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le meunier

En ce temps là, le meunier était un homme d’importance. Les fermiers lui apportait leur blé afin qu’il le transforme en farine, et suivant la qualité du blé, la farine pouvait être plus fine, où plus noire…

 

Bref, le blé était l’aliment de base des repas, et il ne fallait pas oublier de faire son pain dans le four familial pour ceux qui avaient la chance d’en avoir un, ou auprès de leurs voisins.

L’histoire que je vais vous raconter fait partie des légendes de la campagne. Une histoire magnifique et belle comme il n’en existe plus…

 

François, le meunier était un jeune homme de vingt-cinq ans. Il venait de prendre la suite de son père malade. Il avait appris le travail et le maniement du moulin depuis son plus jeune âge. Rien ne lui était inconnu. Il adorait son travail. Il aimait humer le blé quand il arrivait afin de deviner la grosseur de son grain. Il adorait passer ensuite ses doigts dans la farine afin de vérifier sa souplesse. Les odeurs de blé changeaient avec le temps. Le vent qui entrait de temps en temps par les ouvertures hautes, s’amusait à les disperser créant à son tour des odeurs nouvelles que seul un nez aiguisé pouvait détecter.

 

Ses journées se passaient ainsi, à moudre le grain, à surveiller que tout se passe bien. A vérifier que le grain n’était pas gâté ou envahi par quelques indésirables. Gaston et Farouche, ses chats l’aidaient dans cette tâche. Le moulin était toujours impeccable. Son père lui avait appris que le premier secret d’un bon grain est la propreté de la meule et de ses accessoires. Tout devait être propre. La petite rivière qui alimentait le moulin permettait aussi un nettoyage régulier.

 

Le printemps arriva plus tôt que prévu. Le soleil lui emboîtait le pas sans ce soucier des saisons. Quelle année encore pour le grain se dit-il. Le blé va donner à foison et il faudra travailler plus pour éviter les pertes. Pourvu que la pluie ne vienne pas gâter cette belle œuvre. Pour François, le travail était une œuvre. Pas n’importe laquelle, mais une œuvre d’art, qu’il aimait contempler avec le coucher du soleil quand la journée avait été bien remplie. Quelle magnifique destin que le sien. Il semblait combler et pourtant, dans son for intérieur il s’avait qu’il lui manquait quelque chose. Mais quoi ? impossible de le savoir.

 

La fête au village lui donna une réponse. Ses amis l’entraînaient régulièrement vers le bistrot, mais ce soir là, ils décidèrent d’aller danser sur la place du village, car les filles des alentours s’y trouvaient. La soirée fut emplie e rires, de chants et de danse. Mais François compris au petit matin que ces belles demoiselles n’étaient pas pour lui. Aucune n’accepterait de quitter ses parents ou ses champs pour passer ses jours dans le clair-obscur d’un moulin. Pourtant il était fier d’être considéré comme cossu. La bourse pleine et sans risque de perdre son travail. Mais voilà, les tâches étaient si importantes qu’il compris se soir-là que ce n’est pas dans les filles du village qu’il trouverait son bonheur. Certes elles dansaient avec lui, quelques unes acceptaient même un petit baiser dans l’obscurité, mais pas d’engagement. Antoine le patron du bistrot avait une fille, Sidonie qui plaisait bien à notre François, mais elle refusa son offre de partager sa vie ; elle ne voulait pas s’enterrer lui dit-elle, dans un moulin obscur alors qu’ici brillait la lumière…

 

Le moulin continua à moudre, François continua à travailler avec toute son âme pour la beauté de son œuvre, mais son cœur était triste. L’été arriva à grands pas, avec sa horde de chaleur suffocante. Le blé brûlait la gorge de François, mais les astuces de son père pour s’en défaire, n’entamaient pas sa bonne humeur.

