante, que le moindre soupir semblait un affront. Elle faisait partie intégrante du château. Seule, une petite entrée latérale, permettait aux paysans alentours d’y venir lors de la messe. Les ouvriers et marchands entraient par la grande porte, avant les seigneurs. Ceux-ci avaient leurs sièges, sur le côté droit, de la nef. De simples sièges pris-dieu, rempaillés et couvert de velours, que nul n’osait approcher. Le père Sébastien faisait alors sa messe, et son homélie reflétait l’état de son temps. Il rappelait les versets de la bible lorsque la maladie sévissait ; les paroles de Dieu, quand le temps empêchait les récoltes, et appelait au pardon, quand la colère grondait…

 

C’était une époque incertaine et pleine de menaces. Où l’être humain était mis à rudes épreuves.

 

Le châtelain, n’était pas un mauvais homme, mais il était dure en affaires. Son fils était parti chercher femme à la cour, et ma foi, il n’appréciait guère cela. Il se retrouvait donc tout seul, avec pour toute famille, sa cadette et le père Sébastien. Ses paysans le respectaient car il était juste, mais si la colère, où la maladie survenait, il serait difficile de les tenir…

Bon gré, mal gré, il acceptait cet état, comme un nouveau défit du Tous-Puissant. Dieu ne l’avait –il pas mis sur cette terre, pour le tester ? cet homme bourru, craignait avant tout pour sa fille. Elle n’était pas d’une grande beauté, mais intelligente, hélas, cela lui valait parfois des discussions épineuses, d’où seul le père Sébastien, pouvait les sortir…

 

Un jour de printemps, un marchand ambulant entra au château. Il connaissait bien les lieux, car tous les ans à la même époque, son chariot coloré attirait les regards des femmes et enfants. De plus, il n’ignorait pas que la fille du châtelain ne tarderait pas à fêter son anniversaire, et son étal de tissus et rubans lui vaudrait à n’en pas douter quelques pièces d’or.

Cette année-là, pourtant, il avait décidé de diversifier sa marchandise, en y rajoutant quelques objets indispensables pour la maison. C’est ainsi pourvu qu’il entra au château.

 

Le seigneur apprenant son retour, et n’ayant rien trouvé jusqu’alors pour sa fille, alla lui rendre visite. Il trouva son étal toujours aussi beau, mais avant de se décider pour un rubans, il aperçut son reflet dans un miroir. Sans trop réfléchir, il décida de l’acheter, sans même en discuter le prix, et le fit porter dans la chambre de sa fille. Le marchand fut étonné de son choix, car cela faisait deux mois déjà, qu’il n’arrivait pas à s’en séparer. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi, mais, quand il le mettait en évidence, à la lumière du jour, les chalands s’en éloignaient. Enfin, l’affaire était bonne, et la place gagnée dans le chariot, profiterait aux étoffes.

 

La surprise fut grande pour la jeune fille, quand elle retourna dans sa chambre. La psyché, avait été dressée, dos à la fenêtre, pour que son image fut plus claire. Mais quand celle-ci s’en approcha, un sourire méprisant apparut sur son image. Elle se détaillait pour la première fois de la tête aux pieds. Et le résultat, ma foi, n’était pas engageant. Elle avait certes de l’esprit, mais visiblement c’est tout ce qu’elle avait. Et pourtant, au fond de ses yeux, une lumière brillait. Elle semblait irradier son image, et lui conférer un air si pur et si serein, qu’elle en fut surprise. Au bout de quelques minutes, elle décida de le recouvrir d’une étole, afin de cacher sa lumière, et sortis pour le repas.

 

Les journées passaient légères, toujours empreintes de soleil et de chaleur ; la jeune fille, se regardait souvent dans sons miroir, et chaque fois, la même lumière intense, la pénétrait. Alors, presque par timidité, elle le recouvrait jusqu’au lendemain.

Le châtelain, appris, un jour, que son fils était sur le retour, avec celle qu’il avait épousé, là-bas, à la cour. Il regrettait amèrement qu’il ai refusé la moindre alliance avec ses voisins, prétextant vouloir agrandir le domaine et la fortune familiale.

 

Il entra majestueux, dans un costume vert émeraude rehaussé de pierres précieuses. C’est vrai qu’il était beau, et à ce moment le châtelain compris pourquoi son fils avait décidé de partir. Il avait visiblement trouvé une très belle femme, et au vu des chariots qui les suivaient, elle semblait pourvu d’une belle dote. Ma foi, ces mois d’absences avaient leurs récompenses. Mais au moment des présentations, son cœur se serra devant le regard méprisant de la jeune épousée envers sa fille. Celle-ci, rougissant, les invita à la suivre pour se rafraîchir de se long voyage. Le premier repas de retrouvailles, fut un véritable calvaire pour le châtelain, car quoique belle, sa brus n’était que paroles désobligeantes envers sa pauvre fille, qui avait fait de ce repas, un festin, en y conviant les seigneurs alentours.

 

La fortune de la belle valait-elle se mépris ? certes sa fille n’avait pas de beauté, mais son cœur était pur, cela il le savait…

 

Les semaines passaient, toujours avec des remarques acerbes de la belle, mais elle n’en faisaient jamais au maître de céans, ni à son époux. Quant aux voisins, les fêtes que la belle donnait, leur permettaient de fermer les yeux sur les propos désobligeants. La jeune fille, fidèle, se mirait tous les matins et y trouvait une lumière encore plus belle que la veille. Alors confiante, elle commençait sereinement sa journée. Sa patience, devant les attaques de sa belle-sœur, commença à faire parler aux alentours. Certains, la trouvait idiote de ne pas répondre, d’autres, estimaient son intelligence à toute épreuve. Mais ces propos finirent pas agacer la jeune épousée, et pleine de fiel, elle fit espionner la jeune fille afin de savoir pourquoi elle ne disait mots. Au bout de quelques semaines, elle finit par apprendre l’existence de la psyché, et du fait qu’un véritable rituel s’était établi entre la jeune fille et ce miroir. Alors, par jalousie, et mépris elle fit ordonner par une servante à sa botte, de le casser.

 

Ce soir-là, rentrant dans sa chambre, la jeune fille sentit une atmosphère lourde la prendre à la gorge, et instinctivement son regard se porta vers le miroir. Son sang se glaça quand elle l’aperçut zébrer de trois rayures sombres, mais alors, les trois silhouettes qu’elle vit se firent si belles, si sereines, que trois larmes perlèrent d’un éclat immaculé.

Le lendemain, comme à son habitude, elle fit le tour de la cuisine, dirigea les préparatifs du repas et rendit visite aux paysans pour connaître la santé des enfants. Les gens la saluèrent avec déférence, les enfants riaient et couraient devant elle, pourtant il lui semblait qu’ils la regardaient différemment. Comme de coutume, elle finit sa tournée par la petite église où le père Sébastien, l’entretenait de ses diverses remarques sur les problèmes du jour. Mais, quand il la vit, son regard rude fut parcouru d’un immense sourire, et ses yeux brillèrent si vivement qu’elle ne put s’empêcher de lui demander ce qui lui arrivait, alors la prenant par la main, il la conduisit vers la sacristie et mit devant ses yeux ébahis, un petit miroir.

 

Sans un mot, elle entra au château, les servantes se turent à son approche, elle souriait d’un air si radieux, que, dans un silence qui la précéda, elle entra dans la salle à manger. Elle gagna sa place, à côté de son père, tous les regards étaient tournés vers elle.

« vous sentez-vous bien mon père ? » dit-elle, le voyant pâle. Seul un hochement de tête lui répondit, alors, se retournant vers son frère et sa belle-sœur, elle leur fit le plus beau des sourires, rendant sa belle-sœur cramoisie, au bord de l’évanouissement.

 

Elle avait enfin compris que grâce à son dévouement, son refus du mépris et de la méchanceté, son cœur pur avait pris le pas sur son physique. La psyché, n’avait fait que catalyser la beauté de son âme, et au moment où elle avait été cassée, celle-ci, libérée n’avait fait que la revêtir comme le plus pur des diamants.