 

Le vent sans crier gare, s’engouffra dans le moulin et vint agiter les grains dans leurs sacs. François en resta coi, car jamais le vent n’avait pu descendre aussi bas dans le moulin. Il fallait qu’il contrôle les planches afin de vérifier qu’aucun trou ne s’y trouvait. Une odeur de blé empli soudain ses narines. Une odeur légère, dorée, une odeur de blé coupé envahi le moulin. D’abord il ne vit rien, puis au fond, près des sacs ouverts quelque chose bougea. Un frisson le parcouru. Jamais encore il ne ressenti une telle force au creux de l’estomac, non pas comme un coup, mais comme un pincement. Il s’approcha et vit stupéfait, une jeune fille qu’il ne connaissait pas, se tourner vers lui. Leurs regards se confondirent et alors il sut. Il sut qu’elle était celle qui resterait avec lui, dans son moulin. Il sut d’emblée qu’elle aimait toucher ce blé si beau, si odorant. Il sut qu’elle n’avait pas peur du labeur. Il sut tout…

 

Les gens du village parlèrent. Des histoires farfelues virent le jour. Qui était cette belle étrangère, qui venait d’épouser notre meunier ? comment avait-elle fait pour traverser la campagne sans être vue, avec ce joli minois ? en plus, le soleil se reflétait dans ses cheveux brillants et blonds. Ce n’était pas une fille des alentours !

 

Jaloux me direz-vous, peut-être. Le bonheur de certains ne plait pas toujours aux autres…

Et vous qu’en pensez-vous ?

 

Moi j’ai une petite idée : une idée folle, folle comme le blé quand le vent le secoue. Folle comme l’épi quand il vient d’être coupé.

Le serviteur du blé ne pouvait être aimé que par le blé, car il connaissait ses forces et ses faiblesses.

C’est du moins la légende qui le dit…

le jardin de roses

Cette belle journée de printemps donnait envie de se promener. Le jardin était en train de s’éveiller d’un long hiver. J’allais donc y faire un tour pour voir les prouesses du printemps naissant. Tout d’abord je ne vis rien, puis en accordant un peu d’attention à ces herbes folles, je m’aperçu que de minuscules bourgeons essayaient de sortir afin de donner un habit de verdure à cette pauvre tige.

Le printemps m’émerveillait toujours autant. Et pourtant, pourtant un an plus tôt, je ne lui accordais pas autant d’attention…

L’hiver doux mourrant ne laissait pas présager un printemps pluvieux. Une vraie calamité pour les gens pressés comme moi d’être toujours impeccable au travail. Un parapluie greffé à la main m’énervait au plus haut point. Vous êtes-vous posé la question de savoir quoi en faire quel que soit l’endroit où vous vous rendez. Pénible non ! enfin, ces jours de pluie se suivaient et ne semblaient pas se finir. C’est attaché à mon parapluie qu’un jour, à la sortie d’un rendez-vous je fis sa rencontre.

Je vous passe les détails plats et sans importance de notre rencontre, bref, nous nous plûmes d’emblée et après quelques semaines de rendez-vous, j’allais habiter chez lui quelques temps. Pourquoi quelques temps me direz-vous, tout simplement parce que je ne pouvais emmener mes poissons.

Quelle banale histoire d’amour n’est-ce pas ? en êtes-vous sûrs ?

Notre idylle naissante ressemblait déjà aux intempéries qui l’avaient vu naître.

Après un printemps bien morose, l’été quoique beau et chaud, enfin, restait timide. Les vacances vinrent lentement et nous  partirent comme bon nombre d’amoureux faire un tour à la campagne.

Que de monde sur cette route interminable. Tout le monde a décidé de prendre ses congés en même temps. Ce qui est amusant, c’est que si vous prenez le temps de regarder les longues files de voitures et leurs occupants, vous verrez qu’ils se ressemblent tous. Pas dans leur apparence, bien sûr, mais dans leur similitude à avoir tous les enfants devant une vidéo, la plage arrière couverte de vêtements et de choses diverses, les vélos attachés à l’arrière et les mêmes mines renfrognées aux coups de freins intempestifs. Je m’amusais comme je pouvais mon compagnon n’aimant guère faire la cosette en conduisant. J’aurai dû prendre un livre, au moins ça m’aurait occupé. Le soleil amorçait sa course vers le couchant, quand nous arrivâmes au nid douillet tant espéré.

Une charmante bâtisse, sertie dans un écrin de lierre, au débouché d’une allée champêtre, rien de tel pour vous remonter le moral.

L’odeur de renfermé me prit soudain à la gorge, mais une bonne aération de quelques heures et il n’y paraîtrait plus. Défaire les valises, faire le lit, remplir le placard de la cuisine avec les boîtes de conserves en attendant d’aller faire le tour des commerçants locaux. Les joies des vacances en somme. La soirée fut morose, mon cher amour était crevé et de fait, il ne semblait plus vouloir faire le moindre effort. Tant pis pour moi, je me résignais donc à faire mes tristes labeurs du soir, table à débarrasser, vaisselle et rangement, rien de bien amusant. Enfin, au lit ! le meilleur moment de la journée. Les bras de Morphée ne tardèrent pas à venir me chercher.

Toc, toc, toc, toc. Je me réveillai en sursaut, d’abord déboussolée, je me remémorais la journée de voyage et me rappelais être dans une chambre totalement inconnue. C’était quoi ce bruit ? plus rien, c’était sûrement un rêve.  Au matin, le soleil me réveilla, laissant filtrer ses doux rayons au travers des volets. Mon amour était déjà levé, quelle surprise ! j’enfilais ma robe de chambre et descendit le rejoindre. Personne dans la cuisine, personne dans la salle de bain, où était-il donc passé ? je ne fus pas longue à le savoir, je le trouvais assis sur la terrasse, la tête dans les mains. Je compris alors que la nuit n’avait pas été bonne. Il fut d’une humeur massacrante. Jamais il ne m’avait parlé de la sorte. Je décidais donc de le laisser bouder et parti à la découverte de la charmante bourgade que nous avions traversé hier soir. Une bonne heure de marche à pied, rien de tel pour vous rappeler que la ville est un paradis avec ses transports en commun… jolie petite ville en fait, charmante, pleine de charme, de vieilles pierres rehaussées de lierre encadraient la place certes petite, mais agréable. A cette heure-là les gens sont discrets. Pas un chat dans la rue, tant pis, je vais visiter toute seule. Le tour fut rapide hormis la place centrale, la mairie et l’église, quelques maisons accolées les unes aux autres et le village se perdait au milieu des champs d’un côté, et à l’orée d’un bois du côté où nous habitions. Je ne croisais personne. Bizarre, je suis certaine pourtant que ces maisons étaient habitées. J’ai même entendu le rire de quelques enfants.

Déconfite, je rentrais chez nous. La maison était vraiment majestueuse. Les massifs étaient entretenus avec goût. Tiens, je vais aller voir dans le dédale des allées si il n’y a pas une cabane de jardinier. Que de senteurs, de très belles fleurs dont j’ignorais le nom se succédaient. Quelle beauté ! et quel calme, je m’aperçu alors que seuls mes pas faisant crisser le gravier résonnaient à mes oreilles. Pas d’oiseaux ? c’est étrange dans une telle féerie de verdure. Soudain, au détour d’une petite allée, je découvris une pergola où courraient de magnifiques roses rouges carmin. Une odeur entêtante s’en dégageait. C’était un régal pour les yeux et les narines. Toc, toc, toc, toc. Je sursautais. Encore ce bruit de la nuit dernière. Je scrutais les alentours, rien. Un frisson me prit et je décidais de repartir vers la maison voir mon tendre amour.

Quelle surprise de le trouver à la même place qu’à mon départ. Toujours d’aussi vilaine humeur. Il me sermonna pour l’avoir abandonné là, toute la journée. Il n’avait pas mangé. Quel toupet ! il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Cette fois-ci c’est moi qui m’énervait et partait me coucher sans plus attendre. Un bon livre dans la bibliothèque me servirait de somnifère. Il n’y avait que l’embarras du choix. Pour tous les goûts et tous les styles. Je m’arrêtais sur un livre léger, qui ne me donnerait pas de migraine.

Le sommeil commençant à me gagner, je posais mon livre quand je m’aperçu que j’étais seule dans la chambre. Il était plus de onze heures du soir. Qu’est-ce qu’il faisait ? Tant pis pour lui, je ne lui courrais pas après. Je décidais de laisser sa table de nuit allumée et m’endormais.

Une douce chaleur m’envahie, il faisait jour. Au pied du lit mon amour me fit signe de le suivre et nous descendîmes dans la salle à manger. Le jour transpirait par les volets clos. La chaleur devenait même étouffante. Il s’assit à la table et sans un mot me montra un plat rempli de mets appétissants. Il me fit signe de le lui amener et alors se mit à se bâfrer comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il se moquait de moi ! je fis demi-tour et m’apprêtais à sortir de la pièce quand je m’aperçu que la porte restait vainement fermée.

Il se mit à rire, rire de plus en plus fort, à s’en tenir les côtes. Il me fit peur. Je décidais alors de sortir par la porte-fenêtre menant au jardin, et pris mes jambes à mon cou. Son rire me poursuivait, il semblait ne pas me lâcher. Je n’entendais que lui. Je me retrouvais soudain sous la pergola de roses. Toc, toc, toc, toc. Les buissons se mirent à remuer devant moi. Qu’est-ce que cela voulait dire ? son rire sembla soudain en jaillir. Je me mis à hurler et dans un geste de défense, jetant mes bras en avant comme pour le chasser, je m’égratignais la main.

Aïe. Mon doigt laissa perler une goutte de sang qui alla s’écraser sur le sol. Elle y disparu. J’eu beau me baisser pour la chercher je ne la vis pas. Alors intriguée, je regardais la rose qui m’avait piquée, son épine était la plus grosse de la tige. La rose était magnifique, entrouverte, velouté. Je m’approchais pour la sentir.  Quel dommage, sa beauté n’avait d’égal que son manque d’odeur, ou plutôt une odeur sournoise, qui ressemblait à l’odeur de renfermé qui m’avait prise lors de notre arrivée. J’entendis alors des piaillements. Ce silence troublant qui m’avait suivi toute la journée d’hier, avait laissé place à de joyeux bruits d’oiseaux. Etourdie, je reparti vers la maison en priant le ciel de ne pas rencontrer mon lunatique d’homme.

Je le vis à la même place ou je l’avais laissé la veille au soir. La  tête dans les mains. Il se moquait de moi. Après m’avoir donné la frousse de ma vie, je décidais donc de le sermonner vertement, et tapais même du plat de la main sur la table. Le spectacle qui m’apparut alors restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Que c’était-il passé ? je n’avais pourtant pas rêvé ? il était venu me chercher tout à l’heure ? il avait ri comme un dément…

Là, dans la lumière troublante de cette belle journée naissante, au pied de cette vieille demeure, dans un gracieux mouvement, il s’écroula sur la table. Ses mains avaient lâchées sa tête qui était venue se coucher sur la table. Un voile vint se poser devant mes yeux.

Une tête inconnue me fit un maigre sourire. Me relevant je vis du monde s’activer autour de moi. Un monsieur bienveillant me prit la main et me dit ce que je redoutais. Je ne pleurais pas. Je décidais de partir sur le champ et de quitter cette horrible bâtisse sur l’heure. Un gendarme m’emmena à l’hôtel de la place. Un bruit confus de paroles, de voiture entrait par la fenêtre ouverte. Qu’est-ce que j’allais faire. Je descendis prendre l’air. La veille la place qui était déserte, avait fait place à un brouhaha de fête. Les gens étaient heureux, gais. Mes pas me conduisirent à l’entrée de la petite église. Un frisson me parcourut quand j’y entrait. Pas âme qui vive. Pas un cierge n’était allumé. Les fleurs défraîchies semblaient avoir été oubliées. Quelle honte ! je ressorti outrée ! toc, toc, toc, toc. Toc, toc, toc, toc. Ce bruit me glaça le sang. J’accélérais le pas pour découvrir d’où il venait.

J’entrais alors dans le petit cimetière du village. De belles tombes alignées se faisaient face. Là où les tombes plus simples étaient posées, le gardien nettoyait, à petits coups la mousse accumulée sur un nom. Il me regarda, passa un chiffon doux sur son travail et souriant, me laissa toute seule.

Le froid m’envahit, car ce nom restauré avec tant de soin, je le reconnaissais !

Je partis immédiatement, ce jour-là. Je rentrais chez moi, dans l’indifférence totale, une crampe au creux de l’estomac.

La vie repris son cours.

Une année passa. Et je me retrouvais dans un merveilleux jardin, entouré de mes amis, de ma famille. Près de ces belles roses rouges à l’odeur si entêtante. Les bourgeons naissants laissaient présager de très beaux spécimens pour la saison. Mon père sera fier.

Un tiraillement à la main, me ramena à la réalité. A l’endroit où l’épine m’avait piquée, un petit point noir avait vu le jour. Il me lança de nouveau. Je le regardais et découvrit qu’il avait grossi, comme gonflé. Je serrais fermement mon doigt pour faire taire la douleur. Aïe ! là au milieu du jardin, la petite goutte de sang jaillit de nouveau. Alors je sus qu’elle ferait partie de moi à tout jamais.

C’est fou ce qu’une simple épine peut faire mal !

Mais j’aimerai toujours ces belles fleurs qui les portent comme autant de maux à la beauté de la vie.

Le saule

C’était par une belle journée d’été. Le vent jouait dans les branches du saule, un léger bruissement laissait deviner le plaisir dont ils s’amusaient. Le vent était un vieil ami du saule, il le connaissait depuis des lustres et ne cessait de le taquiner gentiment. Le saule, quant à lui, faisait semblant d’être dérangé par le vent, mais en réalité il était heureux d’avoir quelqu’un avec qui s’épancher.

 

Les jeux duraient, duraient et ne semblaient pas devoir s’arrêter, mais ce jour-là, le saule fit une découverte sous son feuillage.

 

Tout petit, tout vert, mais déjà robuste, un petit d’arbre s’élançait du sol vers les hauteurs de ses branches. Comment ne l’avais-je pas vu ? Le printemps avait été très beau, le vent n’avait cessé de jouer… et bien il était là, plutôt joli à regarder et il faudra qu’il grandisse.

 

Cependant le saule devint anxieux car il trouva le jeune arbre un peu trop près de lui. Quelle était cette pousse, de quelle origine venait-elle ? Il ne cessait de s’inquiéter. Pensez donc, que diront les arbres voisins si mes racines s’enchevêtrent dans les siennes !

 

Il prit l’habitude alors, de le regarder, de lui parler tous les jours, afin de connaître son origine et de l’apprivoiser. Il voyait bien qu’il était timide, ses jeunes feuilles d’un vert tendre laissaient présager de belles branches. Mais voilà, le petit d’arbre n’osait parler.

 

Les jours se suivirent dans ce silence troublé par le vent qui lui s’amusait bien de voir son ami si inquiet et soudain si adulte devant cet embryon. Heureusement se dit le vent que je suis libre comme l’air. Trop de tracas n’est pas bon pour moi. Il faut que je respire et vole là où je veux !

 

Mais voilà qu’un beau matin d’automne, le vent qui jouait dans les branches du saule, n’en tira qu’un frisson accompagné d’une plainte. Qu’arrivait-il à son ami ? Il le secoua davantage essayant d’en tirer une réponse. Mais rien ne vint. Le vent ne se départit pas et décida d’élucider tout seul ce triste pleur.

 

Il pénétra sous les branches et compris bien trop vite ce qui avait chagriné son ami. Le petit d’arbre si beau, si majestueux, venait de se faner, en une nuit sans crier gare. Ses feuilles brillantes étaient désormais flétries et son tronc si blanc, paraissait usé.

 

Le saule et le vent se mirent à gémir pour ce petit qui n’avait pu grandir. Encore un dans cette forêt qui ne verra pas la lumière dit le saule. Et sa plainte langoureuse se fit plus forte. Il s’était attaché à ce petit et le regrettait déjà. Sa plainte se fit pleurs et ses pleurs firent taire les bruits de la forêt. Qu’arrivait-il au saule si majestueux, le voici tordu et rabougri, ses branches touchant le sol dans une complainte de pleurs. Ses congénères touchés par son deuil, que le vent leur apprit, lui firent une grande place au bord du ruisseau.

 

Ainsi le beau saule dans sa douleur ne donna naissance qu’à son nouveau surnom : le saule pleureur. Mais le respect que les anciens y mirent le rendit fier d’avoir traversé cette épreuve. Il décida de servir d’exemple aux autres arbres et de laisser aller au gré de l’eau son feuillage afin que tous sachent sa peine et la force qu’il mit à la combattre. Le vent son ami, le secouait encore mais les branches lourdes ne riaient plus.

 

Il trôna ainsi les pieds dans l’eau, ses branches touchant le sol et servit d’exemple aux petits monstres d’arbres qui osaient braver la sérénité des anciens. Triste histoire me direz-vous. Je ne crois pas. Car le saule pleureur sorti plus grand du drame qu’il traversa. Ce n’est pas son tronc qui grandit, mais son âme. Un souvenir se nourrit d’images, mais l’âme se nourrit d’amour. Qu’est-ce que la vie à part une éternité d’amour…